Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.
Présentation initiale
Femme de 24 ans, **G1P0 primigeste**, grossesse mono-fœtale spontanée à **32+4 SA**, suivi obstétrical régulier sans anomalie particulière jusqu'à sa dernière consultation il y a 3 semaines. Aucun antécédent médical ou chirurgical notable, pas d'HTA préexistante, pas de diabète, pas d'antécédent familial notable. Groupe A Rh+, sérologies négatives.
Amenée par le SAMU pour **crise convulsive tonico-clonique généralisée** survenue à son domicile il y a 45 minutes, en présence de son mari. Selon celui-ci : la patiente rapportait depuis 2 jours des **céphalées violentes et persistantes** résistantes au paracétamol, des **phosphènes** et une **vision floue intermittente**, ainsi qu'une **douleur en barre épigastrique** apparue le matin même. Aucune notion de traumatisme, aucun antécédent convulsif personnel ou familial.
La crise tonico-clonique a duré environ 2 minutes, suivie d'une phase post-critique de confusion et de somnolence. Pas de morsure de langue rapportée, perte d'urines. Reprise progressive de la conscience pendant le transport SAMU (30 min), aujourd'hui GCS 15 mais patiente confuse et ralentie.
À l'arrivée aux urgences obstétricales : **TA 178/118 mmHg** (mesurée à 3 reprises à 5 minutes d'intervalle), FC 108/min, FR 22/min, SpO₂ 96 % en air ambiant, T 37,1 °C, GCS 15 avec confusion post-critique en régression, patiente anxieuse. Œdèmes des membres inférieurs présents, œdème facial modéré.
Examen : **hyperréflexie ostéotendineuse marquée** (réflexes rotuliens vifs et polycinétiques), pas de déficit neurologique focal, **douleur en barre épigastrique et de l'hypochondre droit à la palpation**, mouvements fœtaux perçus. Auscultation cardio-pulmonaire libre. Toucher vaginal : col fermé, tonique, présentation céphalique haute.
**CTG à l'arrivée** : rythme cardiaque fœtal à 145 bpm avec variabilité normale, tracé réactif (pattern rassurant type 1), pas de décélération, contractions utérines irrégulières et peu intenses.
**Bilan biologique initial** : - **Bandelette urinaire** : **protéinurie 3+**, pas de leucocyturie ni hématurie - Ratio protéinurie/créatininurie sur échantillon : **850 mg/g** (seuil pathologique > 300 mg/g) - NFS : Hb **10,2 g/dL** (référence en fin de grossesse 12,4 g/dL, chute de 2,2 g/dL), plaquettes **92 000/mm³** (thrombopénie), leucocytes 12 400 - **Schizocytes présents** sur frottis (hémolyse mécanique), **haptoglobine effondrée** (< 0,1 g/L), **LDH 620 UI/L** (élevé) - **ASAT 145 UI/L, ALAT 132 UI/L** (> 2 × la normale), bilirubine totale normale - Coagulation : INR 1,1, TP 88 %, fibrinogène 3,2 g/L (préservé) - Ionogramme : Na 138, K 4,2, **créatinine 128 µmol/L** (élevée pour la grossesse, référence < 90), urée 8 mmol/L - Gaz du sang veineux : pH 7,38, lactate 1,8 mmol/L - Glycémie 0,98 g/L, groupage-RAI validé
Poids déclaré 72 kg.
Étape 1
Décision 1
Information clinique
La patiente arrive en salle d'accueil des urgences obstétricales, monitorisée. Elle est confuse mais réveillée, avec les paramètres cliniques et biologiques ci-dessus.
Quelle est votre conduite immédiate ?
