Contenu pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior. Lire l’avertissement médical.

Reflexes Urgences

Cas clinique

Urgences Thyroïdiennes

Métabolique

Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.

Présentation initiale

Femme de **42 ans**, secrétaire commerciale, mariée, mère de deux enfants. **Maladie de Basedow** (hyperthyroïdie auto-immune par anticorps anti-récepteur de la TSH) diagnostiquée il y a **3 ans** (à l'occasion d'un tableau de tachycardie, amaigrissement et exophtalmie). Sous **carbimazole (Néo-Mercazole®) 20 mg/j** avec compliance médiocre (oublis fréquents, plusieurs interruptions courtes). Antécédents : goitre diffus modéré, **ophtalmopathie basedowienne** bilatérale modérée (exophtalmie sans complication cornéenne), palpitations résiduelles fréquentes. Non-fumeuse (a arrêté au diagnostic sur conseil médical, le tabac aggravant l'ophtalmopathie), pas d'HTA, pas de diabète, pas d'antécédent cardiaque connu. Contraception par DIU cuivre. HbA1c non déterminée. Vaccinations à jour.

**Événement récent identifié à l'interrogatoire** : - **Arrêt complet du carbimazole il y a 3 semaines** — auto-décision (« mon poids était stable, mes palpitations avaient diminué, je pensais être guérie ») sans avis médical préalable - **Pas de consultation** récente de suivi endocrinologique (dernière il y a 8 mois) - **Pas de suivi biologique** thyroïdien depuis 6 mois

**Histoire de la maladie actuelle** : - **Depuis 4 jours** : **fièvre progressive** (38 °C → 39 °C → 40 °C ce matin), **toux productive** avec expectorations verdâtres, dyspnée croissante — tableau de **pneumopathie communautaire** franche - **Depuis 48 heures** : aggravation marquée avec **agitation psychomotrice**, insomnie totale, sueurs profuses, **tachycardie ressentie constante**, **tremblements généralisés** intenses, **vomissements et diarrhées** répétés - **Depuis 12 heures** : **confusion** avec propos incohérents, **hallucinations** visuelles selon son mari, **hyperthermie extrême**, prostration alternant avec agitation - **Ce matin** (H-2) : mari retrouve son épouse dans un état de **grande agitation, incohérente, brûlante, tremblante**, appel du SAMU

**Prise en charge SAMU sur place** : fièvre **40,2 °C**, FC **165/min** (rythme irrégulier — **FA rapide**), TA **115/48 mmHg** (pincée), FR **32/min**, SpO₂ **93 %** en air ambiant, GCS **12** (agitation, propos incohérents, exécution partielle des ordres), glycémie capillaire 2,1 g/L, mise en place de deux VVP, oxygénothérapie 4 L/min au masque, refroidissement externe passif (compresses froides), acheminement rapide aux urgences.

À l'arrivée aux urgences (H-1) : **T 40,4 °C**, FC 168/min FA rapide, TA 108/45 mmHg, FR 34/min, SpO₂ 94 % sous O₂ 4 L/min, GCS 12, glycémie capillaire 2,3 g/L, patient bradyeuxique alternant avec agitée.

**Examen clinique** : - Aspect général : patiente amaigrie, faciès émacié, **fièvre intense** avec peau brûlante, moiteur généralisée (sueurs profuses), signes de déshydratation extracellulaire - Neurologique : GCS 12 (E3 V4 M5), pupilles réactives, **tremblements généralisés** amples (tremor des extrémités), **agitation psychomotrice** intermittente avec propos incohérents et hallucinations, pas de déficit focal, pas de raideur méningée, réflexes ostéotendineux vifs et diffusés - **Signes de Basedow évidents** : **exophtalmie bilatérale** franche (rétraction palpébrale, asynergie oculo-palpébrale), **goitre diffus** homogène de volume modéré, non douloureux, sans souffle vasculaire notable - Cardio-vasculaire : **tachycardie irrégulière** (FA rapide à 168/min) confirmée à l'auscultation, B1-B2 assourdis, pas de souffle nouveau, **signes d'insuffisance cardiaque droite modérée** (turgescence jugulaire, reflux hépato-jugulaire, œdèmes malléolaires débutants), TRC 3 secondes - Respiratoire : polypnée à 34, **râles crépitants** aux 2/3 inférieurs de l'hémithorax droit avec **matité localisée** évocateurs d'un foyer pneumonique, pas d'œdème pulmonaire massif - Abdomen : sensible en épigastrique, bruits hydroaériques augmentés, pas de défense - Cutané : peau brûlante, moiteur diffuse, pas de purpura, pas d'éruption

**Bilan biologique en urgence** : - **TSH < 0,005 mUI/L** (effondrée, norme 0,4-4,0) — confirme la thyrotoxicose - **T4 libre 108 pmol/L** (très élevée, norme 12-22) — thyrotoxicose sévère - **T3 libre 42 pmol/L** (très élevée, norme 3-7) — thyrotoxicose sévère - Anticorps anti-récepteur de la TSH (TRAb) : positifs à 8,5 UI/L (norme < 1,75) — confirme Basedow - NFS : Hb 10,8 g/dL (anémie modérée sur thyrotoxicose chronique + IRA), leucocytes 18 400 avec PNN 82 % (hyperleucocytose infectieuse), plaquettes 220 000 - **CRP 285 mg/L**, **procalcitonine 8,4 ng/mL** (très élevée, orientant bactérien) - Ionogramme : **Na 130 mmol/L** (hyponatrémie modérée sur sudation profuse), K 3,8, Cl 96 - **Créatinine 128 µmol/L** (habituelle 68 — **IRA fonctionnelle**), urée 12 - **Glycémie 2,35 g/L (12,8 mmol/L)** — hyperglycémie de stress - **Bilan hépatique perturbé** : ASAT 125 UI/L (norme < 40), ALAT 98 UI/L, GGT 145, bilirubine 32 µmol/L (norme < 20), TP 78 % (normal) — atteinte hépatique classique de la thyrotoxicose sévère - Bicarbonates 22, pH 7,38, lactate 2,8 - Coagulation : TP 78 %, INR 1,2 - Hémocultures × 2 prélevées, ECBU en cours, antigénuries pneumocoque et légionelle prélevées - Troponine ultra-sensible : 65 pg/mL (élevée par tachycardie sévère sans SCA franc) - ECG : **fibrillation atriale à réponse ventriculaire rapide 168/min**, pas d'anomalie de repolarisation aiguë spécifique, QTc à évaluer sous FC contrôlée - **Radiographie thoracique** : **foyer alvéolaire dense du lobe inférieur droit** avec bronchogramme aérien, silhouette cardiaque limite, pas d'épanchement pleural - β-HCG négatif

