Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.
Présentation initiale
Homme de 42 ans, cadre commercial, sans antécédent particulier hors une allergie à la pénicilline documentée (éruption cutanée). Diagnostiqué il y a **5 jours** d'un **lymphome de Burkitt de stade IV** (Ann Arbor) sur biopsie ganglionnaire cervicale, avec **masse abdominale bulky** (conglomérat mésentérique de 12 cm, adénopathies rétropéritonéales), envahissement médullaire à 40 %, **LDH à 8 × la normale** (LDH d'entrée 4 200 UI/L), et lymphocytose sanguine à 22 × 10⁹/L avec présence de blastes.
Le patient a été hospitalisé en hématologie il y a 48 heures pour préparation. Une **première cure de chimiothérapie type R-EPOCH** a été démarrée il y a 24 heures (rituximab + étoposide + prednisone + oncovin + cyclophosphamide + doxorubicine). Prophylaxie hydratation IV et allopurinol débutés avant chimiothérapie, mais le patient a été catégorisé **haut risque de syndrome de lyse tumorale** dès l'admission (LDH > 2 × N, masse bulky, LB agressif). La rasburicase n'a **pas** été prescrite en prophylaxie devant un dépistage G6PD **en cours** au moment de l'admission (résultats non revenus à la mise en route de la chimio).
Le patient a présenté ces dernières **12 heures** : asthénie majeure, nausées avec 2 épisodes de vomissements, **oligurie franche** (diurèse 15 mL/h depuis 12 h), **palpitations**, sensation de picotements péribuccaux et des extrémités. L'infirmière a alerté devant une kaliémie du bilan de contrôle à 6,4 mmol/L. Transfert immédiat aux urgences pour prise en charge.
À l'arrivée aux urgences : TA 148/85 mmHg, FC 108/min irrégulière, FR 22/min, SpO₂ 96 % en air ambiant, T 37,4 °C, GCS 15 mais patient épuisé, dyspnéique.
**Examen clinique** : - Asthénie majeure, patient en décubitus dorsal - **Pas de signes de surcharge évidents** (auscultation pulmonaire libre, pas d'œdèmes, jugulaires non turgescentes) - Cardio : rythme irrégulier, extrasystoles fréquentes - Abdomen ballonné avec **masse mésentérique palpable** (12 cm), matité mobile - **Signes de tétanie latente** : signe de Chvostek positif, paresthésies périorales et distales - Pas de signe méningé, pas de déficit neurologique focal - Sonde urinaire mise en place : diurèse cumulée depuis 12 h à 180 mL (soit 15 mL/h)
**Bilan biologique en urgence** : - **Acide urique 860 µmol/L (14,5 mg/dL)** — hyperuricémie sévère (référence < 420 µmol/L) - **Potassium 6,4 mmol/L** — hyperkaliémie - **Phosphore 2,65 mmol/L (8,2 mg/dL)** — hyperphosphatémie majeure (référence 0,81-1,45) - **Calcium total 1,70 mmol/L (6,8 mg/dL)** — hypocalcémie - **Albumine 34 g/L** ; Ca corrigé = 1,70 + 0,02 × (40 − 34) = **1,82 mmol/L** — hypocalcémie confirmée - **Créatinine 245 µmol/L** (référence 85, insuffisance rénale aiguë, clairance calculée à 32 mL/min) - Urée 22 mmol/L - Ionogramme : Na 138, Cl 100, **HCO₃⁻ 18 mmol/L** (acidose métabolique) - **LDH 4 200 UI/L** (explosion, référence < 250) - pH veineux 7,28, lactate 3,2 mmol/L - NFS : Hb 10,8 g/dL, plaquettes 82 000/mm³ (thrombopénie), leucocytes 15 800/mm³ - CRP 45 mg/L, procalcitonine 0,3 ng/mL - **G6PD** : résultat rendu il y a 6 heures : **normale** (permet l'usage de la rasburicase)
**ECG** : rythme sinusal irrégulier avec extrasystoles ventriculaires fréquentes (bigéminisme), FC 108/min, **ondes T amples pointues et symétriques en dérivations précordiales**, **PR allongé à 0,22 s**, pas de disparition de l'onde P, QRS non élargis.