Débuter uniquement une antiépileptique classique (diazépam IV) et sortir la patiente après stabilisation
Réaliser une IRM cérébrale en urgence extrême avant tout traitement, pour éliminer un accident vasculaire cérébral
Reconnaître une éclampsie sur prééclampsie sévère avec HELLP probable, débuter le sulfate de magnésium et un antihypertenseur IV titrable
Adresser directement au bloc pour césarienne d'emblée sans autre mesure préalable
Autoriser une surveillance simple pendant quelques heures, la crise convulsive isolée pouvant régresser spontanément
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Bonne réponse
C. Reconnaître une éclampsie sur prééclampsie sévère avec HELLP probable, débuter le sulfate de magnésium et un antihypertenseur IV titrable
Explication pédagogique
Le tableau associe (1) crise convulsive tonico-clonique généralisée chez une femme enceinte sans antécédent = **éclampsie** jusqu'à preuve du contraire ; (2) HTA sévère (178/118) + signes neurologiques (céphalées, phosphènes, hyperréflexie) + signes hépatiques (barre épigastrique, transaminases > 2N) + protéinurie franche + thrombopénie 92 000 = **prééclampsie sévère** ; (3) schizocytes + haptoglobine effondrée + LDH élevé + transaminases élevées + thrombopénie = **HELLP syndrome complet**. La prise en charge associe : deux VVP de bon calibre, monitorage maternel et CTG continu, décubitus latéral gauche (limite l'hypoxie fœtale et la compression aorto-cave), **sulfate de magnésium IV en bolus puis perfusion continue** (prévention/traitement des récidives convulsives), **antihypertenseur IV titrable** (nicardipine, labétalol ou hydralazine) pour HTA sévère, prélèvements avec groupage-RAI et bilan pré-opératoire, alerte simultanée de l'obstétricien senior, de l'anesthésiste-réanimateur, du néonatologiste, en vue de l'extraction fœtale après stabilisation maternelle. Posologies alignées sur le protocole Clin92 « Prééclampsie / éclampsie ».
Étape 2
Décision 2
Information clinique
Vous devez immédiatement prescrire le sulfate de magnésium, pilier du traitement de l'éclampsie et de la prééclampsie sévère.
Concernant le sulfate de magnésium chez cette patiente, quelle proposition est correcte ?
Le sulfate de magnésium peut être administré uniquement par voie orale, la voie IV étant contre-indiquée
**Bolus 4-6 g IV en 20-30 min puis perfusion continue 1-2 g/h**, à poursuivre 24 h après la crise ou l'accouchement
Le schéma correct est un bolus de 1 g IV en 5 minutes puis perfusion de 0,25 g/h pendant 6 heures maximum
Le sulfate de magnésium n'est indiqué qu'en cas de récidive convulsive documentée, pas en 1ère intention
Le sulfate de magnésium n'est indiqué qu'après échec d'un traitement antiépileptique classique (diazépam, phénytoïne)
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Bonne réponse
B. **Bolus 4-6 g IV en 20-30 min puis perfusion continue 1-2 g/h**, à poursuivre 24 h après la crise ou l'accouchement
Explication pédagogique
Le **sulfate de magnésium est la molécule de référence** dans la prévention et le traitement des convulsions éclamptiques (essai MAGPIE 2002, Cochrane Reviews confirmées). Il réduit significativement les récidives convulsives (RR 0,41) et la mortalité maternelle. Le schéma standard associe : (1) **bolus 4-6 g IV en 20-30 minutes** (4 g souvent utilisé, 6 g dans certains protocoles) ; (2) **perfusion continue 1 à 2 g/h** (1 g/h le plus souvent) ; (3) **poursuivie au moins 24 heures après la dernière convulsion ou après l'accouchement**, selon le protocole local (CNGOF 2022). En cas de récidive convulsive sous MgSO4, un **bolus additionnel de 2 g IV** peut être administré. La **surveillance clinique** est indispensable : réflexes ostéotendineux (aréflexie = signe d'alerte, seuil de toxicité), fréquence respiratoire (< 12/min = signe d'alerte), diurèse (> 30 mL/h), état de conscience. La **magnésémie** est mesurée si disponible (cibles thérapeutiques 4-8 mg/dL ou 1,7-3,3 mmol/L, toxicité au-delà de 10 mg/dL). **Antidote** en cas d'intoxication : **gluconate de calcium 1 g IV**.
Étape 3
Décision 3
Information clinique
La TA reste à 174/116. Vous devez prescrire un antihypertenseur en urgence. Un confrère vous propose : « Donne-lui juste une Adalate 10 sous la langue, ça va descendre vite. »
Quel est votre choix pour l'HTA sévère de cette patiente ?