**Calcul du score de Burch-Wartofsky** (référence historique 1993, seuil ≥ 45 = tempête thyroïdienne hautement probable) :

ItemCotationScore patient
Température (40,4 °C)≥ 40 °C = 3030
Effets SNC (agitation, hallucinations, confusion)Sévère = 2020
Dysfonction GI (vomissements, diarrhées)Modérée = 1010
Dysfonction cardio-vasculaire — FC 168130-139 = 25 (max)25
Insuffisance cardiaqueModérée = 55
Fibrillation atrialePrésente = 1010
Facteur déclenchant (pneumopathie)Présent = 1010
TOTAL—110

**Score de Burch-Wartofsky à 110** (>> seuil de 45) : **crise thyréotoxique (thyroid storm) hautement probable** — urgence vitale absolue.

**Diagnostic retenu** : **crise thyréotoxique (thyroid storm)** sur **arrêt des antithyroïdiens** (carbimazole) chez patiente Basedow non contrôlée, **révélée et aggravée par une pneumopathie communautaire fébrile bactérienne** (facteur déclenchant intercurrent classique).

Poids 54 kg (perte de 8 kg en 6 mois par hyperthyroïdie décompensée). Taille 166 cm.

Étape 1

Décision 1

Information clinique

La patiente arrive en salle de déchoquage. Fièvre 40,4 °C, FA rapide 168, agitation avec hallucinations, exophtalmie visible. Un confrère plus ancien vous dit : « C'est un sepsis sévère sur pneumopathie franche, on hydrate au SSI, on met la ceftriaxone et on refroidit. On appellera l'endocrino demain matin pour son Basedow. »

Quelle est votre conduite immédiate ?

A

Évoquer une crise thyréotoxique sur arrêt des ATS + pneumopathie, calculer Burch-Wartofsky, débuter le traitement pentavalent immédiat (ATS, iode 1h après, β-bloquant, corticoïdes, antibio)

B

Prescrire d'emblée une perfusion d'amiodarone 300 mg IV pour cardioverser la FA rapide, seule mesure permettant de rétablir un rythme sinusal chez cette patiente instable

C

Attendre le résultat définitif de la TSH et des hormones libres (délai 4-6h) avant toute décision thérapeutique, ces dosages étant indispensables pour poser le diagnostic

D

Traiter uniquement le sepsis par ceftriaxone 2 g IV et hydratation, la fièvre étant liée à la pneumopathie franche, l'appel endocrinologique étant reporté au lendemain

E

Débuter uniquement le carbimazole 20 mg PO en dose unique et un β-bloquant à faible dose, en attendant l'avis de l'endocrinologue référent

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Bonne réponse

A. Évoquer une crise thyréotoxique sur arrêt des ATS + pneumopathie, calculer Burch-Wartofsky, débuter le traitement pentavalent immédiat (ATS, iode 1h après, β-bloquant, corticoïdes, antibio)

Explication pédagogique

Le tableau clinique associe une **crise thyréotoxique (thyroid storm)** (ATA 2016, JES 2016, Burch-Wartofsky) : (1) **Terrain** — Basedow connu depuis 3 ans, ophtalmopathie active, goitre diffus, TRAb positifs ; (2) **Arrêt du carbimazole depuis 3 semaines** (auto-décision) = facteur cardinal ; (3) **Facteur déclenchant intercurrent** — pneumopathie bactérienne fébrile ; (4) **Tableau clinique caractéristique** — hyperthermie 40,4 °C, tachycardie 168 avec FA rapide, troubles neurologiques (agitation, hallucinations, confusion GCS 12), symptômes GI (vomissements, diarrhées), insuffisance cardiaque droite modérée, tremblements généralisés, exophtalmie ; (5) **Score de Burch-Wartofsky 110** (>> 45) — thyroid storm hautement probable ; (6) **Biologie confirmatoire** — TSH effondrée < 0,005, T4L 108 (5-9× normale), T3L 42 (6-14× normale), TRAb positifs, atteinte hépatique classique. **Mortalité 10-30 %** même traitée, majorée en cas de retard. La conduite associe : (1) déchoquage, deux VVP, monitorage cardio-respiratoire continu, matériel de réanimation prêt ; (2) **traitement pentavalent immédiat** — (a) **PTU 500-1000 mg PO en dose de charge puis 250 mg toutes les 4h** (préféré au carbimazole en crise pour son double effet), (b) **iode inorganique 1 HEURE APRÈS l'ATS** (Lugol 8 gouttes toutes les 6h), (c) **propranolol 60-80 mg PO toutes les 4h ou 1 mg IV répétable** (à moduler devant l'IC modérée), (d) **hydrocortisone 100 mg IV toutes les 6h**, (e) **antibiothérapie de la pneumopathie** (ceftriaxone 2 g IV + roxithromycine ou lévofloxacine pour couverture atypiques) ; (3) réanimation générale : refroidissement externe passif (**jamais d'aspirine ni d'AINS**), réhydratation prudente SSI 0,9 %, oxygénothérapie, correction électrolytique, monitorage cardio-respiratoire ; (4) alerte endocrinologue et réanimateur, transfert en unité monitorée. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 2

Décision 2

Information clinique

Le PTU est administré. Un confrère demande : « À part la pneumopathie qui a déclenché la crise, faut-il chercher d'autres facteurs qui l'auraient favorisée, ou est-ce que l'infection suffit à expliquer la décompensation ? »

Quelle est votre approche pour identifier les facteurs déclenchants ?

