Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.
Présentation initiale
Femme de 62 ans, secrétaire retraitée, vit à domicile avec son mari. **Adénocarcinome mammaire canalaire invasif T3N1M1** diagnostiqué il y a **8 mois** avec métastases osseuses multiples (rachis, bassin) et **métastases hépatiques** (3 lésions, 2 à 4 cm), suivie en oncologie médicale. Traitement en cours : **protocole EC-P** (épirubicine + cyclophosphamide puis paclitaxel), **3ème cycle** initié il y a **8 jours** (soit J+8 post-chimiothérapie, en **nadir attendu J+10 à J+14**). **Chambre implantable** posée il y a 6 mois pour l'administration des chimiothérapies. Antécédents : HTA sous ramipril 5 mg/j, dyslipidémie sous atorvastatine 20 mg/j, pas de diabète, pas de BPCO, pas d'antécédent d'infection fongique invasive. Vaccinations : grippe et pneumocoque à jour. Non-fumeuse, alcool occasionnel.
**Histoire de la maladie** : depuis **6 heures**, apparition brutale d'une **fièvre à 39,2 °C** avec frissons intenses, sueurs, asthénie majeure. La patiente signale une sensation de « **brûlures buccales** » depuis 48 heures (mucite modérée post-chimio) et une « **gêne au niveau du dispositif implantable** » depuis la veille (mais pas de douleur franche). Pas de dyspnée, pas de toux, pas de douleur abdominale, pas de trouble digestif, pas de dysurie, pas de céphalées, pas d'éruption cutanée, pas de douleur périanale.
À l'arrivée aux urgences : TA **108/68 mmHg**, FC **112/min**, FR 22/min, SpO₂ 97 % en air ambiant, T **39,2 °C**, GCS 15, glycémie capillaire 1,15 g/L.
**Examen clinique** : - Aspect général : patiente asthénique, fatiguée, en position semi-assise, alopécie post-chimio - Tachycardie régulière, temps de recoloration cutanée 3 secondes, extrémités tièdes-froides, **légères marbrures** aux genoux - **Pas de signe de choc franc** (TA conservée, GCS normal, diurèse conservée à l'arrivée) - **Cavité buccale** : **mucite modérée** (grade 2) avec érythème et quelques érosions gingivales, langue chargée, pas de muguet visible - **Chambre implantable** (thorax droit, sus-claviculaire) : cicatrice propre, **pas de rougeur ni chaleur ni écoulement** local, pas de douleur à la palpation, aiguille de Huber non en place - Auscultation cardio-pulmonaire libre, pas de crépitants ni de sibilants - Abdomen souple, non douloureux, foie légèrement augmenté (métastatique), pas de défense - **Pas de douleur périanale** signalée par la patiente - Examen cutané complet : pas d'éruption, pas de lésion suspecte, pas d'escarre, pas de phlébite d'insertion des VVP - Fond d'œil : pas d'anomalie hormis quelques hémorragies rétiniennes non spécifiques
**Bilan biologique en urgence** : - NFS : Hb 9,8 g/dL (référence habituelle 10,5), plaquettes **78 000/mm³** (thrombopénie chimio-induite modérée), **leucocytes 800/mm³** avec **PNN 320/mm³** — **neutropénie sévère (grade 4 CTCAE, < 500/mm³)**, monocytes 40, lymphocytes 350, réticulocytes 45 000 - **CRP 185 mg/L**, **procalcitonine 2,4 ng/mL** (élevée) - Ionogramme : Na 138, K 3,8, Cl 100, HCO₃⁻ 21 mmol/L - Créatinine 105 µmol/L (référence 92, IRA fonctionnelle débutante), urée 8 mmol/L - Glycémie sanguine 1,15 g/L - Coagulation : TP 78 %, INR 1,2, fibrinogène 6,2 g/L (syndrome inflammatoire majeur) - Bilan hépatique : ASAT 78, ALAT 62, bilirubine totale 22 µmol/L, PAL 385 (élevées — métastases hépatiques) - **Lactate artériel 2,1 mmol/L** - Gaz du sang : pH 7,42, HCO₃⁻ 21, PaO₂ 92, PaCO₂ 34 mmHg - **Hémocultures × 2 sur voie périphérique + × 1 sur chambre implantable** prélevées, ECBU envoyé
**Radiographie thoracique** : cœur en cardiothyroïdie normale, champs pulmonaires clairs, chambre implantable en place, cathéter en veine cave supérieure.