Poids 78 kg, surface corporelle estimée 1,95 m².
Étape 1
Décision 1
Information clinique
Le patient arrive en brancard, monitoré. L'interne d'hématologie qui accompagne le patient est stressé : « J'ai vu les chiffres, c'est catastrophique. Qu'est-ce qu'on fait en premier ? »
Quelle est votre conduite immédiate ?
Reconnaître un syndrome de lyse tumorale clinique post-chimiothérapie, alerter l'équipe multidisciplinaire et débuter la réhydratation IV agressive avec traitement urgent de l'hyperkaliémie menaçante à l'ECG
Attendre l'arrivée de l'hématologue traitant avant toute prescription, la prise en charge du TLS relevant exclusivement de la spécialité oncologique
Adresser directement en réanimation sans autre bilan préalable ni traitement initial, la stabilisation métabolique relevant du plateau de soins intensifs
Se limiter à un contrôle biologique dans 6 heures avant décision thérapeutique, le TLS ayant une cinétique d'aggravation lente permettant une observation prolongée
Prescrire d'emblée une transfusion plaquettaire pour la thrombopénie à 82 000, principal risque vital immédiat dans ce contexte de chimiothérapie récente
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Bonne réponse
A. Reconnaître un syndrome de lyse tumorale clinique post-chimiothérapie, alerter l'équipe multidisciplinaire et débuter la réhydratation IV agressive avec traitement urgent de l'hyperkaliémie menaçante à l'ECG
Explication pédagogique
Le tableau associe une **hyperuricémie sévère**, une **hyperkaliémie avec anomalies ECG menaçantes** (ondes T amples pointues + PR allongé + extrasystoles), une **hyperphosphatémie**, une **hypocalcémie** et une **insuffisance rénale aiguë avec oligurie** — le tout dans le contexte d'une chimiothérapie récente pour lymphome de Burkitt bulky : le diagnostic de **syndrome de lyse tumorale clinique** est immédiat (critères de Cairo-Bishop 2004, révisés Howard 2011). La conduite associe : (1) deux VVP de bon calibre ; (2) monitorage cardiaque continu (arythmies) ; (3) **réhydratation IV agressive sans potassium ni phosphate** ; (4) **traitement urgent de l'hyperkaliémie menaçante** (gluconate de calcium en 1er, puis insuline-glucose, salbutamol, résines) ; (5) **rasburicase** pour l'hyperuricémie (G6PD normal disponible) ; (6) alerte simultanée hématologue-réanimateur-néphrologue ; (7) bilan complémentaire (troponine, bilan de coagulation, ECBU, échographie rénale). Posologies alignées sur le protocole Clin92 « Syndrome de lyse tumorale ».
Étape 2
Décision 2
Information clinique
L'hématologue vous demande au téléphone : « C'est un vrai syndrome de lyse ou seulement des anomalies biologiques ? Faut-il déjà activer la réanimation ? »
Comment classez-vous ce syndrome selon Cairo-Bishop 2004 ?