A

Recherche systématique de tous facteurs : arrêt ATS confirmé, infection (déjà identifiée), iode récent (contraste, amiodarone), chirurgie, traumatisme, IDM, embolie pulmonaire, accouchement, stress

B

Ne rechercher aucun autre facteur, l'arrêt du carbimazole étant à lui seul suffisant pour expliquer l'ensemble de la décompensation clinique et biologique observée

C

Se focaliser d'emblée sur la recherche d'un IDM par coronarographie en urgence devant la tachycardie sévère et l'élévation de la troponine, seule urgence à écarter

D

Se limiter au diagnostic évident de pneumopathie déclenchante, sans autre recherche complémentaire pour ne pas retarder la mise en route de la prise en charge

E

Attendre la stabilisation métabolique complète (24-48h) avant toute recherche étiologique complémentaire, la priorité étant la correction hormonale et hémodynamique immédiates

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Bonne réponse

A. Recherche systématique de tous facteurs : arrêt ATS confirmé, infection (déjà identifiée), iode récent (contraste, amiodarone), chirurgie, traumatisme, IDM, embolie pulmonaire, accouchement, stress

Explication pédagogique

La **recherche systématique des facteurs déclenchants** est indispensable dans la crise thyréotoxique (ATA 2016, JES 2016) — le traitement de la cause déclenchante conditionne la sortie de la crise et prévient la récidive. Les facteurs à explorer sont : (1) **Arrêt des antithyroïdiens** — auto-décision, oubli, effets secondaires perçus, ici confirmé (carbimazole arrêté depuis 3 semaines) ; (2) **Infection intercurrente** — pneumopathie (identifiée ici), sepsis urinaire, cutané, ORL, digestif, gynécologique ; (3) **Iode récent** — **produit de contraste iodé** (TDM injecté, angiographie récents), **amiodarone** (37 % iode — facteur classique), **algues** consommées, **sel iodé** en excès, désinfectants iodés cutanés étendus (Bétadine®), **médicaments iodés** (expectorants iodés, vitamines) ; (4) **Chirurgie** — surtout thyroïdectomie sans préparation médicamenteuse préalable, mais toute chirurgie majeure ; (5) **Traumatisme** ou stress physique majeur ; (6) **Événement cardio-vasculaire** — IDM, embolie pulmonaire, AVC ; (7) **Accouchement** (post-partum immédiat) ; (8) **Diabète décompensé** ou cétose ; (9) **Toxique** — cocaïne, amphétamines. **Chez cette patiente** : arrêt du carbimazole + pneumopathie bactérienne = facteurs cumulés. Rechercher tous les autres pour ne pas manquer une cause complémentaire, notamment d'exposition iodée récente qui aggraverait la situation. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 3

Décision 3

Information clinique

Le PTU est administré depuis 45 min. L'endocrinologue au chevet vous demande de mettre en œuvre le traitement complet. Un interne junior propose : « On peut donner le Lugol maintenant tout de suite en même temps que le PTU, ça agira plus vite. »

Quelle est la séquence thérapeutique correcte de la crise thyréotoxique ?

A

Débuter uniquement les corticoïdes à forte dose (méthylprednisolone 1 g IV pendant 3 jours) en 1ère intention, seul traitement immédiatement efficace en crise thyréotoxique sévère

B

Séquence : ATS d'abord (PTU 500-1000 mg puis 250 mg/4h), iode 1h APRÈS ATS (Lugol 8 gttes/6h), β-bloquant, hydrocortisone 100 mg/6h, traitement facteur

C

Donner immédiatement l'iode Lugol en même temps que le PTU pour une action synergique et un blocage plus rapide, association classique en urgence de thyrotoxicose

D

Prescrire uniquement un β-bloquant à forte dose (propranolol 320 mg/j) en monothérapie, molécule aux effets multiples permettant à elle seule de contrôler la crise thyréotoxique

E

Utiliser en 1ère intention l'amiodarone 300 mg IV pour cardioverser la FA rapide, la molécule permettant aussi le contrôle de la thyrotoxicose

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Bonne réponse

B. Séquence : ATS d'abord (PTU 500-1000 mg puis 250 mg/4h), iode 1h APRÈS ATS (Lugol 8 gttes/6h), β-bloquant, hydrocortisone 100 mg/6h, traitement facteur

Explication pédagogique

La **séquence thérapeutique cardinale** de la crise thyréotoxique (ATA 2016, JES 2016) comporte **5 axes hiérarchisés dans un ordre précis** : (1) **ANTITHYROÏDIENS DE SYNTHÈSE (ATS) EN PREMIER** — **propylthiouracile (PTU) 500-1000 mg PO ou par sonde naso-gastrique en dose de charge, puis 250 mg toutes les 4h** ; **le PTU est préféré au carbimazole en crise** pour son **double effet** : (a) blocage de la synthèse hormonale par inhibition de la thyroperoxydase, (b) **inhibition de la conversion périphérique T4→T3** (mécanisme unique), avantageux car T3 est la forme active la plus toxique ; alternative si PTU indisponible : carbimazole 60-80 mg/j en 3 prises ; (2) **IODE INORGANIQUE 1 HEURE APRÈS l'ATS** (impératif) — **Lugol 8 gouttes toutes les 6h PO** OU **iodure de potassium (KI) 200 mg × 3/j** OU carbonate de lithium si iodurie ou intolérance iode ; **mécanisme** : blocage de la libération des hormones thyroïdiennes préformées stockées (effet Wolff-Chaikoff) — **efficace seulement si les ATS bloquent d'abord la synthèse** (sinon aggravation) ; (3) **β-BLOQUANT** — **propranolol 60-80 mg PO toutes les 4h ou 1 mg IV répétable jusqu'à contrôle de la FC** — **double effet** : (a) symptomatique (contrôle FC, tremblements, agitation), (b) **inhibition de la conversion T4→T3** ; adaptation si insuffisance cardiaque décompensée (préférer esmolol IV titrable, ou surveillance rapprochée) ; (4) **CORTICOÏDES** — **hydrocortisone 100 mg IV toutes les 6h** — **triple effet** : (a) inhibition de la conversion T4→T3, (b) traitement de l'**insuffisance surrénale relative** associée classique dans la crise thyréotoxique, (c) effet anti-inflammatoire ; (5) **TRAITEMENT DU FACTEUR DÉCLENCHANT** — ici antibiothérapie de la pneumopathie (ceftriaxone 2 g IV + macrolide type roxithromycine ou lévofloxacine pour couverture atypiques). **Réanimation générale associée** : refroidissement externe passif, réhydratation prudente, correction électrolytique, oxygénothérapie, monitorage cardio-respiratoire continu. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 4