**ECG** : rythme sinusal à 112/min, sans anomalie majeure.
**Calcul du score MASCC** (Multinational Association for Supportive Care in Cancer) :
| Paramètre | Valeur | Points |
|---|---|---|
| Charge de la maladie (symptômes modérés) | modérés | 3 |
| Absence d'hypotension (TAS > 90) | oui | 5 |
| Absence de BPCO | oui | 4 |
| Tumeur solide (pas d'antécédent fongique) | oui | 4 |
| Absence de déshydratation IV | oui | 3 |
| Fièvre à domicile (patient ambulatoire) | oui | 3 |
| Âge < 60 ans | 62 ans | 0 |
| Score total | — | 22 |
**Score MASCC = 22 (bas risque théorique, ≥ 21)** — mais **classement clinique haut risque** compte tenu du **cancer métastatique**, de la **neutropénie sévère (PNN 320)**, du **nadir attendu prolongé**, et du **contexte hépatique métastatique**.
Poids déclaré 66 kg.
Étape 1
Décision 1
Information clinique
La patiente est en salle d'attente depuis 30 min avant votre prise en charge. Un infirmier propose : « Elle vient de la chimio, on lui donne du paracétamol pour la fièvre et on la garde en observation. »
Quelle est votre conduite immédiate ?
Attendre la NFS de contrôle à J+1 avant de confirmer la neutropénie, un chiffre isolé pouvant être un artefact non représentatif de la réalité clinique
Adresser directement en oncologie médicale pour évaluation spécialisée avant décision thérapeutique, la neutropénie fébrile n'étant pas une urgence relevant du service d'urgences général
Prescrire une antibiothérapie orale d'emblée (amoxicilline-clavulanate + ciprofloxacine) selon le protocole ambulatoire, la voie IV étant réservée aux formes hémodynamiquement instables
Se contenter d'un traitement symptomatique par paracétamol IV et surveillance de la fièvre pendant 6 heures avant décision, la fièvre post-chimio étant souvent transitoire
Reconnaître une **neutropénie fébrile** post-chimiothérapie (PNN 320, T 39,2), urgence infectieuse absolue, alerter la filière multidisciplinaire (oncologue, infectiologue) et débuter la prise en charge
Correction de l’étapeAfficher la réponse
Bonne réponse
E. Reconnaître une **neutropénie fébrile** post-chimiothérapie (PNN 320, T 39,2), urgence infectieuse absolue, alerter la filière multidisciplinaire (oncologue, infectiologue) et débuter la prise en charge
Explication pédagogique
La **neutropénie fébrile** (NF) est définie par (IDSA 2010, ESMO 2016) : (1) **fièvre** = température orale ≥ 38,3 °C en une mesure OU ≥ 38,0 °C pendant > 1 heure ; ET (2) **neutropénie** = PNN < 500/mm³ OU PNN attendus à baisser < 500 dans les 48 heures ; (3) **neutropénie sévère** = PNN < 100 (risque infectieux majeur). Chez cette patiente : PNN 320, T 39,2 → NF confirmée ; contexte de **nadir attendu à J+10-14** post-chimiothérapie EC-P. **Mortalité 5-10 % globalement**, jusqu'à 30 % dans les formes sévères ou en cas de retard thérapeutique. La conduite associe : (1) deux VVP, monitorage, prélèvements complets ; (2) **alerte multidisciplinaire** (oncologue traitant et infectiologue de garde) ; (3) **hémocultures × 2 périphériques + × 1 sur chambre implantable** (paires simultanées), ECBU, radio thorax, examens en fonction des points d'appel ; (4) **antibiothérapie empirique large spectre avec couverture antipseudomonale dans l'heure** ; (5) évaluation du **score MASCC** ; (6) recherche systématique de foyers infectieux (bucco-pharyngé, périanal — sans TR, cutané, cathéter, pulmonaire). Posologies alignées sur le protocole Clin92 « Neutropénie fébrile ».