Suivre la proposition et administrer de la nifédipine 10 mg par voie sublinguale pour une baisse tensionnelle rapide
Ne pas traiter l'HTA tant que la TAS reste inférieure à 200 mmHg, une baisse expose au fœtus
**Refuser la nifédipine sublinguale (proscrite) et débuter un antihypertenseur IV titrable** (nicardipine, labétalol ou hydralazine), avec baisse progressive et contrôlée
Administrer des diurétiques de l'anse en urgence (furosémide) pour réduire la volémie
Débuter des IEC ou des ARA-2 en 1ère intention pour un effet néphroprotecteur
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Bonne réponse
C. **Refuser la nifédipine sublinguale (proscrite) et débuter un antihypertenseur IV titrable** (nicardipine, labétalol ou hydralazine), avec baisse progressive et contrôlée
Explication pédagogique
L'HTA sévère (TAS ≥ 160 ou TAD ≥ 110) de la prééclampsie est une urgence tensionnelle. Elle doit être traitée par **antihypertenseur IV titrable**, avec **baisse progressive et contrôlée** pour éviter l'hypoperfusion utéro-placentaire. Les molécules de 1ère intention (CNGOF 2022, ACOG 2020) sont : (1) **nicardipine IV** en perfusion continue titrée (1ère intention en France, très maniable) ; (2) **labétalol IV** en bolus répétés ou perfusion (efficace, bien toléré) ; (3) **hydralazine IV** en bolus (option, effets indésirables plus marqués). La **nifédipine sublinguale est formellement proscrite** en raison du **risque d'hypoperfusion utéro-placentaire brutale avec souffrance fœtale, hémorragie cérébrale et infarctus du myocarde**. La nifédipine orale à libération immédiate peut être utilisée si aucune autre option n'est disponible, avec précautions. Cibles thérapeutiques : **PAS < 160 mmHg et PAD < 110 mmHg**, mais **PAM ≥ 65-70 mmHg** pour préserver la perfusion utéro-placentaire. Baisse **progressive** sur 30-60 minutes, jamais brutale. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 4
Décision 4
Information clinique
Vous devez formaliser le diagnostic pour orienter la conduite obstétricale.
Comment interprétez-vous les données biologiques et cliniques de cette patiente ?
Éclampsie isolée sans prééclampsie sous-jacente, la crise convulsive étant vraisemblablement idiopathique
Prééclampsie légère isolée sans critères de sévérité, ne nécessitant qu'une surveillance ambulatoire renforcée
Prééclampsie sévère isolée sans hémolyse ni cytolyse hépatique, nécessitant uniquement un traitement médical prolongé
Éclampsie sur prééclampsie sévère avec HELLP syndrome complet, imposant l'extraction fœtale après stabilisation maternelle
HELLP syndrome isolé sans prééclampsie associée, l'HTA n'étant pas au premier plan
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Bonne réponse
D. Éclampsie sur prééclampsie sévère avec HELLP syndrome complet, imposant l'extraction fœtale après stabilisation maternelle
Explication pédagogique
La patiente présente un tableau complet associant : (1) **éclampsie** (crise tonico-clonique généralisée chez une femme enceinte, sans antécédent) ; (2) **prééclampsie sévère** avec **au moins 4 critères de sévérité** : HTA sévère (178/118), signes neurologiques (céphalées, phosphènes, hyperréflexie), signes hépatiques (barre épigastrique, transaminases > 2N), thrombopénie < 100 000 ; (3) **HELLP syndrome complet** : **H** (Hemolysis) — schizocytes présents + haptoglobine effondrée + LDH 620 UI/L + Hb à 10,2 (baisse de 2,2 g/dL) ; **EL** (Elevated Liver enzymes) — ASAT 145, ALAT 132 (> 2 × N) ; **LP** (Low Platelets) — 92 000/mm³. Ce tableau représente une **urgence maternelle et fœtale absolue** imposant l'extraction fœtale après stabilisation, quel que soit le terme (bénéfice maternel > risque de prématurité en cas d'éclampsie et HELLP à 32 SA).
Étape 5
Décision 5
Information clinique
La patiente est temporairement stabilisée : TA 145/92 sous nicardipine, MgSO4 en cours, pas de récidive convulsive, CTG rassurant. Vous devez décider de la conduite obstétricale.
Parmi les propositions suivantes concernant la conduite obstétricale, lesquelles sont correctes ?