**Syndrome de lyse tumorale clinique (CTLS)** : TLS biologique (≥ 2 anomalies parmi hyperuricémie, hyperkaliémie, hyperphosphatémie, hypocalcémie) **+ critère clinique** (IRA, arythmie)
Insuffisance rénale aiguë isolée d'origine multifactorielle (chimio néphrotoxique, déshydratation), sans autre anomalie métabolique significative
Pseudo-TLS lié à un artefact biologique (hémolyse in vitro, syndrome inflammatoire), à interpréter avec prudence avant intervention
Anomalies biologiques mineures ne remplissant pas les critères de Cairo-Bishop, la kaliémie à 6,4 restant en dessous du seuil critique de 6,5
TLS biologique isolé (LTLS) sans manifestation clinique associée, ne relevant que d'une surveillance renforcée sans traitement urgent
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Bonne réponse
A. **Syndrome de lyse tumorale clinique (CTLS)** : TLS biologique (≥ 2 anomalies parmi hyperuricémie, hyperkaliémie, hyperphosphatémie, hypocalcémie) **+ critère clinique** (IRA, arythmie)
Explication pédagogique
Les critères de **Cairo-Bishop 2004** (révisés Howard 2011) distinguent le **TLS biologique (LTLS)** du **TLS clinique (CTLS)**. Le **LTLS** requiert au moins **2 anomalies** parmi les 4 suivantes dans les **3 jours avant à 7 jours après** la chimiothérapie : (a) **acide urique** ≥ 476 µmol/L (8 mg/dL) ou augmentation ≥ 25 % ; (b) **potassium** ≥ 6,0 mmol/L ou augmentation ≥ 25 % ; (c) **phosphore** ≥ 1,45 mmol/L (adulte) ou augmentation ≥ 25 % ; (d) **calcium** ≤ 1,75 mmol/L (7 mg/dL) ou diminution ≥ 25 %. Chez ce patient : **acide urique 860** ✓, **K 6,4** ✓, **phosphore 2,65** ✓, **calcium corrigé 1,82** (ne remplit pas le critère mais est bas), soit **3 anomalies présentes** → **LTLS confirmé**. Le **CTLS** ajoute au moins un critère clinique : (a) **créatinine ≥ 1,5 × normale** (chez ce patient créat 245 vs normale 85 = 2,9 × N ✓) ; (b) **arythmie cardiaque ou mort subite** (extrasystoles ventriculaires ✓) ; (c) **convulsion** ; on peut ajouter la tétanie symptomatique. → **CTLS confirmé, urgence vitale**.
Étape 3
Décision 3
Information clinique
Un confrère plus ancien vous propose : « Passe 2 L de bicarbonate 1,4 % pour alcaliniser les urines, ça va augmenter la solubilité de l'acide urique et protéger le rein. C'est le protocole classique. »
Quelle est votre stratégie de réhydratation ?
Alcaliniser les urines par bicarbonate 1,4 % 2 L pour augmenter la solubilité de l'acide urique et protéger la fonction rénale, protocole classique
**Réhydratation IV agressive sans potassium ni phosphate** par sérum salé 0,9 % (2,5-3 L/m²/24h, cible diurèse 80-100 mL/m²/h), **sans alcalinisation urinaire** (doctrine obsolète, précipitation Ca-P)
Restreindre les apports hydriques à 500 mL/24h chez le patient oligurique, pour éviter la surcharge et l'aggravation de l'insuffisance rénale
Ajouter du potassium 40 mmol/L à la perfusion pour équilibrer la balance sodique et prévenir la dépletion secondaire
Utiliser exclusivement du glucosé 5 % isolé sans électrolyte, pour éviter tout apport aggravant les désordres ioniques déjà présents
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Bonne réponse
B. **Réhydratation IV agressive sans potassium ni phosphate** par sérum salé 0,9 % (2,5-3 L/m²/24h, cible diurèse 80-100 mL/m²/h), **sans alcalinisation urinaire** (doctrine obsolète, précipitation Ca-P)
Explication pédagogique
La **réhydratation IV agressive** est la **pierre angulaire** du traitement du TLS (Howard 2011, NCCN 2024, BSH 2015) : (1) **volume cible 2,5-3 L/m²/24h** (soit environ 5-6 L/24h pour ce patient de 1,95 m²), à adapter à la fonction cardiaque et à la volémie ; (2) **cible diurèse 80-100 mL/m²/h** (surveillance sonde urinaire) ; (3) **solutés utilisés** : sérum salé 0,9 % ou solution glucosée-sérum, **sans potassium ajouté** (aggravation de l'hyperkaliémie), **sans phosphate ajouté** (aggravation de l'hyperphosphatémie), **sans calcium ajouté** (risque de précipitation avec le phosphore) ; (4) **pas d'alcalinisation urinaire** — **doctrine obsolète** (NCCN 2024, BSH 2015) : l'alcalinisation par bicarbonate augmentait théoriquement la solubilité de l'acide urique (pH > 7), mais elle **favorise la précipitation de calcium-phosphate** dans les tubules rénaux (à pH élevé, le produit Ca × P dépasse le seuil de précipitation), aggravant l'IRA — d'autant plus **inutile** que la rasburicase transforme rapidement l'acide urique en allantoïne très soluble. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 4
Décision 4
Information clinique
L'ECG répété montre une aggravation : ondes T de plus en plus amples, PR à 0,24 s. Le patient est plus dyspnéique et signale des palpitations. La kaliémie de contrôle vient d'être rendue à 6,7 mmol/L.