Étape 2
Décision 2
Information clinique
L'infirmier vous demande si un toucher rectal est nécessaire chez la patiente devant une douleur abdominale à l'auscultation (que vous confirmez comme absente à l'interrogatoire — patiente ne signale pas de douleur périanale).
Quelle est votre approche pour la recherche de foyers infectieux ?
Réaliser d'emblée une TDM thoraco-abdominale avec injection avant tout traitement, examen de référence pour identifier tous les foyers infectieux profonds possibles
**Recherche systématique des foyers** (buccal, cutané, ORL, cathéter, périanal par inspection **sans TR**, abdomen), ECBU + radio thorax, imagerie ciblée si point d'appel
Se limiter à un interrogatoire général sans examen systématique des foyers infectieux potentiels, pour éviter tout stress inutile chez cette patiente déjà fragilisée
Réaliser un toucher rectal systématique chez tout patient neutropénique fébrile, examen indispensable pour la recherche de foyer périanal habituellement méconnu à l'inspection
Prescrire uniquement des hémocultures et attendre 48 heures leur résultat avant d'orienter les examens complémentaires, stratégie économe et non invasive
Correction de l’étapeAfficher la réponse
Bonne réponse
B. **Recherche systématique des foyers** (buccal, cutané, ORL, cathéter, périanal par inspection **sans TR**, abdomen), ECBU + radio thorax, imagerie ciblée si point d'appel
Explication pédagogique
La recherche de foyer infectieux chez le patient neutropénique fébrile doit être **systématique** et **complète** (IDSA 2010, ESMO 2016) : (1) **examen bucco-pharyngé** — mucite (facteur de risque de bactériémie à streptocoque viridans, groupe muqueux), muguet ; (2) **examen ORL** (sinusite, otite) ; (3) **auscultation pulmonaire** ; (4) **examen abdominal** — sensibilité, hépatomégalie (typhlite/entérocolite neutropénique = urgence à évoquer si douleur en fosse iliaque droite) ; (5) **inspection périanale sans TR** — **le toucher rectal est proscrit** chez le neutropénique (risque de bactériémie iatrogène par translocation ; risque hémorragique par thrombopénie associée) ; (6) **examen cutané complet** — cellulite, escarre, éruption suspecte, point d'insertion des VVP ; (7) **examen du cathéter/chambre implantable** — inflammation locale, écoulement, douleur à la palpation, hémocultures paires simultanées (voie centrale + périphérique) pour recherche d'infection sur cathéter ; (8) **fond d'œil** (endophtalmite à Candida) ; (9) **bilan complémentaire minimum** : hémocultures × 2 périphériques + 1 sur chambre implantable, ECBU, **radio thorax** ; TDM thoracique si point d'appel respiratoire (superior à la radio pour la pneumopathie du neutropénique), imagerie abdominale si point d'appel. Chez cette patiente : mucite modérée + gêne au dispositif — foyers à privilégier. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 3
Décision 3
Information clinique
Le radiologue de garde est disponible pour une TDM thoracique dans 45 min. Un confrère propose : « Attendons le résultat du scanner et des hémocultures avant de commencer les antibiotiques, ça peut orienter le choix. »
Quelle est votre chronologie thérapeutique ?