Décision 4

Information clinique

L'équipe se réunit pour un point. Un confrère revient sur la séquence : « Pourquoi exactement il faut attendre 1 heure entre l'ATS et l'iode ? Est-ce vraiment si important en pratique ? Ça me paraît un peu théorique. »

Quel est le mécanisme du piège de l'iode avant les antithyroïdiens ?

A

L'iode donné avant les antithyroïdiens de synthèse aggrave la libération des hormones thyroïdiennes préformées stockées dans la glande (effet de flambée hormonale, tempête aggravée)

B

Il n'y a pas de piège en pratique clinique, l'ordre PTU puis iode étant purement conventionnel sans base physiopathologique démontrée en clinique humaine

C

L'iode donné en premier est dangereux uniquement chez le patient allergique aux produits de contraste iodés, l'ordre étant sans importance en l'absence documentée d'allergie

D

L'iode donné en premier expose à une insuffisance surrénale iatrogène brutale, mécanisme démontré expérimentalement chez l'animal justifiant la précaution en pratique

E

L'iode donné en premier est simplement moins efficace mais reste sans danger, l'important étant l'association des deux molécules sans considération d'ordre chronologique précis

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Bonne réponse

A. L'iode donné avant les antithyroïdiens de synthèse aggrave la libération des hormones thyroïdiennes préformées stockées dans la glande (effet de flambée hormonale, tempête aggravée)

Explication pédagogique

Le **piège cardinal de l'iode avant les antithyroïdiens** (ATA 2016, JES 2016, Wolff-Chaikoff effect) est **physiopathologique et documenté cliniquement** : (1) **Mécanisme de stockage** — la thyroïde synthétise et **stocke** de grandes quantités d'hormones thyroïdiennes préformées (T4 et T3 liées à la thyroglobuline dans les follicules colloïdaux) — le stock représente **plusieurs semaines** de libération potentielle ; (2) **Effet de l'iode inorganique** — l'iode administré en aigu a un **double effet paradoxal** : (a) à long terme et associé aux ATS = **effet Wolff-Chaikoff** = blocage de la libération et de la synthèse (utile), (b) **en aigu et seul (sans ATS préalable) = stimulation de la libération des hormones préformées** stockées (« iod-Basedow » inversé, effet paradoxal aigu) ; (3) **Conséquence clinique** — administrer l'iode avant les ATS = **flambée hormonale aiguë** avec **aggravation de la tempête thyroïdienne** (fièvre, tachycardie, insuffisance cardiaque, agitation majorées) ; documenté cliniquement, cause de décès iatrogène ; (4) **Séquence correcte** — administrer d'abord l'ATS (PTU 500-1000 mg PO) qui **bloque immédiatement la synthèse** (l'organification de l'iode), puis attendre au minimum 1 heure pour que le blocage soit établi, puis administrer l'iode qui alors **inhibe la libération** (effet Wolff-Chaikoff bénéfique) sans risque de flambée puisque la synthèse est bloquée en amont ; (5) **Autres pièges de l'iode en thyrotoxicose** — amiodarone (37 % iode) contre-indiquée, produits de contraste iodés à éviter (peuvent déclencher ou aggraver une crise chez patient hyperthyroïdien non traité). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 5

Décision 5

Information clinique

À H+3 : T 39,0, FC 128 (baisse), GCS 15, patiente plus calme. Un interne propose : « Elle est encore à 39, on peut lui donner de l'aspirine 1 g IV pour faire baisser la fièvre rapidement ? »

Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont correctes ?

A

Refroidissement externe passif (compresses froides, découverture, éventails), paracétamol 1 g IV en cas de fièvre, éviter les frissons qui aggravent l'hyperthermie centrale par thermogenèse

B

Réhydratation prudente par SSI 0,9 % (1,5-2 L/24h adapté à l'hémodynamique), correction électrolytique (Na, K), monitorage diurèse (sonde urinaire), attention à la surcharge chez IC

C

Cholestyramine 4 g PO × 4/j en cas de crise réfractaire, interruption du cycle entérohépatique des hormones thyroïdiennes, mesure adjuvante d'efficacité démontrée en crises graves

D

Aspirine 1 g IV en 1ère intention pour la fièvre chez la patiente thyréotoxique, molécule antipyrétique efficace et à effet anti-inflammatoire recherché en tempête

E

Amiodarone 300 mg IV pour cardioverser la FA rapide, molécule antiarythmique de choix chez le patient hyperthyroïdien en fibrillation atriale à réponse ventriculaire rapide

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Bonne réponse

A. Refroidissement externe passif (compresses froides, découverture, éventails), paracétamol 1 g IV en cas de fièvre, éviter les frissons qui aggravent l'hyperthermie centrale par thermogenèse B. Réhydratation prudente par SSI 0,9 % (1,5-2 L/24h adapté à l'hémodynamique), correction électrolytique (Na, K), monitorage diurèse (sonde urinaire), attention à la surcharge chez IC C. Cholestyramine 4 g PO × 4/j en cas de crise réfractaire, interruption du cycle entérohépatique des hormones thyroïdiennes, mesure adjuvante d'efficacité démontrée en crises graves