La corticothérapie de maturation pulmonaire est formellement contre-indiquée en HELLP syndrome en raison du risque hépatique
La voie d'accouchement est à discuter entre voie basse et césarienne selon les conditions obstétricales, l'état maternel et fœtal, et l'urgence
La corticothérapie de maturation pulmonaire fœtale (bétaméthasone 12 mg IM) doit être administrée avant l'extraction si le délai le permet
La grossesse doit être poursuivie jusqu'à 37 SA sous surveillance étroite, l'accouchement prématuré étant à éviter à tout prix
Éclampsie et HELLP à 32+4 SA constituent une indication d'extraction fœtale après stabilisation, le bénéfice maternel dépassant le risque de prématurité
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Bonne réponse
B. La voie d'accouchement est à discuter entre voie basse et césarienne selon les conditions obstétricales, l'état maternel et fœtal, et l'urgence C. La corticothérapie de maturation pulmonaire fœtale (bétaméthasone 12 mg IM) doit être administrée avant l'extraction si le délai le permet E. Éclampsie et HELLP à 32+4 SA constituent une indication d'extraction fœtale après stabilisation, le bénéfice maternel dépassant le risque de prématurité
Explication pédagogique
La conduite obstétricale en éclampsie + HELLP à 32+4 SA associe : (1) **extraction fœtale indiquée** après stabilisation maternelle (éclampsie = indication absolue quel que soit le terme ; prééclampsie sévère ≥ 34 SA = indication ; entre 24 et 34 SA à discuter selon la sévérité, ici le HELLP + éclampsie basculent en faveur de l'extraction) ; (2) **corticothérapie de maturation pulmonaire** (bétaméthasone 12 mg IM) si le délai le permet — un délai même court (12 heures) permet un bénéfice partiel sur le SDR néonatal ; (3) **choix de la voie d'accouchement** selon les conditions obstétricales (col favorable ? présentation ? antécédents ?), l'état maternel (stabilité hémodynamique ?), l'état fœtal (CTG rassurant ou souffrance ?), l'urgence (éclampsie récidivante ? OAP maternel ?). La voie basse est possible en cas de col favorable, présentation céphalique et stabilité ; la césarienne est fréquemment retenue en urgence, notamment en présence d'un col défavorable, d'une souffrance fœtale ou d'une instabilité maternelle.
Étape 6
Décision 6
Information clinique
Vous devez briefer l'équipe qui prendra en charge la patiente pendant et après l'extraction fœtale.
Parmi les complications suivantes, lesquelles sont particulièrement à anticiper et à surveiller ?
Migration systématique du sulfate de magnésium hors du site d'injection nécessitant un changement systématique de VVP toutes les heures
Complications thromboemboliques (TVP, embolie pulmonaire) à prévenir par HBPM prophylactique dès que la coagulation le permet et le saignement contrôlé
Hémorragie cérébrale, œdème cérébral, thrombose des sinus veineux cérébraux, à évoquer devant toute aggravation neurologique ou récidive convulsive, avec imagerie cérébrale en urgence
Récidive de crise convulsive éclamptique si le sulfate de magnésium est arrêté trop tôt (à poursuivre au moins 24 heures post-partum)
Hématome rétroplacentaire, œdème pulmonaire aigu, coagulation intravasculaire disséminée, insuffisance rénale aiguë, complications propres au HELLP (hématome sous-capsulaire du foie, rupture hépatique)
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Bonne réponse
B. Complications thromboemboliques (TVP, embolie pulmonaire) à prévenir par HBPM prophylactique dès que la coagulation le permet et le saignement contrôlé C. Hémorragie cérébrale, œdème cérébral, thrombose des sinus veineux cérébraux, à évoquer devant toute aggravation neurologique ou récidive convulsive, avec imagerie cérébrale en urgence D. Récidive de crise convulsive éclamptique si le sulfate de magnésium est arrêté trop tôt (à poursuivre au moins 24 heures post-partum) E. Hématome rétroplacentaire, œdème pulmonaire aigu, coagulation intravasculaire disséminée, insuffisance rénale aiguë, complications propres au HELLP (hématome sous-capsulaire du foie, rupture hépatique)
Explication pédagogique
Les complications à anticiper dans une éclampsie sur prééclampsie sévère avec HELLP sont multiples : (1) **récidive convulsive** si le MgSO4 est arrêté trop tôt (à poursuivre 24 h post-partum minimum) ; (2) complications neurologiques : **hémorragie cérébrale** (cause majeure de mortalité maternelle en éclampsie), œdème cérébral, thrombose des sinus veineux, à évoquer devant toute aggravation neurologique et à confirmer par imagerie cérébrale ; (3) complications obstétricales et systémiques : **hématome rétroplacentaire** (le HELLP est un facteur de risque majeur), OAP, CIVD, insuffisance rénale aiguë ; (4) complications propres au HELLP : **hématome sous-capsulaire du foie** (à rechercher par échographie hépatique), rupture hépatique (rare mais catastrophique), aggravation de la thrombopénie ; (5) complications thromboemboliques (TVP, EP) favorisées par la grossesse, l'immobilisation et l'état inflammatoire, à prévenir par HBPM à dose prophylactique dès que la coagulation le permet et le saignement contrôlé.