Attendre les résultats des hémocultures et de la TDM avant toute antibiothérapie, pour choisir l'antibiotique le plus adapté aux résultats microbiologiques et à l'imagerie
Prescrire d'abord un traitement symptomatique par paracétamol et hydratation pendant 4 heures, en surveillant l'évolution clinique avant décision antibiotique
Adresser directement en réanimation médicale pour discussion collégiale entre réanimateur, oncologue et infectiologue avant toute décision thérapeutique définitive
Réaliser une antibiothérapie prophylactique orale par ciprofloxacine à faible dose pour éviter la sélection de résistances liée à l'antibiothérapie IV large spectre
**Débuter l'antibiothérapie empirique dans l'heure** — hémocultures et bilan prélevés avant les antibiotiques mais **ne doivent pas retarder** le traitement au-delà de 60 minutes
Correction de l’étapeAfficher la réponse
Bonne réponse
E. **Débuter l'antibiothérapie empirique dans l'heure** — hémocultures et bilan prélevés avant les antibiotiques mais **ne doivent pas retarder** le traitement au-delà de 60 minutes
Explication pédagogique
La chronologie thérapeutique dans la neutropénie fébrile suit la **règle de l'heure** (IDSA 2010, ESMO 2016) : (1) **antibiothérapie empirique dans l'heure** suivant le triage — chaque heure de retard augmente la mortalité (mortalité à H+1 : 5 % vs mortalité à H+6 : 20 % dans les études observationnelles) ; (2) **hémocultures × 2 périphériques + × 1 sur chambre implantable** (paires simultanées si voie centrale) **avant les antibiotiques** — essentielles pour la documentation microbiologique ; (3) **bilan initial minimum** en parallèle : NFS complète, ionogramme, créatinine, bilan hépatique, CRP, procalcitonine, hémostase, lactate, ECBU, radio thorax ; (4) **ne pas attendre** les résultats d'imagerie ou de microbiologie pour débuter les antibiotiques — la TDM et les hémocultures peuvent être obtenues en parallèle ou dans les minutes suivantes ; (5) **adaptation** de l'antibiothérapie possible dans les 48-72h selon les résultats. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 4
Décision 4
Information clinique
L'infectiologue au téléphone vous demande de valider l'antibiothérapie empirique. Un confrère propose : « Ceftriaxone 2 g IV, spectre large suffisant, plus économique que la pipéracilline-tazobactam. »
Quelle est votre antibiothérapie empirique ?
**Bêta-lactamine antipseudomonale** en monothérapie : **piperacilline-tazobactam 4 g × 4/j IV** OU céfépime 2 g × 3/j IV OU méropénème si BMR suspectée
Ceftriaxone 2 g IV en monothérapie, protocole large spectre des infections communautaires validé et économique dans les pneumopathies et bactériémies non compliquées
Association triple d'emblée : piperacilline-tazobactam + amikacine + vancomycine, spectre maximal couvrant toutes les possibilités bactériennes dès la 1ère intention
Vancomycine 15 mg/kg × 2/j IV en monothérapie d'emblée, couvre les cocci gram positifs (SARM, streptocoque viridans) dominants dans les mucites post-chimiothérapie
Amoxicilline-clavulanate 2 g × 3/j IV en monothérapie, protocole standard des infections communautaires du sujet fragile avec bonne pénétration tissulaire documentée
Correction de l’étapeAfficher la réponse
Bonne réponse
A. **Bêta-lactamine antipseudomonale** en monothérapie : **piperacilline-tazobactam 4 g × 4/j IV** OU céfépime 2 g × 3/j IV OU méropénème si BMR suspectée
Explication pédagogique
L'antibiothérapie empirique de la neutropénie fébrile repose sur une **bêta-lactamine antipseudomonale en monothérapie** (IDSA 2010, ESMO 2016, ASCO 2018) : (1) **1ère intention** : **piperacilline-tazobactam 4 g × 4/j IV** OU **céfépime 2 g × 3/j IV** OU **ceftazidime 2 g × 3/j IV** — tous couvrent efficacement **Pseudomonas aeruginosa** (bacille gram négatif à haute mortalité en neutropénie), les entérobactéries, la plupart des gram positifs ; (2) **carbapénème** (méropénème 1 g × 3/j) réservé en 1ère intention si **facteurs de risque de BMR** (colonisation ESBL antérieure, antibiothérapie récente à large spectre, hospitalisation récente prolongée) ; (3) **ne pas ajouter systématiquement** : **vancomycine** (indications spécifiques : mucite sévère, suspicion infection cathéter, cellulite, colonisation SARM, choc), **aminoside** (indications : instabilité hémodynamique, BMR gram négatif suspectée, allergie grave aux bêta-lactamines), **antifongique** (indication différée à persistance de fièvre > 4-7 jours) ; (4) **allergie sévère aux bêta-lactamines** : aztréonam + vancomycine + ciprofloxacine ; (5) **durée** : minimum jusqu'à 48h d'apyrexie et sortie de la neutropénie (PNN > 500), adaptable selon documentation. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 5
Décision 5
Information clinique
L'oncologue traitant au téléphone vous demande de valider les mesures associées. Un confrère propose : « Ajoute du G-CSF (filgrastim) 300 µg SC pour raccourcir la neutropénie et accélérer la récupération. »
Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont indiquées ?