Explication pédagogique

Les mesures associées et la réanimation générale associent (ATA 2016, JES 2016) : (1) **Refroidissement externe** — mesures physiques : compresses froides sur les grands axes vasculaires (cou, aisselles, aines), découverture, éventails, chambre climatisée si possible ; **paracétamol 1 g IV** en cas de fièvre (antipyrétique de choix, pas d'effet sur les hormones thyroïdiennes) ; **éviter les frissons** (thermogenèse aggravant l'hyperthermie centrale) — sédation légère par benzodiazépines si nécessaire ; **jamais d'aspirine ni d'AINS** (voir point 5) ; (2) **Réanimation hémodynamique** — **réhydratation prudente** par SSI 0,9 % (1,5-2 L/24h adapté à l'hémodynamique et à l'insuffisance cardiaque associée), correction électrolytique (Na, K, Mg), monitorage rapproché de la diurèse (sonde urinaire), attention à la surcharge chez patient en IC décompensée ; oxygénothérapie adaptée à la SpO₂ ; monitorage cardio-respiratoire continu ; (3) **Traitement de sauvetage en cas de crise réfractaire** — **cholestyramine 4 g PO × 4/j** (résine échangeuse d'anions — interrompt le cycle entérohépatique des hormones thyroïdiennes conjuguées éliminées par la bile, réduit la charge hormonale circulante) ; **plasmaphérèse** (échange plasmatique pour élimination des hormones libres) en centre expert si crise réfractaire malgré traitement optimal ; **thyroïdectomie en urgence** (exceptionnelle, en dernier recours, chez patient sous préparation médicale) ; **iodure inorganique** en cas d'échec (Lugol saturé) ; **carbonate de lithium** (alternative à l'iode si contre-indication) ; (4) **Contre-indications spécifiques** — aspirine et AINS (voir E), amiodarone (voir E).

Étape 6

Décision 6

Information clinique

La patiente est stable, T 38,2, FC 105, TA 122/72, GCS 15. Un interne junior vous demande : « À l'opposé, si un patient arrive comateux avec une hypothermie sévère et une bradycardie, on parle de coma myxœdémateux — c'est la même urgence et un principe de traitement inverse ? »

Parmi les propositions suivantes concernant le coma myxœdémateux, lesquelles sont correctes ?

A

Le coma myxœdémateux ne partage aucune caractéristique avec la crise thyréotoxique, les deux pathologies étant totalement opposées sans point commun physiopathologique ni clinique

B

Facteurs déclenchants classiques : infection intercurrente, exposition au froid, sédation par benzodiazépines ou opiacés, arrêt du traitement hormonal substitutif, chirurgie sans couverture

C

Tableau : sujet âgé souvent, hypothermie sévère (< 35 °C), bradycardie, hypotension, hypoventilation avec hypercapnie, altération de conscience jusqu'au coma, œdèmes myxœdémateux

D

Le coma myxœdémateux est une pathologie bénigne se corrigeant spontanément par simple réchauffement passif, sans nécessité d'un traitement hormonal spécifique en urgence particulière

E

Traitement : lévothyroxine (L-T4) 200-500 µg IV bolus puis 100 µg/j IV, hydrocortisone 100 mg IV × 4/j (insuffisance surrénale associée), ventilation si besoin, réchauffement

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Bonne réponse

B. Facteurs déclenchants classiques : infection intercurrente, exposition au froid, sédation par benzodiazépines ou opiacés, arrêt du traitement hormonal substitutif, chirurgie sans couverture C. Tableau : sujet âgé souvent, hypothermie sévère (< 35 °C), bradycardie, hypotension, hypoventilation avec hypercapnie, altération de conscience jusqu'au coma, œdèmes myxœdémateux E. Traitement : lévothyroxine (L-T4) 200-500 µg IV bolus puis 100 µg/j IV, hydrocortisone 100 mg IV × 4/j (insuffisance surrénale associée), ventilation si besoin, réchauffement

Explication pédagogique

Le **coma myxœdémateux (myxedema coma)** est une **urgence vitale** au même titre que la crise thyréotoxique — l'expression décompensée d'une hypothyroïdie sévère (Wiersinga 2018, ATA 2014) : (1) **Physiopathologie** — déficit sévère et prolongé en hormones thyroïdiennes → baisse extrême du métabolisme basal, vasoconstriction périphérique, dépression cardio-respiratoire et neurologique ; (2) **Terrain typique** — **sujet âgé** (> 60 ans), femme > homme, souvent en hiver ; hypothyroïdie ancienne connue (thyroïdite de Hashimoto, post-radioiode, post-thyroïdectomie) ou méconnue, avec **facteur déclenchant** ; (3) **Tableau clinique** — **hypothermie sévère** (souvent < 35 °C, parfois < 30 °C), **bradycardie** sinusale < 60/min, **hypotension** artérielle, **hypoventilation** avec **hypercapnie** (narcose au CO₂), **altération de conscience** progressive jusqu'au coma profond, **œdèmes myxœdémateux** infiltrés (visage bouffi, paupières gonflées, macroglossie, œdèmes des extrémités), **peau sèche et froide**, ROT abolis, **hyponatrémie de dilution**, hypoglycémie fréquente ; (4) **Facteurs déclenchants** — **infection intercurrente** (pneumopathie, sepsis urinaire — 35 % des cas), **exposition au froid**, **sédation par benzodiazépines ou opiacés** (majoration de la dépression respiratoire), **arrêt du traitement hormonal substitutif** (auto-décision, oublis), chirurgie, IDM, AVC, insuffisance cardiaque décompensée ; (5) **Traitement** — **lévothyroxine (L-T4) 200-500 µg IV en bolus** puis **100 µg/j IV** en attente de reprise orale (attention aux doses en cas de coronaropathie sous-jacente — risque d'IDM par majoration soudaine du métabolisme), **± liothyronine (L-T3) 10-20 µg IV × 2/j** (rare, controversé, action plus rapide) ; **hydrocortisone 100 mg IV × 4/j** (insuffisance surrénale associée classique, à administrer **AVANT ou en même temps que les hormones thyroïdiennes** — le contraire risque de démasquer une insuffisance surrénale infraclinique) ; **ventilation mécanique si hypoventilation** (fréquente) ; **réchauffement passif** (jamais actif rapide — risque de vasodilatation et collapsus) par couvertures ; correction de l'hyponatrémie (prudente, restriction hydrique éventuelle) et de l'hypoglycémie ; **traitement du facteur déclenchant** ; mortalité 20-40 % malgré traitement.