Quel est le geste thérapeutique prioritaire ?
Passer directement à un choc électrique externe préventif pour prévenir la fibrillation ventriculaire imminente sur ces anomalies ECG évolutives
**Séquence urgente** : gluconate de calcium 10 % 10 mL IV lente (stabilisation membranaire) en 1er, puis insuline-glucose, salbutamol, bicarbonate si acidose, envisager épuration extra-rénale
Passer un bolus de KCl pour équilibrer l'ionogramme sanguin et corriger la fuite intracellulaire potassique secondaire à l'acidose métabolique
Prescrire uniquement les résines échangeuses par voie orale (Kayexalate 30 g), traitement de référence de l'hyperkaliémie modérée aux urgences
Attendre le résultat du prochain ECG dans 30 minutes avant intervention, la cinétique de l'hyperkaliémie étant généralement progressive et rarement fulminante
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Bonne réponse
B. **Séquence urgente** : gluconate de calcium 10 % 10 mL IV lente (stabilisation membranaire) en 1er, puis insuline-glucose, salbutamol, bicarbonate si acidose, envisager épuration extra-rénale
Explication pédagogique
L'**hyperkaliémie menaçante** (K⁺ > 6 mmol/L avec anomalies ECG : ondes T amples pointues, PR allongé, disparition de P, élargissement QRS) est une **urgence vitale** exposant au risque de **fibrillation ventriculaire** et d'arrêt cardiaque. La prise en charge suit un ordre précis (KDIGO 2020, ERC 2021) : (1) **gluconate de calcium 10 % 10 mL IV lente en 3 min sous scope** — **stabilisation membranaire cardiaque immédiate** (effet en 1-3 min, durée 30-60 min), à répéter à 10 min si ECG persistant anormal ; le calcium **ne réduit pas la kaliémie** mais protège contre les arythmies ; (2) **insuline-glucose** — 10 UI d'insuline rapide + 250 mL de G30 % en 30 min (transfert intracellulaire du K⁺, effet en 15-30 min, durée 4-6h) ; (3) **aérosols de salbutamol** 10-20 mg (transfert intracellulaire, effet complémentaire) ; (4) **bicarbonate de sodium** 1,4 % 500 mL si acidose sévère associée (comme ici pH 7,28 — l'acidose aggrave l'hyperkaliémie) ; (5) **résines échangeuses de cations** (Kayexalate 30-60 g PO ou lavement, patiromer) — effet plus lent ; (6) **épuration extra-rénale** à envisager immédiatement chez ce patient (IRA, hyperK réfractaire potentielle, hyperphosphatémie majeure) — appel du néphrologue en urgence. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 5
Décision 5
Information clinique
Le G6PD est disponible (résultat normal). Vous devez décider du traitement de l'hyperuricémie, de l'hyperphosphatémie et de la question de l'hypocalcémie asymptomatique.
Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont indiquées ?