**Isolement en chambre seule** (précautions protectrices), soins bucco-dentaires réguliers (bain de bouche bicarbonate + antifongique), soins de cathéter avec asepsie renforcée
**Réanimation médicale** avec surveillance rapprochée (hémodynamique, saturation, diurèse, conscience), réévaluation clinique à H+2 et H+6, hémocultures de contrôle si persistance de fièvre > 48h
**Antifongique empirique d'emblée** (fluconazole ou caspofungine) associé à l'antibiothérapie, systématiquement dans toute NF pour couvrir les infections fongiques fréquentes du neutropénique
Prescription systématique de G-CSF (filgrastim 300 µg SC/j) chez tout patient en neutropénie fébrile pour raccourcir la durée et accélérer la récupération hématologique
**Éviter le toucher rectal** (bactériémie), les suppositoires (translocation), les thermomètres rectaux (traumatismes), les injections IM (risque hémorragique par thrombopénie)
Correction de l’étapeAfficher la réponse
Bonne réponse
A. **Isolement en chambre seule** (précautions protectrices), soins bucco-dentaires réguliers (bain de bouche bicarbonate + antifongique), soins de cathéter avec asepsie renforcée B. **Réanimation médicale** avec surveillance rapprochée (hémodynamique, saturation, diurèse, conscience), réévaluation clinique à H+2 et H+6, hémocultures de contrôle si persistance de fièvre > 48h E. **Éviter le toucher rectal** (bactériémie), les suppositoires (translocation), les thermomètres rectaux (traumatismes), les injections IM (risque hémorragique par thrombopénie)
Explication pédagogique
Les mesures associées à l'antibiothérapie associent : (1) **Isolement en chambre seule** avec précautions protectrices (masque, sur-blouse, hygiène des mains renforcée, régime pauvre en germes) — le patient neutropénique est **immunodéprimé** avec risque d'infections opportunistes ; (2) **Soins bucco-dentaires réguliers** — bains de bouche bicarbonate 4-6/j (mucite), antifongique local ± général selon sévérité, brossage doux ; (3) **Soins de cathéter avec asepsie renforcée** — inspection quotidienne, pas de perfusion de PSL par voie centrale sauf nécessité, hémocultures paires si suspicion ; (4) **Réanimation médicale** avec surveillance rapprochée (hémodynamique, saturation, diurèse, conscience toutes les 2h en phase aiguë), **réévaluation clinique à H+2, H+6, H+24, H+48** — points cardinaux : disparition de la fièvre, amélioration hémodynamique, absence de foyer nouveau, résultats microbiologiques ; hémocultures de contrôle si persistance de fièvre > 48h ; (5) **Éviter les gestes traumatiques et à risque de bactériémie/hémorragie** : **toucher rectal proscrit** (translocation), suppositoires proscrits, thermomètres rectaux proscrits, **injections IM proscrites** (hématomes profonds par thrombopénie ; préférer sous-cutané ou IV) ; toilettes prudentes, éviter les cathéters urinaires sauf strictement nécessaires. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 6
Décision 6
Information clinique
À H+48, la patiente reste fébrile à 38,7 °C par pics, malgré l'antibiothérapie bien conduite. Les hémocultures initiales sont négatives. La TDM thoracique montre quelques micro-nodules bilatéraux non spécifiques.
Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont correctes ?
