Contenu pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior. Lire l’avertissement médical.

Reflexes Urgences

Cas clinique

Insuffisance Rénale Aiguë

Néphro-urologie

Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.

Présentation initiale

Femme de **76 ans**, retraitée (ancienne institutrice), vit à son domicile avec son mari (78 ans, autonome), quatre enfants adultes vivant à distance. **Hypertension artérielle** ancienne (20 ans, bien contrôlée sous trithérapie), **insuffisance cardiaque à fraction d'éjection préservée** (FEVG 60 % à la dernière échographie il y a 6 mois, NYHA II, décompensation cardiaque il y a 2 ans), **arthrose invalidante** des genoux et du rachis lombaire (bilatérale, sans indication chirurgicale). Antécédents : appendicectomie dans l'enfance, cholécystectomie il y a 20 ans par cœlioscopie, hystérectomie par voie basse il y a 25 ans pour prolapsus, dernier bilan biologique complet il y a 4 mois avec **créatinine à 88 µmol/L** (DFG estimé 62 mL/min — **insuffisance rénale chronique légère stade 2 KDIGO**), pas de protéinurie ni de sédiment urinaire anormal.

Non-fumeuse (n'a jamais fumé), alcool très occasionnel, indice de masse corporelle 27 kg/m², activité physique limitée par arthrose, autonomie complète à domicile.

**Traitement de fond chronique** (identifié à l'interrogatoire soigneux) : - **Ramipril 10 mg/j** (IEC — bloqueur du système rénine-angiotensine) - **Indapamide 2,5 mg/j** (diurétique thiazidique) - **Spironolactone 25 mg/j** (diurétique épargneur de potassium — double blocage RAA quand associé à l'IEC) - **Furosémide 40 mg/j** (diurétique de l'anse — introduit lors de la décompensation cardiaque il y a 2 ans, maintenu depuis) - Amlodipine 5 mg/j (inhibiteur calcique) - Aspirine 75 mg/j - Atorvastatine 20 mg/j - Paracétamol 1 g × 3/j pour douleurs arthrosiques - Vitamine D 800 UI/j - Calcium 500 mg/j

**Éléments d'auto-médication récente identifiés à l'interrogatoire soigneux** (essentiels au diagnostic) : - **Ibuprofène 400 mg × 3/j depuis 5 jours** (auto-médication achetée en pharmacie sans avis médical, motif : recrudescence des douleurs arthrosiques du genou droit après une chute légère il y a une semaine — la patiente jugeait le paracétamol seul insuffisant) - **Pas d'information au médecin traitant** de cette prise d'AINS - **Poursuite** du traitement chronique de fond « comme d'habitude »

**Histoire de la maladie actuelle** : - **Depuis 3 jours** : **gastro-entérite virale aiguë** contractée dans le contexte familial (petit-fils atteint la semaine dernière) — vomissements alimentaires puis bilieux (4-6 épisodes par jour), diarrhées liquidiennes non sanglantes (5-8 selles/jour), fièvre initiale modérée à 38 °C rapidement résolutive, **réduction majeure des apports alimentaires et hydriques** (« je n'ai rien mangé, à peine bu quelques gorgées de tisane ») - **Poursuite du traitement chronique** aux mêmes doses, y compris **ibuprofène + diurétiques + IEC** — **sans adaptation** aux vomissements, à la déshydratation et à la baisse des apports - **Depuis 24 heures** : aggravation majeure avec **asthénie extrême** (« ne peut plus se lever du lit »), **oligurie sévère** notée par le mari (« quasiment plus d'urines dans le bassin »), sensations vertigineuses, sécheresse buccale majeure - **Depuis 12 heures** : **anurie complète** (pas de miction depuis le milieu de la nuit), **confusion débutante** (propos parfois inadaptés, difficulté à se concentrer), **crampes musculaires**, décision de consulter aux urgences amenée par sa fille

À l'arrivée aux urgences : TA **105/60 mmHg** (habituelle 145/85 — hypotension relative marquée), FC **108/min** régulière, FR **20/min**, SpO₂ **97 %** en air ambiant, T **37,1 °C**, glycémie capillaire 1,08 g/L, GCS **14** (E4 V4 M6 — patiente orientée mais ralentie, propos parfois inadaptés).