Étape 7

Décision 7

Information clinique

Le lit en réanimation médicale à orientation endocrinologique est prêt. Vous transmettez à l'équipe.

Quelle transmission adressez-vous ?

A

Contact uniquement téléphonique avec le réanimateur sans support écrit ni transmission structurée détaillée, la traçabilité étant assurée par le compte rendu final ultérieur

B

Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit dans la journée

C

« Femme 42 ans, Basedow depuis 3 ans avec ophtalmopathie modérée, goitre diffus, TRAb positifs, sous carbimazole 20 mg/j habituellement avec compliance médiocre. Facteurs déclenchants identifiés : arrêt complet auto-décidé du carbimazole depuis 3 semaines + pneumopathie communautaire bactérienne fébrile depuis 4 jours (foyer du lobe inférieur droit à la radio, procalcitonine 8,4). Admise à 10 h 30 en tempête thyroïdienne (thyroid storm) confirmée : T 40,4 °C, FA rapide 168 avec insuffisance cardiaque droite modérée, GCS 12 avec hallucinations et confusion, exophtalmie, goitre, tremblements généralisés, sueurs profuses, vomissements et diarrhées, biologie TSH < 0,005 T4L 108 T3L 42, ASAT/ALAT 125/98 bilirubine 32 (atteinte hépatique classique), hyponatrémie 130, IRA fonctionnelle créatinine 128, hyperglycémie 2,35. Score Burch-Wartofsky calculé à 110 (>> 45 seuil, hautement probable). Bundle pentavalent démarré à 11 h 00 en salle de déchoquage : (1) PTU 500 mg PO dose de charge à H+0 puis 250 mg/4h (PTU préféré au carbimazole en crise pour double effet blocage synthèse + inhibition conversion T4-T3), (2) Lugol 8 gouttes PO à H+1 après le PTU (jamais avant sinon flambée hormonale par libération des stocks), renouvellement toutes les 6h, (3) propranolol 60 mg PO à H+0 puis toutes les 4h (double effet symptomatique + inhibition conversion T4-T3, adaptation devant IC modérée avec surveillance rapprochée), (4) hydrocortisone 100 mg IV à H+0 puis toutes les 6h (triple effet inhibition conversion + insuffisance surrénale associée + anti-inflammatoire), (5) antibiothérapie ceftriaxone 2 g IV + roxithromycine 300 mg PO pour la pneumopathie communautaire. Mesures associées : refroidissement externe passif (compresses froides, découverture, éventails), paracétamol 1 g IV pour fièvre (jamais aspirine ni AINS qui déplacent T4 de la TBG), réhydratation prudente SSI 0,9 % 1,5 L/24h adapté à l'IC, cholestyramine 4 g PO × 4/j ajoutée devant la gravité initiale du score, oxygénothérapie 4 L/min, monitorage cardio-respiratoire continu. Amiodarone évitée (contre-indication absolue par richesse en iode). Évolution à H+6 : T 37,8, FC 92 (baisse marquée sous propranolol), TA 122/72, GCS 15 cohérente, résolution progressive de l'agitation et des tremblements. Je vous la monte pour poursuite surveillance rapprochée en réanimation (monitorage cardio-respiratoire continu 48-72h, T horaire, TSH T4L T3L à 24h et 72h, bilan hépatique, ionogramme, glycémie), poursuite bundle pentavalent avec adaptation (décroissance progressive du PTU sur plusieurs semaines après contrôle, arrêt du Lugol à 7-14 jours pour éviter effet Jod-Basedow, β-bloquant à décroître selon FC et fonction cardiaque, corticoïdes à décroître sur 3-5 jours après stabilisation, antibiothérapie 7-10 jours à réévaluer selon documentation), consultation endocrinologique programmée à J+3 puis J+15 pour révision du traitement de fond du Basedow (retour au carbimazole 30-40 mg/j avec surveillance TSH T4L T3L mensuelle, discussion à distance du traitement radical par iode radioactif ou thyroïdectomie), consultation cardiologique pour le suivi de la FA (récupération du rythme sinusal souvent spontanée après contrôle de l'hyperthyroïdie, discussion d'une anticoagulation transitoire par HBPM), éducation thérapeutique renforcée sur l'observance des ATS et la gestion des maladies intercurrentes. Points d'anticipation : récidive de la crise si arrêt trop rapide des ATS, décompensation cardiaque sur FA rapide persistante ou insuffisance cardiaque à haut débit (surveillance clinique et échocardiographique), aggravation hépatique (surveillance ASAT/ALAT bilirubine), rebond fébrile ou infectieux (surveillance CRP, hémocultures), thromboembolie sur FA (discussion anticoagulation), diagnostic différentiel avec insuffisance surrénale associée démasquée à l'arrêt des corticoïdes, aspects psychosociaux et adhésion au traitement à distance. »

D

Attendre 24 heures avant tout contact avec le réanimateur, la stabilisation métabolique complète étant nécessaire avant tout transfert programmé en unité d'aval spécialisée

E

« Une tempête thyroïdienne récupérée, à toi »