**Réévaluer la stratégie à H+48-72h** si persistance de fièvre : recherche de foyers, hémocultures de contrôle, imagerie ciblée selon points d'appel, discussion multidisciplinaire
**Antifongique empirique** (caspofungine ou voriconazole) à discuter si **persistance de fièvre > 4-7 jours** sans étiologie documentée, avec bilan mycologique (galactomannane, β-D-glucane, imagerie thoracique)
Sortie ambulatoire immédiate dès H+48 chez tous les patients ayant reçu au moins 2 doses d'antibiotique IV, indépendamment du contexte clinique et du score MASCC
Poursuivre la même antibiothérapie sans modification à H+48 malgré la persistance de la fièvre, la durée de traitement standard justifiant l'attente sans escalade thérapeutique
**Indications d'ajout de vancomycine** (secondaire) : mucite sévère, cellulite, suspicion d'infection sur cathéter, colonisation SARM connue, choc hémodynamique — pas en systématique
Correction de l’étapeAfficher la réponse
Bonne réponse
A. **Réévaluer la stratégie à H+48-72h** si persistance de fièvre : recherche de foyers, hémocultures de contrôle, imagerie ciblée selon points d'appel, discussion multidisciplinaire B. **Antifongique empirique** (caspofungine ou voriconazole) à discuter si **persistance de fièvre > 4-7 jours** sans étiologie documentée, avec bilan mycologique (galactomannane, β-D-glucane, imagerie thoracique) E. **Indications d'ajout de vancomycine** (secondaire) : mucite sévère, cellulite, suspicion d'infection sur cathéter, colonisation SARM connue, choc hémodynamique — pas en systématique
Explication pédagogique
La suite de la prise en charge à H+48-72h associe (IDSA 2010, ESMO 2016) : (1) **Réévaluation systématique** à H+48-72h — points cardinaux : **évolution de la fièvre**, **stabilité hémodynamique**, **récupération hématologique** (PNN), résultats microbiologiques, apparition de nouveaux foyers ; **si persistance de fièvre** : recherche de nouveaux foyers cliniques (examen complet), **hémocultures de contrôle**, **imagerie ciblée** (TDM sinusienne si suspicion de sinusite, TDM abdominale si douleur abdominale — recherche de typhlite/entérocolite, TDM thoracique de contrôle si aggravation respiratoire), **fond d'œil** (candidose systémique), échographie de la chambre implantable ; (2) **Ajout de vancomycine en 2ème intention** — indications ciblées : mucite sévère (streptocoque viridans), cellulite ou infection cutanée, suspicion d'infection sur cathéter (documentée par hémocultures paires), colonisation SARM connue, choc hémodynamique ; pas en systématique ; (3) **Antifongique empirique** à discuter en cas de **persistance de fièvre > 4-7 jours** sans étiologie documentée — **caspofungine** (couverture Candida et Aspergillus) ou **voriconazole** (Aspergillus) selon le contexte ; **bilan mycologique complémentaire** : **galactomannane** sérique (aspergillose), **β-D-glucane** (candidose, aspergillose, Pneumocystis), **imagerie thoracique haute résolution** (lésions en « halo » de l'aspergillose invasive) ; (4) **Adaptation** aux résultats microbiologiques dès disponibilité ; (5) **Désescalade** possible après documentation. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 7
Décision 7
Information clinique
Le lit en oncologie médicale est prêt. Vous transmettez à l'équipe qui prend la relève.
Quelle transmission adressez-vous ?
« Femme 62 ans, cancer du sein T3N1M1 avec métastases osseuses et hépatiques, sous protocole EC-P (3ème cycle J+8), chambre implantable. Admise à 10 h 00 pour neutropénie fébrile : T 39,2 depuis 6h, frissons, asthénie majeure, mucite modérée. À l'entrée : TA 108/68, FC 112, sans choc franc, examen sans autre foyer évident (chambre implantable sans inflammation locale). Bilan : PNN 320 (neutropénie sévère), plaquettes 78 000, CRP 185, procalcitonine 2,4, créatinine 105, lactate 2,1. Score MASCC 22 (bas risque théorique) mais classement clinique haut risque (métastases hépatiques, chimio intense). Bundle démarré à 10 h 20 : hémocultures × 2 périphériques + × 1 sur chambre implantable prélevées, ECBU envoyé, radio thorax normale, TDM thoracique demandée en parallèle. Antibiothérapie empirique à 10 h 50 (délai < 1h) : piperacilline-tazobactam 4 g IV (avec relais 4 g × 4/j), sans vancomycine ni aminoside en 1ère intention (indications ciblées absentes), pas d'antifongique