**Examen clinique** : - Aspect général : patiente amaigrie, faciès émacié, très asthénique, ralentie - **Signes de déshydratation extracellulaire marquée** : **pli cutané persistant** (test au sternum, très positif), **muqueuses sèches**, **langue rôtie**, yeux enfoncés, TRC 4 secondes, cerne oculaire noir - Cardio-vasculaire : tachycardie régulière, B1-B2 assourdis, pas de souffle nouveau, hypotension orthostatique marquée (TA effondrée dès la position assise), **marbrures discrètes des genoux**, extrémités froides - Respiratoire : polypnée à 20 (compensatrice d'une acidose métabolique probable), murmure vésiculaire présent bilatéral symétrique, pas de râles crépitants (**pas de signe de surcharge en amont** — écarte l'IC décompensée sur surcharge) - Abdomen : souple, dépressible, sensibilité épigastrique diffuse modérée, bruits hydroaériques augmentés, **pas de globe vésical à la palpation** (à confirmer par échographie), **pas d'organomégalie**, orifices herniaires libres, pas de contact lombaire ni de fosse lombaire empâtée - Neurologique : GCS 14, pupilles isocores réactives 3 mm, pas de déficit focal, pas de raideur méningée, **ralentissement psychomoteur** avec propos parfois inadaptés (**début d'encéphalopathie urémique**), **crampes musculaires** aux membres inférieurs à la mobilisation - Cutané : peau sèche, pas d'œdèmes périphériques (patient déshydraté, pas surchargée), pas de purpura, pas d'éruption

**Bilan biologique en urgence** : - **Créatinine 458 µmol/L** (habituelle 88 il y a 4 mois — **majoration × 5,2**, **IRA stade 3 KDIGO** — créatinine × 3 ou ≥ 353 µmol/L, ou anurie ≥ 12h), urée **32 mmol/L**, **DFG estimé actuel ≈ 8 mL/min** - **Kaliémie 6,2 mmol/L** (hyperkaliémie modérée — nécessite surveillance ECG rapprochée et traitement immédiat) - Natrémie 132 mmol/L (hyponatrémie modérée sur perte digestive avec compensation) - Chlorémie 90, HCO₃⁻ **16 mmol/L** (acidose métabolique modérée à sévère) - **pH 7,28**, PaCO₂ 30 mmHg (acidose métabolique compensée) - Lactatémie 2,2 mmol/L (peu élevée) - Calcémie 2,08 mmol/L (normale basse), phosphorémie 2,4 mmol/L (élevée sur IRA), Mg 0,72 mmol/L - Glycémie 1,08 g/L (normale) - Bilan hépatique normal (ASAT 28, ALAT 24), TP 82 %, INR 1,15 - **NFS** : Hb 11,4 g/dL (anémie légère chronique sur IRC + hémoconcentration relative), leucocytes 9 200 (normale), plaquettes 220 000 - CRP 18 mg/L (peu élevée — probable virale), procalcitonine 0,15 (compatible virale) - **CPK 145 UI/L** (normale — écarte rhabdomyolyse) - **Bandelette urinaire** (prélevée par sondage évacuateur de contrôle — 30 mL d'urines très concentrées) : **pas de protéinurie**, **pas d'hématurie**, **pas de leucocyturie**, **densité 1,030** (urines très concentrées orientant IRA fonctionnelle), pH 5,5 - ECBU envoyé - **Ionogramme urinaire** : Na urinaire **8 mmol/L** (**très basse**), K urinaire 32, urée urinaire 320, créatininurie 5 400 - **FeNa (fraction excrétée du sodium) calculée = 0,3 %** (< 1 % — orientation forte vers **IRA fonctionnelle pré-rénale**) - Groupe RAI en cours

**ECG** : - Rythme sinusal régulier à 108/min - **Ondes T pointues symétriques** amples en V2-V4 (**signe d'hyperkaliémie modérée** à 6,2 mmol/L) - Pas d'élargissement du QRS (QRS à 88 ms — pas encore de signe menaçant) - PR 180 ms (normal), pas de BAV - Pas d'anomalie ischémique