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Bonne réponse

C. « Femme 42 ans, Basedow depuis 3 ans avec ophtalmopathie modérée, goitre diffus, TRAb positifs, sous carbimazole 20 mg/j habituellement avec compliance médiocre. Facteurs déclenchants identifiés : arrêt complet auto-décidé du carbimazole depuis 3 semaines + pneumopathie communautaire bactérienne fébrile depuis 4 jours (foyer du lobe inférieur droit à la radio, procalcitonine 8,4). Admise à 10 h 30 en tempête thyroïdienne (thyroid storm) confirmée : T 40,4 °C, FA rapide 168 avec insuffisance cardiaque droite modérée, GCS 12 avec hallucinations et confusion, exophtalmie, goitre, tremblements généralisés, sueurs profuses, vomissements et diarrhées, biologie TSH < 0,005 T4L 108 T3L 42, ASAT/ALAT 125/98 bilirubine 32 (atteinte hépatique classique), hyponatrémie 130, IRA fonctionnelle créatinine 128, hyperglycémie 2,35. Score Burch-Wartofsky calculé à 110 (>> 45 seuil, hautement probable). Bundle pentavalent démarré à 11 h 00 en salle de déchoquage : (1) PTU 500 mg PO dose de charge à H+0 puis 250 mg/4h (PTU préféré au carbimazole en crise pour double effet blocage synthèse + inhibition conversion T4-T3), (2) Lugol 8 gouttes PO à H+1 après le PTU (jamais avant sinon flambée hormonale par libération des stocks), renouvellement toutes les 6h, (3) propranolol 60 mg PO à H+0 puis toutes les 4h (double effet symptomatique + inhibition conversion T4-T3, adaptation devant IC modérée avec surveillance rapprochée), (4) hydrocortisone 100 mg IV à H+0 puis toutes les 6h (triple effet inhibition conversion + insuffisance surrénale associée + anti-inflammatoire), (5) antibiothérapie ceftriaxone 2 g IV + roxithromycine 300 mg PO pour la pneumopathie communautaire. Mesures associées : refroidissement externe passif (compresses froides, découverture, éventails), paracétamol 1 g IV pour fièvre (jamais aspirine ni AINS qui déplacent T4 de la TBG), réhydratation prudente SSI 0,9 % 1,5 L/24h adapté à l'IC, cholestyramine 4 g PO × 4/j ajoutée devant la gravité initiale du score, oxygénothérapie 4 L/min, monitorage cardio-respiratoire continu. Amiodarone évitée (contre-indication absolue par richesse en iode). Évolution à H+6 : T 37,8, FC 92 (baisse marquée sous propranolol), TA 122/72, GCS 15 cohérente, résolution progressive de l'agitation et des tremblements. Je vous la monte pour poursuite surveillance rapprochée en réanimation (monitorage cardio-respiratoire continu 48-72h, T horaire, TSH T4L T3L à 24h et 72h, bilan hépatique, ionogramme, glycémie), poursuite bundle pentavalent avec adaptation (décroissance progressive du PTU sur plusieurs semaines après contrôle, arrêt du Lugol à 7-14 jours pour éviter effet Jod-Basedow, β-bloquant à décroître selon FC et fonction cardiaque, corticoïdes à décroître sur 3-5 jours après stabilisation, antibiothérapie 7-10 jours à réévaluer selon documentation), consultation endocrinologique programmée à J+3 puis J+15 pour révision du traitement de fond du Basedow (retour au carbimazole 30-40 mg/j avec surveillance TSH T4L T3L mensuelle, discussion à distance du traitement radical par iode radioactif ou thyroïdectomie), consultation cardiologique pour le suivi de la FA (récupération du rythme sinusal souvent spontanée après contrôle de l'hyperthyroïdie, discussion d'une anticoagulation transitoire par HBPM), éducation thérapeutique renforcée sur l'observance des ATS et la gestion des maladies intercurrentes. Points d'anticipation : récidive de la crise si arrêt trop rapide des ATS, décompensation cardiaque sur FA rapide persistante ou insuffisance cardiaque à haut débit (surveillance clinique et échocardiographique), aggravation hépatique (surveillance ASAT/ALAT bilirubine), rebond fébrile ou infectieux (surveillance CRP, hémocultures), thromboembolie sur FA (discussion anticoagulation), diagnostic différentiel avec insuffisance surrénale associée démasquée à l'arrêt des corticoïdes, aspects psychosociaux et adhésion au traitement à distance. »

Explication pédagogique

La transmission structurée d'une crise thyréotoxique comprend : les antécédents précis (Basedow, ophtalmopathie, compliance médiocre au traitement), les facteurs déclenchants cumulés (arrêt des ATS + pneumopathie), le tableau clinique évocateur avec le score de gravité (Burch-Wartofsky), les résultats biologiques (thyrotoxicose sévère + atteinte multi-organe), le bundle pentavalent administré dans l'ordre correct (ATS puis iode 1h après jamais avant, β-bloquant, corticoïdes, antibiotique du facteur déclenchant), les mesures associées (refroidissement, réhydratation, cholestyramine en cas de gravité, éviter aspirine et amiodarone), l'évolution favorable, la programmation du suivi endocrinologique et cardiologique, et les points d'anticipation.

Débriefing finalAfficher le débriefing

Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.

Objectifs pédagogiques

  • Reconnaître une **crise thyréotoxique (thyroid storm)** — urgence vitale (mortalité 10-30 % même traitée) — sur son tableau évocateur : **fièvre extrême** (souvent > 40 °C) sans foyer suffisamment expliquant, **tachycardie sévère** (souvent > 140/min, FA rapide), **troubles neurologiques** (agitation, confusion, coma, convulsions), **troubles digestifs** (vomissements, diarrhées, hépatite), **insuffisance cardiaque** possible, sur terrain d'hyperthyroïdie (Basedow, GMN toxique, adénome toxique).

  • Utiliser le **score de Burch-Wartofsky** (référence 1993 ; ≥ 45 = tempête hautement probable, 25-44 = imminence, < 25 = peu probable) ou le score **JTA/JES 2016** (Akamizu) pour hiérarchiser la probabilité diagnostique.

  • Identifier et rechercher systématiquement les **facteurs déclenchants** : (a) **arrêt brutal des antithyroïdiens** chez patient connu, (b) **infection intercurrente** (pneumopathie, sepsis, urinaire), (c) **chirurgie** (surtout thyroïdienne sans préparation), (d) **traumatisme** ou stress physique majeur, (e) **iode** (produit de contraste iodé, amiodarone, algues, sel iodé en excès), (f) **IDM, embolie pulmonaire, accouchement**, (g) **arrêt d'un β-bloquant** en cours de traitement de fond.