Étape 7
Décision 7
Information clinique
Le brancard de bloc arrive. Vous transmettez à l'équipe du bloc et au réanimateur qui prendra la relève en post-césarienne.
Quelle transmission adressez-vous ?
« Femme 24 ans, G1P0, grossesse à 32+4 SA, aucun ATCD. Admise à 8 h 00 après crise convulsive tonico-clonique généralisée au domicile. Diagnostic posé : éclampsie inaugurale sur prééclampsie sévère avec HELLP syndrome complet. Critères de sévérité multiples : TA 178/118 à l'arrivée, céphalées + phosphènes + hyperréflexie, barre épigastrique, transaminases > 2N, thrombopénie 92 000, protéinurie 3+. HELLP : schizocytes + haptoglobine effondrée + LDH 620 + ASAT 145 + plaquettes 92 000. Bundle thérapeutique démarré : MgSO4 bolus 4 g à 8 h 10 puis perfusion 1 g/h en cours (à poursuivre 24h post-partum), nicardipine IV titrée depuis 8 h 25 avec cible < 160/110 en baisse progressive, bétaméthasone 12 mg IM à 9 h 30. CTG rassurant tout au long, pas de récidive convulsive. Actuellement TA 142/88 sous nicardipine, FC 92, GCS 15, hyperréflexie encore présente mais en régression. Je vous la transmets pour césarienne en urgence : anticiper le risque de récidive convulsive per-opératoire (poursuivre MgSO4), risque hémorragique lié à la thrombopénie (transfusion de plaquettes à discuter si < 50 000 ou saignement), hématome sous-capsulaire hépatique à rechercher au réveil (écho abdominale), poursuite MgSO4 post-partum 24 h, HBPM prophylactique à distance du saignement, surveillance neurologique rapprochée. Néonatologiste à prévenir pour accueil d'un prématuré de 32+4 SA. »
Contact avec l'obstétricien uniquement, l'anesthésiste étant informé par le compte rendu écrit
« Une éclampsie qui monte au bloc, à toi »
Attendre 24 heures avant tout transfert
Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit
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Bonne réponse
A. « Femme 24 ans, G1P0, grossesse à 32+4 SA, aucun ATCD. Admise à 8 h 00 après crise convulsive tonico-clonique généralisée au domicile. Diagnostic posé : éclampsie inaugurale sur prééclampsie sévère avec HELLP syndrome complet. Critères de sévérité multiples : TA 178/118 à l'arrivée, céphalées + phosphènes + hyperréflexie, barre épigastrique, transaminases > 2N, thrombopénie 92 000, protéinurie 3+. HELLP : schizocytes + haptoglobine effondrée + LDH 620 + ASAT 145 + plaquettes 92 000. Bundle thérapeutique démarré : MgSO4 bolus 4 g à 8 h 10 puis perfusion 1 g/h en cours (à poursuivre 24h post-partum), nicardipine IV titrée depuis 8 h 25 avec cible < 160/110 en baisse progressive, bétaméthasone 12 mg IM à 9 h 30. CTG rassurant tout au long, pas de récidive convulsive. Actuellement TA 142/88 sous nicardipine, FC 92, GCS 15, hyperréflexie encore présente mais en régression. Je vous la transmets pour césarienne en urgence : anticiper le risque de récidive convulsive per-opératoire (poursuivre MgSO4), risque hémorragique lié à la thrombopénie (transfusion de plaquettes à discuter si < 50 000 ou saignement), hématome sous-capsulaire hépatique à rechercher au réveil (écho abdominale), poursuite MgSO4 post-partum 24 h, HBPM prophylactique à distance du saignement, surveillance neurologique rapprochée. Néonatologiste à prévenir pour accueil d'un prématuré de 32+4 SA. »
Explication pédagogique
La transmission structurée d'une éclampsie sur prééclampsie sévère + HELLP transférée pour extraction inclut : le contexte obstétrical et le diagnostic complet, l'horodatage des thérapeutiques (MgSO4, antihypertenseur, corticothérapie), les critères de sévérité, l'état actuel, les points d'anticipation peropératoire (récidive convulsive, thrombopénie, hémorragie) et post-opératoire (poursuite MgSO4 24 h, HBPM différée, surveillance neurologique, recherche hématome hépatique), et l'alerte anticipée du néonatologiste pour l'accueil du prématuré.