empirique. Mesures associées : isolement chambre seule protectrice, soins bucco-dentaires réguliers pour mucite, éviter TR/suppositoires/IM/thermomètre rectal, pas de G-CSF en 1ère intention. Oncologue traitant contacté. Persistance de fièvre à H+48 : recherche systématique de foyer avec hémocultures de contrôle négatives et TDM thoraco-abdominale montrant des micro-nodules pulmonaires. À H+72 : galactomannane positif à 1,2, ajout de voriconazole (aspergillose invasive débutante suspectée). Je vous la monte pour poursuite de l'antibiothérapie et de l'antifongique, surveillance rapprochée (hémodynamique, saturation, diurèse, conscience), réévaluation clinique à H+96 avec bilan mycologique complet (galactomannane répété, β-D-glucane, imagerie HR), discussion multidisciplinaire onco-infectio pour adaptation thérapeutique, considération G-CSF si aggravation. Points d'anticipation : aggravation clinique (choc septique, défaillance multiviscérale), aggravation respiratoire par aspergillose invasive, sortie de neutropénie (délai selon récupération), adaptation du cycle chimio suivant (retard, dose adaptée), prophylaxie primaire par G-CSF pour les cycles ultérieurs. »
Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit
« Une neutropénie fébrile classique post-chimio, à toi »
Attendre 24 heures avant tout transfert
Contact avec l'oncologue traitant uniquement, l'équipe d'oncologie médicale étant informée par le compte rendu écrit
Correction de l’étapeAfficher la réponse
Bonne réponse
A. « Femme 62 ans, cancer du sein T3N1M1 avec métastases osseuses et hépatiques, sous protocole EC-P (3ème cycle J+8), chambre implantable. Admise à 10 h 00 pour neutropénie fébrile : T 39,2 depuis 6h, frissons, asthénie majeure, mucite modérée. À l'entrée : TA 108/68, FC 112, sans choc franc, examen sans autre foyer évident (chambre implantable sans inflammation locale). Bilan : PNN 320 (neutropénie sévère), plaquettes 78 000, CRP 185, procalcitonine 2,4, créatinine 105, lactate 2,1. Score MASCC 22 (bas risque théorique) mais classement clinique haut risque (métastases hépatiques, chimio intense). Bundle démarré à 10 h 20 : hémocultures × 2 périphériques + × 1 sur chambre implantable prélevées, ECBU envoyé, radio thorax normale, TDM thoracique demandée en parallèle. Antibiothérapie empirique à 10 h 50 (délai < 1h) : piperacilline-tazobactam 4 g IV (avec relais 4 g × 4/j), sans vancomycine ni aminoside en 1ère intention (indications ciblées absentes), pas d'antifongique empirique. Mesures associées : isolement chambre seule protectrice, soins bucco-dentaires réguliers pour mucite, éviter TR/suppositoires/IM/thermomètre rectal, pas de G-CSF en 1ère intention. Oncologue traitant contacté. Persistance de fièvre à H+48 : recherche systématique de foyer avec hémocultures de contrôle négatives et TDM thoraco-abdominale montrant des micro-nodules pulmonaires. À H+72 : galactomannane positif à 1,2, ajout de voriconazole (aspergillose invasive débutante suspectée). Je vous la monte pour poursuite de l'antibiothérapie et de l'antifongique, surveillance rapprochée (hémodynamique, saturation, diurèse, conscience), réévaluation clinique à H+96 avec bilan mycologique complet (galactomannane répété, β-D-glucane, imagerie HR), discussion multidisciplinaire onco-infectio pour adaptation thérapeutique, considération G-CSF si aggravation. Points d'anticipation : aggravation clinique (choc septique, défaillance multiviscérale), aggravation respiratoire par aspergillose invasive, sortie de neutropénie (délai selon récupération), adaptation du cycle chimio suivant (retard, dose adaptée), prophylaxie primaire par G-CSF pour les cycles ultérieurs. »
Explication pédagogique
La transmission structurée d'une neutropénie fébrile comprend : le contexte oncologique précis (type, stade, chimio, timing du nadir), l'horodatage précis de la présentation et du bundle thérapeutique, la stratification du risque (MASCC + jugement clinique), la composition de l'antibiothérapie adaptée (couverture antipseudomonale sans vancomycine/aminoside systématique), les mesures associées (isolement, gestes proscrits), la coordination multidisciplinaire, l'évolution à H+48-72 avec adaptation (ajout antifongique sur galactomannane positif), et les points d'anticipation (aggravation, sortie de neutropénie, cycles ultérieurs).