Chélateurs du phosphore par voie orale (sevelamer, éviter carbonate de calcium — risque Ca × P) pour limiter l'absorption digestive résiduelle, en attendant l'épuration
Allopurinol 300 mg × 2/j PO en 1ère intention à la place de la rasburicase, plus économique et bien toléré, adapté à toutes les situations
**Rasburicase 0,2 mg/kg IV en 30 min** (15,6 mg pour ce patient de 78 kg), enzyme convertissant l'acide urique en allantoïne soluble, G6PD normal vérifié
Correction systématique de l'hypocalcémie asymptomatique par supplémentation calcique IV forte dose pour normaliser la calcémie et prévenir tétanie et arythmies ultérieures
Ne pas corriger l'hypocalcémie asymptomatique — risque de précipitation calcium-phosphate aggravant l'IRA ; réserver le gluconate aux manifestations symptomatiques (tétanie, convulsion, arythmie)
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Bonne réponse
A. Chélateurs du phosphore par voie orale (sevelamer, éviter carbonate de calcium — risque Ca × P) pour limiter l'absorption digestive résiduelle, en attendant l'épuration C. **Rasburicase 0,2 mg/kg IV en 30 min** (15,6 mg pour ce patient de 78 kg), enzyme convertissant l'acide urique en allantoïne soluble, G6PD normal vérifié E. Ne pas corriger l'hypocalcémie asymptomatique — risque de précipitation calcium-phosphate aggravant l'IRA ; réserver le gluconate aux manifestations symptomatiques (tétanie, convulsion, arythmie)
Explication pédagogique
Le traitement des désordres métaboliques du TLS associe (Howard 2011, NCCN 2024, BSH 2015) : (1) **Rasburicase (Fasturtec®)** — enzyme recombinante (urate oxidase) qui **convertit l'acide urique en allantoïne** (très soluble, éliminée facilement dans les urines) ; **0,2 mg/kg IV en 30 min**, effet en 4 heures, très efficace (baisse de l'acide urique > 90 % en 24h) ; **contre-indiquée en cas de déficit en G6PD** (risque de méthémoglobinémie et hémolyse) et pendant la grossesse — le dépistage G6PD est **impératif avant prescription**, ici disponible et normal ; alternative en cas de contre-indication : allopurinol (moins efficace, action plus lente) ; (2) **Chélateurs du phosphore par voie orale** (sevelamer 800-1600 mg × 3/j PO, hydroxyde d'aluminium à courte durée, carbonate de calcium — attention au produit Ca × P) — limitent l'absorption digestive résiduelle du phosphore, complément de l'épuration extra-rénale ; (3) **Pas de correction de l'hypocalcémie asymptomatique** — la supplémentation calcique dans un contexte d'hyperphosphatémie majeure expose à la **précipitation calcium-phosphate** dans les tubules rénaux, aggravant l'IRA et créant des dépôts tissulaires ; le gluconate de calcium est réservé aux **manifestations symptomatiques** (tétanie sévère, convulsion, arythmie) à dose minimale efficace. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 6
Décision 6
Information clinique
Le néphrologue est au chevet. Vous discutez de l'épuration extra-rénale et de la coordination multidisciplinaire.
Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont correctes ?
Le monitoring biologique doit être renforcé (potassium, phosphore, calcium, acide urique, créatinine) toutes les 4-6h en phase aiguë, puis toutes les 12h à la stabilisation
La coordination multidisciplinaire (hématologue traitant, réanimateur, néphrologue) est essentielle pour la décision d'épuration, la poursuite ou l'adaptation de la chimiothérapie, l'orientation en réanimation
Les indications d'épuration extra-rénale en urgence dans le TLS incluent : hyperkaliémie réfractaire, hyperphosphatémie sévère avec hypocalcémie symptomatique, IRA oligo-anurique avec surcharge hydro-sodée, urémie symptomatique
L'épuration extra-rénale n'est jamais indiquée en 1ère ligne dans le TLS, la prise en charge médicale intensive étant toujours suffisante avant recours à la dialyse