Débriefing finalAfficher le débriefing
Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.
Objectifs pédagogiques
Reconnaître l'**éclampsie** comme urgence vitale absolue : crise convulsive tonico-clonique généralisée chez une femme enceinte, avec ou sans antécédent de prééclampsie connue.
Identifier les critères de **prééclampsie sévère** (ACOG 2020, CNGOF 2022) : TAS ≥ 160 ou TAD ≥ 110, signes neurologiques (céphalées, troubles visuels, hyperréflexie), signes hépatiques (barre épigastrique, transaminases > 2N), thrombopénie < 100 000, insuffisance rénale (créatinine > 90-100 µmol/L ou doublement), OAP.
Reconnaître le **HELLP syndrome** : Hémolyse (schizocytes, haptoglobine effondrée, LDH élevé), Élévation des enzymes hépatiques, Thrombopénie < 100 000.
Débuter sans délai le **sulfate de magnésium** : bolus 4-6 g IV en 20-30 min puis perfusion continue 1-2 g/h, à poursuivre 24 heures après la crise ou l'accouchement — la molécule de référence contre les récidives convulsives.
Traiter en urgence l'HTA sévère par **antihypertenseur IV titrable** (nicardipine, labétalol, hydralazine), en évitant la **nifédipine sublinguale** (proscrite, risque d'hypoperfusion utéro-placentaire brutale).
Programmer l'**extraction fœtale** après stabilisation maternelle : indication d'extraction chez toute éclampsie et chez la prééclampsie sévère au-delà de 34 SA, à discuter avant 34 SA selon la sévérité et la souffrance fœtale.
Anticiper les complications maternelles et fœtales : hémorragie cérébrale, œdème cérébral, hématome rétroplacentaire, OAP, CIVD, insuffisance rénale aiguë, décollement placentaire, hypotrophie fœtale, mort fœtale.
Structurer une transmission au réanimateur obstétrical, à l'anesthésiste et au néonatologiste.
Points clés à retenirAfficher les points clés
L'**éclampsie** est une urgence vitale absolue : crise convulsive tonico-clonique généralisée chez une femme enceinte, avec ou sans antécédent de prééclampsie connue. Elle impose une prise en charge multidisciplinaire immédiate.
Les critères de **prééclampsie sévère** (ACOG 2020, CNGOF 2022) : TAS ≥ 160 ou TAD ≥ 110, signes neurologiques (céphalées persistantes, troubles visuels, hyperréflexie), signes hépatiques (barre épigastrique, transaminases > 2N), thrombopénie < 100 000, insuffisance rénale (créatinine > 90-100 µmol/L ou doublement), OAP.
Le **HELLP syndrome** associe **H**émolyse (schizocytes, haptoglobine effondrée, LDH élevé), **E**levated Liver enzymes (ASAT/ALAT > 2N), **L**ow **P**latelets (< 100 000). Il complique jusqu'à 20 % des prééclampsies sévères et augmente significativement la morbi-mortalité maternelle et fœtale.
Le **sulfate de magnésium** est la molécule de référence contre les convulsions éclamptiques (bolus 4-6 g IV en 20-30 min + perfusion continue 1-2 g/h), à poursuivre au moins 24 h après la crise ou l'accouchement. Surveillance clinique (réflexes, FR, diurèse) et biologique indispensable.
**La nifédipine sublinguale est proscrite** en urgence hypertensive de la prééclampsie. Les antihypertenseurs IV titrables (nicardipine, labétalol, hydralazine) sont recommandés, avec baisse progressive (cibles PAS < 160, PAD < 110) et préservation de la perfusion utéro-placentaire.
L'**extraction fœtale** est indiquée en cas d'éclampsie, quel que soit le terme, après stabilisation maternelle. En prééclampsie sévère, indication ≥ 34 SA ; à discuter avant 34 SA selon la sévérité et l'état fœtal. La **corticothérapie de maturation pulmonaire** doit être administrée avant l'extraction si le délai le permet.
Les complications à anticiper : récidive convulsive, hémorragie cérébrale, œdème cérébral, HRP, OAP, CIVD, insuffisance rénale aiguë, hématome sous-capsulaire hépatique, rupture hépatique, complications thromboemboliques.