Débriefing finalAfficher le débriefing
Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.
Objectifs pédagogiques
Reconnaître une **neutropénie fébrile** post-chimiothérapie : **fièvre ≥ 38,3 °C** (ou > 38 °C pendant > 1 heure) chez un patient avec **PNN < 500/mm³** (ou expected à baisser dans les 48 heures), urgence infectieuse.
Stratifier le risque par le **score MASCC** (Klastersky 2000, ESMO 2016) — score ≥ 21 = bas risque théorique ; **le jugement clinique global** prime cependant devant certains contextes (cancer métastatique, nadir prolongé, chimio intense) — ne pas se contenter du score.
Débuter l'**antibiothérapie empirique dans l'heure** suivant le triage — chaque heure de retard augmente la mortalité — après **prélèvements essentiels** (hémocultures × 2 périphériques + 1 sur chambre implantable si présente, ECBU, radio thorax).
Prescrire une **antibiothérapie empirique large spectre avec couverture antipseudomonale** : **piperacilline-tazobactam 4 g × 4/j IV** OU céfépime 2 g × 3/j IV OU méropénème 1 g × 3/j IV (si risque BMR).
Ne pas ajouter systématiquement **vancomycine** ni **aminoside** en empirique — indications spécifiques : vancomycine si mucite sévère, suspicion d'infection de cathéter, cellulite, colonisation SARM, choc ; aminoside si instabilité hémodynamique ou BMR gram négatif suspecté.
Ne pas prescrire d'**antifongique empirique** en 1ère intention — indication différée à **persistance de fièvre > 4-7 jours** sans étiologie documentée.
**Éviter le toucher rectal** en cas de douleur périanale (risque de bactériémie iatrogène), ne pas prescrire de G-CSF en systématique dans l'épisode initial.
Structurer une transmission à l'oncologue traitant et à l'équipe d'hospitalisation.
Points clés à retenirAfficher les points clés
La **neutropénie fébrile** est définie par (IDSA 2010) : **fièvre ≥ 38,3 °C** en une mesure OU ≥ 38,0 °C pendant > 1 heure + **PNN < 500/mm³** (ou expected à baisser dans les 48h). Urgence infectieuse absolue avec **mortalité 5-30 %**.
La **stratification du risque** utilise le **score MASCC** (≥ 21 = bas risque théorique) mais le **jugement clinique global** prime — cancer métastatique, chimio intense, nadir prolongé attendu, comorbidités = haut risque même si score ≥ 21.
La **règle de l'heure** est cardinale : **antibiothérapie empirique dans l'heure** suivant le triage — hémocultures × 2 périphériques + × 1 sur chambre implantable + bilan complet **avant les antibiotiques** mais sans retarder au-delà de 60 min.
L'**antibiothérapie empirique** est une **bêta-lactamine antipseudomonale en monothérapie** : **piperacilline-tazobactam 4 g × 4/j IV** OU céfépime 2 g × 3/j IV OU méropénème 1 g × 3/j IV (si BMR). La ceftriaxone est **inefficace sur Pseudomonas** et proscrite dans la NF.
**Ne pas ajouter systématiquement** vancomycine ni aminoside — indications ciblées : vancomycine si mucite sévère, suspicion infection cathéter, cellulite, colonisation SARM, choc ; aminoside si instabilité hémodynamique ou BMR gram négatif suspectée.
**Ne pas prescrire d'antifongique empirique en 1ère intention** — indication différée à **persistance de fièvre > 4-7 jours** sans étiologie documentée, avec bilan mycologique (galactomannane, β-D-glucane, imagerie HR).
Mesures spécifiques essentielles : **toucher rectal proscrit** (translocation), **suppositoires et thermomètre rectal proscrits**, **injections IM proscrites** (thrombopénie), **isolement chambre seule** protectrice, soins bucco-dentaires réguliers. **G-CSF non systématique** dans l'épisode initial — réservé à la prophylaxie primaire/secondaire des cycles ultérieurs.