L'arrêt définitif de la chimiothérapie doit être décidé aux urgences sans concertation avec l'hématologue, la survie immédiate étant prioritaire sur la maladie tumorale
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Bonne réponse
A. Le monitoring biologique doit être renforcé (potassium, phosphore, calcium, acide urique, créatinine) toutes les 4-6h en phase aiguë, puis toutes les 12h à la stabilisation B. La coordination multidisciplinaire (hématologue traitant, réanimateur, néphrologue) est essentielle pour la décision d'épuration, la poursuite ou l'adaptation de la chimiothérapie, l'orientation en réanimation C. Les indications d'épuration extra-rénale en urgence dans le TLS incluent : hyperkaliémie réfractaire, hyperphosphatémie sévère avec hypocalcémie symptomatique, IRA oligo-anurique avec surcharge hydro-sodée, urémie symptomatique
Explication pédagogique
La suite de la prise en charge associe : (1) **indications d'épuration extra-rénale en urgence** (Howard 2011, BSH 2015) : hyperkaliémie réfractaire au traitement médical (> 6,5 malgré traitement, ou anomalies ECG persistantes), **hyperphosphatémie sévère** (> 3,3 mmol/L) avec hypocalcémie symptomatique, **IRA oligo-anurique** avec surcharge hydro-sodée réfractaire, **urémie symptomatique** (péricardite, encéphalopathie), acidose métabolique sévère non contrôlée — le choix entre **hémodialyse intermittente** (efficacité rapide) et **EER continue** (mieux tolérée hémodynamiquement, épuration continue des produits de lyse) dépend du contexte et de la stabilité hémodynamique ; (2) **coordination multidisciplinaire** — hématologue traitant (décision de poursuite ou d'adaptation de la chimiothérapie, jamais aux urgences sans concertation), **réanimateur** (surveillance rapprochée, éventuelle intubation, EER continue), **néphrologue** (indication, modalité et suivi de l'épuration), équipe infirmière expérimentée ; (3) **monitoring biologique renforcé** — ionogramme, kaliémie, phosphorémie, calcémie, acide urique, créatinine, urée, gaz du sang **toutes les 4-6 heures** en phase aiguë, puis toutes les 12 heures à la stabilisation, jusqu'à normalisation.
Étape 7
Décision 7
Information clinique
Le lit en réanimation médicale est prêt. Vous transmettez à l'équipe.
Quelle transmission adressez-vous ?
Contact avec le néphrologue uniquement, le réanimateur étant informé par le compte rendu écrit
« Homme 42 ans, lymphome de Burkitt de stade IV diagnostiqué il y a 5 jours avec masse abdominale bulky, LDH 8 × N, envahissement médullaire, catégorisé haut risque de TLS. Prophylaxie initiale par hydratation IV et allopurinol, rasburicase non prescrite en prophylaxie devant dépistage G6PD en cours. Première cure R-EPOCH démarrée il y a 24h. Admis à 10 h 00 aux urgences pour tableau de syndrome de lyse tumorale clinique : oligurie 15 mL/h depuis 12h, palpitations, tétanie latente, ionogramme catastrophique — acide urique 860, K 6,4 (puis 6,7 au contrôle), phosphore 2,65, calcium corrigé 1,82, créatinine 245 (× 2,9), LDH 4 200, acidose pH 7,28. ECG : ondes T amples, PR 0,24, extrasystoles ventriculaires. Diagnostic CTLS Cairo-Bishop 2004. Bundle démarré à 10 h 30 : réhydratation IV sans potassium ni phosphate ni alcalinisation, à 250 mL/h de sérum salé (cible 2,5-3 L/m²/24h) ; gluconate de calcium 10 % 10 mL IV lente immédiat pour hyperK menaçante avec régression partielle des ondes T à 5 min, insuline-glucose démarrée, salbutamol nébulisé, bicarbonate 1,4 % 500 mL. G6PD normal disponible : rasburicase 15,6 mg IV administrée à 11 h 00. Sevelamer 1 600 mg PO démarré. Pas de correction de l'hypocalcémie asymptomatique (risque de précipitation Ca-P). Néphrologue et hématologue traitant contactés. Indication d'épuration extra-rénale posée : hyperK menaçante persistante, hyperphosphatémie sévère, IRA oligurique. Je vous le monte pour hémodialyse en urgence, poursuite de la réhydratation et du traitement médical de l'hyperK, monitoring biologique toutes les 4h, discussion multidisciplinaire pour la poursuite/adaptation de la chimiothérapie. Points d'anticipation : dégradation rapide possible (arrêt cardiaque sur hyperK, aggravation IRA, surcharge post-hydratation, tétanie/convulsion, hypocalcémie post-rasburicase). »
Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit
Attendre 24 heures avant tout transfert
« Un lyse qui monte, à toi »
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Bonne réponse
B. « Homme 42 ans, lymphome de Burkitt de stade IV diagnostiqué il y a 5 jours avec masse abdominale bulky, LDH 8 × N, envahissement médullaire, catégorisé haut risque de TLS. Prophylaxie initiale par hydratation IV et allopurinol, rasburicase non prescrite en prophylaxie devant dépistage G6PD en cours. Première cure R-EPOCH démarrée il y a 24h. Admis à 10 h 00 aux urgences pour tableau de syndrome de lyse tumorale clinique : oligurie 15 mL/h depuis 12h, palpitations, tétanie latente, ionogramme catastrophique — acide urique 860, K 6,4 (puis 6,7 au contrôle), phosphore 2,65, calcium corrigé 1,82, créatinine 245 (× 2,9), LDH 4 200, acidose pH 7,28. ECG : ondes T amples, PR 0,24, extrasystoles ventriculaires. Diagnostic CTLS Cairo-Bishop 2004. Bundle démarré à 10 h 30 : réhydratation IV sans potassium ni phosphate ni alcalinisation, à 250 mL/h de sérum salé (cible 2,5-3 L/m²/24h) ; gluconate de calcium 10 % 10 mL IV lente immédiat pour hyperK menaçante avec régression partielle des ondes T à 5 min, insuline-glucose démarrée, salbutamol nébulisé, bicarbonate 1,4 % 500 mL. G6PD normal disponible : rasburicase 15,6 mg IV administrée à 11 h 00. Sevelamer 1 600 mg PO démarré. Pas de correction de l'hypocalcémie asymptomatique (risque de précipitation Ca-P). Néphrologue et hématologue traitant contactés. Indication d'épuration extra-rénale posée : hyperK menaçante persistante, hyperphosphatémie sévère, IRA oligurique. Je vous le monte pour hémodialyse en urgence, poursuite de la réhydratation et du traitement médical de l'hyperK, monitoring biologique toutes les 4h, discussion multidisciplinaire pour la poursuite/adaptation de la chimiothérapie. Points d'anticipation : dégradation rapide possible (arrêt cardiaque sur hyperK, aggravation IRA, surcharge post-hydratation, tétanie/convulsion, hypocalcémie post-rasburicase). »
Explication pédagogique
La transmission structurée d'un syndrome de lyse tumorale clinique comprend : le contexte oncologique précis (type, stade, risque de TLS, prophylaxie), l'horodatage précis du diagnostic et du bundle thérapeutique, la classification biologique (CTLS Cairo-Bishop), les gestes réalisés dans l'ordre de priorité (stabilisation cardiaque, réhydratation, rasburicase, chélateurs, absence de correction de l'hypocalcémie asymptomatique justifiée), la coordination multidisciplinaire déjà engagée, l'indication d'épuration extra-rénale et les points d'anticipation.
Débriefing finalAfficher le débriefing
Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.
Objectifs pédagogiques
Reconnaître un **syndrome de lyse tumorale clinique** selon les critères de **Cairo-Bishop 2004** (révisés par **Howard 2011**) : **TLS biologique** (≥ 2 anomalies parmi uricémie, kaliémie, phosphorémie, calcémie) **+ un critère clinique** (créatinine ≥ 1,5 × N, arythmie, convulsion).
Identifier les **patients à haut risque de TLS** : lymphome de Burkitt, LLA à forte lymphocytose, LMA à forte blastose, masse bulky, LDH élevée, néoplasies très chimiosensibles — imposant une **prophylaxie renforcée par rasburicase** (après dépistage G6PD).
Prescrire une **réhydratation IV agressive sans potassium ni phosphate** (2,5-3 L/m²/24h, sérum salé 0,9 % ou glucosé-sérum, cible diurèse 80-100 mL/m²/h) — **sans alcalinisation urinaire** (doctrine obsolète, favorise la précipitation calcium-phosphate).