  • Prescrire le **traitement pentavalent cardinal** dans l'ordre correct : (1) **Antithyroïdiens de synthèse (ATS) IMMÉDIATS** — **propylthiouracile (PTU) 500-1000 mg PO puis 250 mg toutes les 4h** (préféré en crise : double effet — blocage synthèse hormonale + inhibition de la conversion T4→T3) OU carbimazole 60-80 mg/j si PTU indisponible ; (2) **Iode inorganique 1 HEURE APRÈS l'ATS** (jamais avant) — Lugol 8 gouttes toutes les 6h OU iodure de potassium ; (3) **β-bloquant** — propranolol 60-80 mg PO toutes les 4h ou 1 mg IV répétable (double effet : symptomatique + inhibition conversion T4→T3), à moduler si IC sévère décompensée ; (4) **Corticoïdes** — hydrocortisone 100 mg IV toutes les 6h (inhibition conversion T4→T3 + traitement de l'insuffisance surrénale relative associée) ; (5) **Traitement du facteur déclenchant** — antibiothérapie de la pneumopathie ici.

  • Ne **JAMAIS administrer l'iode avant les antithyroïdiens** — l'iode donné en 1er **aggrave la libération d'hormones thyroïdiennes préformées** stockées dans la thyroïde (effet de flambée hormonale — dit **effet de Jod-Basedow inversé** ou paradoxal). L'ATS doit être donné 1 heure avant l'iode pour bloquer d'abord la synthèse.

  • Assurer la **réanimation générale associée** : refroidissement externe (compresses froides, paracétamol — **jamais d'aspirine ni d'AINS** qui déplacent T4 de la TBG et augmentent la T4 libre), réhydratation prudente (SSI 0,9 %), correction électrolytique, oxygénothérapie, monitorage cardio-respiratoire, éventuelle cardioversion pharmacologique de la FA (amiodarone contre-indiquée ici — riche en iode), transfert en unité monitorée.

  • Envisager les **traitements de sauvetage** en cas de crise réfractaire : **cholestyramine 4 g × 4/j PO** (interruption du cycle entérohépatique des hormones thyroïdiennes), **plasmaphérèse**, **thyroïdectomie en urgence** (rare, en centre expert).

  • Distinguer avec le **coma myxœdémateux** (hypothyroïdie sévère décompensée du sujet âgé) — tableau opposé : hypothermie, bradycardie, hypotension, hypoventilation avec hypercapnie, œdèmes myxœdémateux, hyponatrémie de dilution, altération de conscience jusqu'au coma ; traitement par **lévothyroxine (L-T4) 200-500 µg IV bolus** + hydrocortisone 100 mg IV × 4/j + réchauffement passif + ventilation + traitement du facteur déclenchant.

Points clés à retenirAfficher les points clés
  • La **crise thyréotoxique (thyroid storm)** est une **urgence vitale absolue** (mortalité 10-30 % même traitée) — évoquer devant : fièvre extrême (> 40 °C), tachycardie sévère (> 140/min, FA rapide), troubles neurologiques (agitation, confusion, coma), troubles digestifs, insuffisance cardiaque, sur terrain d'hyperthyroïdie (Basedow, GMN toxique, adénome toxique).

  • **Score de Burch-Wartofsky** (référence 1993) — ≥ 45 = tempête hautement probable, 25-44 = imminence, < 25 = peu probable — hiérarchise la décision thérapeutique urgente. Alternative : score JTA/JES 2016 (Akamizu).

  • **Facteurs déclenchants** à rechercher systématiquement : (a) **arrêt brutal des ATS** chez patient connu, (b) **infection intercurrente** (35-50 %), (c) **iode récent** (contraste, **amiodarone**), (d) chirurgie sans préparation, (e) traumatisme, (f) IDM, EP, AVC, (g) accouchement.

  • **Séquence thérapeutique pentavalente cardinale dans l'ordre** : (1) **ANTITHYROÏDIENS EN PREMIER** — **PTU 500-1000 mg PO puis 250 mg/4h** (préféré en crise pour double effet), (2) **IODE 1 HEURE APRÈS ATS** (Lugol 8 gttes/6h, jamais avant sinon flambée hormonale), (3) **β-BLOQUANT** — propranolol 60-80 mg PO/4h ou 1 mg IV répétable (double effet), (4) **CORTICOÏDES** — hydrocortisone 100 mg IV/6h (triple effet), (5) **TRAITEMENT DU FACTEUR DÉCLENCHANT**.

  • **Piège cardinal** : **JAMAIS d'iode avant les ATS** — l'iode donné en 1er aggrave la libération des hormones stockées (flambée hormonale, tempête aggravée). L'ATS doit bloquer d'abord la synthèse, puis l'iode inhibe la libération (effet Wolff-Chaikoff bénéfique).

  • **Contre-indications spécifiques** : **aspirine et AINS** (déplacent T4 de la TBG et augmentent T4 libre — aggravent la thyrotoxicose), **amiodarone** (riche en iode 37 % — aggrave la crise). **Paracétamol IV** est l'antipyrétique de choix. Pour la FA rapide : β-bloquant, éventuellement digoxine si IC, cardioversion électrique si mauvaise tolérance.

  • **Coma myxœdémateux** (opposé — hypothyroïdie décompensée) — sujet âgé, hypothermie < 35 °C, bradycardie, hypotension, hypoventilation avec hypercapnie, altération de conscience, œdèmes myxœdémateux. Traitement : **lévothyroxine (L-T4) 200-500 µg IV bolus** + hydrocortisone 100 mg IV × 4/j (avant les hormones thyroïdiennes pour éviter démasquage d'insuffisance surrénale) + ventilation si hypoventilation + réchauffement **passif** (jamais actif rapide) + traitement du facteur déclenchant. Mortalité 20-40 %.