Traiter l'**hyperkaliémie menaçante** (ECG modifié, K⁺ > 6 mmol/L) : gluconate de calcium 10 % 10 mL IV lente (stabilisation membranaire, sous scope), insuline-glucose (10 UI + 250 mL G30 %), aérosols de salbutamol, bicarbonates si acidose, résines échangeuses ; **envisager l'épuration extra-rénale** en cas d'échec ou de kaliémie très élevée.
Prescrire de la **rasburicase 0,2 mg/kg IV** en 30 min pour l'hyperuricémie sévère après vérification G6PD, en alternative à l'allopurinol qui reste utile en prévention primaire ou en cas de contre-indication à la rasburicase.
Ne **pas corriger l'hypocalcémie asymptomatique** dans le TLS (risque de précipitation calcium-phosphate aggravant l'IRA). Traiter uniquement les manifestations symptomatiques (tétanie, convulsions, arythmie) par gluconate de calcium à dose minimale efficace.
Reconnaître les indications d'**épuration extra-rénale** en urgence : hyperkaliémie réfractaire, hyperphosphatémie sévère avec hypocalcémie symptomatique, IRA oligo-anurique, surcharge hydro-sodée réfractaire, urémie symptomatique — préférence pour l'**hémodialyse intermittente** ou l'EER continue selon le contexte.
Coordonner la prise en charge multidisciplinaire (hématologue-oncologue traitant, réanimateur, néphrologue) et structurer la transmission.
Points clés à retenirAfficher les points clés
Le **syndrome de lyse tumorale (TLS)** est une urgence oncologique vitale, définie par les critères de **Cairo-Bishop 2004** (révisés Howard 2011) : **TLS biologique (LTLS)** = ≥ 2 anomalies parmi hyperuricémie, hyperkaliémie, hyperphosphatémie, hypocalcémie ; **TLS clinique (CTLS)** = LTLS + critère clinique (créatinine ≥ 1,5 × N, arythmie, convulsion).
Les **patients à haut risque** sont ceux avec **lymphome de Burkitt**, LLA à forte lymphocytose, LMA à forte blastose, masse **bulky**, LDH élevée, néoplasies très chimiosensibles — imposant une **prophylaxie renforcée par rasburicase** (après dépistage G6PD) et une surveillance rapprochée post-chimiothérapie.
La **réhydratation IV agressive** est la pierre angulaire : **2,5-3 L/m²/24h**, **sans potassium ni phosphate ni calcium** ajoutés, cible diurèse 80-100 mL/m²/h — **sans alcalinisation urinaire** (doctrine obsolète, NCCN 2024/BSH 2015 : favorise la précipitation calcium-phosphate).
L'**hyperkaliémie menaçante** (K > 6 mmol/L + anomalies ECG) est une urgence vitale immédiate : (1) **gluconate de calcium 10 % 10 mL IV lente** en 1ère intention (stabilisation membranaire, ne réduit pas la kaliémie) ; (2) **insuline-glucose** ; (3) **salbutamol nébulisé** ; (4) **bicarbonate** si acidose ; (5) **résines échangeuses** ; (6) **épuration extra-rénale** si réfractaire ou d'emblée.
La **rasburicase** (0,2 mg/kg IV en 30 min) est le traitement de référence de l'hyperuricémie sévère dans le TLS — **contre-indiquée en cas de déficit en G6PD** (dépistage impératif préalable) ; alternative allopurinol (moins rapide, moins efficace, adapté à la prévention primaire).
La **correction de l'hypocalcémie asymptomatique est proscrite** dans le TLS (précipitation calcium-phosphate aggravant l'IRA). Traiter uniquement les manifestations symptomatiques (tétanie sévère, convulsion, arythmie) à dose minimale efficace.
L'**épuration extra-rénale** en urgence est indiquée devant : hyperkaliémie réfractaire, hyperphosphatémie sévère avec hypocalcémie symptomatique, IRA oligo-anurique avec surcharge, urémie symptomatique — préférence pour l'hémodialyse intermittente ou l'EER continue selon la stabilité hémodynamique. Coordination multidisciplinaire indispensable (hématologue, réanimateur, néphrologue).