**Échographie vésico-rénale au chevet** (POCUS aux urgences) : - **Vessie collabée**, résidu post-mictionnel < 30 mL (élimine formellement une IRA post-rénale par rétention aiguë) - **Reins de taille normale** (11 cm bilatéralement), **différentiation cortico-médullaire préservée**, **corticale préservée** (7 mm bilatéralement), **pas de dilatation pyélocalicielle** (élimine une IRA post-rénale obstructive) - Pas de collection péri-rénale, pas d'ascite - Vessie sans caillots

**Diagnostic retenu** : **Insuffisance rénale aiguë stade 3 KDIGO sévère anurique fonctionnelle (pré-rénale)** sur **« triple whammy » médicamenteux (IEC + AINS + diurétiques thiazidique et de l'anse et épargneur de K+)** **potentialisé par déshydratation sur gastro-entérite virale** chez sujet âgé, avec **hyperkaliémie 6,2 + acidose métabolique + urémie symptomatique** — **discussion de l'indication de dialyse en urgence** selon critères KDIGO/AEIOU.

**Classification KDIGO 2012 de l'IRA** (patient ici en stade 3 sévère) :

StadeCritères créatinineCritères diurèse
Stade 1Créat × 1,5-1,9 ou ↑ ≥ 26,5 µmol/L en 48hDiurèse < 0,5 mL/kg/h × 6-12h
Stade 2Créat × 2,0-2,9Diurèse < 0,5 mL/kg/h × ≥ 12h
Stade 3 (ce cas)Créat × 3 ou ≥ 353 µmol/L (ici 458)Anurie ≥ 12h (ici présente) ou diurèse < 0,3 mL/kg/h × ≥ 24h

**Facteurs contributifs identifiés cumulés** : 1. **IEC (ramipril)** — vasodilatation de l'artériole efférente = baisse de la pression de filtration glomérulaire 2. **AINS (ibuprofène) auto-médication** — inhibition des prostaglandines vasodilatatrices de l'artériole afférente = baisse du flux sanguin rénal 3. **Diurétiques (indapamide + spironolactone + furosémide)** — hypovolémie iatrogène chronique + effet ADH-résistant 4. **Déshydratation** sur gastro-entérite (vomissements, diarrhées, réduction apports) = hypovolémie majeure 5. **Terrain vasculaire** — HTA ancienne, artériosclérose, sujet âgé (baisse de la réserve fonctionnelle rénale) 6. **IRC stade 2 préexistante** (créatinine habituelle 88, DFG 62) — moindre réserve

Poids habituel 68 kg. Poids actuel 65 kg (perte de 3 kg en 3 jours par déshydratation). Taille 160 cm.

Étape 1

Décision 1

Information clinique

La patiente arrive en fauteuil roulant, très asthénique, propos parfois inadaptés. Un confrère plus ancien propose : « C'est une déshydratation sur gastro chez une insuffisante rénale chronique, on hydrate 2 L de sérum physiologique en 1h, on continue son traitement habituel, on refait la biologie demain matin. »

Quelle est votre conduite immédiate ?

A

Reconnaître IRA stade 3 KDIGO sur triple whammy + déshydratation, arrêt immédiat de tous les néphrotoxiques (IEC, AINS, diurétiques), réhydratation prudente, traiter hyperkaliémie

B

Attendre le contrôle biologique du lendemain matin sans hospitalisation, une créatinine à 458 chez une insuffisante rénale chronique connue étant une évolution attendue

C

Débuter d'emblée une dialyse en urgence sans autre mesure préalable, la seule créatinine à 458 imposant systématiquement un traitement de suppléance rénale immédiat en réanimation

D

Hydrater par 2 L de sérum physiologique en 1 heure et poursuivre le traitement chronique à l'identique, la déshydratation seule expliquant l'aggravation biologique

E

Prescrire d'emblée un scanner abdominal injecté en urgence pour rechercher un obstacle rénal ou une masse rétropéritonéale à l'origine de l'IRA sévère anurique observée

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Bonne réponse

A. Reconnaître IRA stade 3 KDIGO sur triple whammy + déshydratation, arrêt immédiat de tous les néphrotoxiques (IEC, AINS, diurétiques), réhydratation prudente, traiter hyperkaliémie

Explication pédagogique

Le tableau clinique associe une **IRA stade 3 KDIGO sévère anurique fonctionnelle multifactorielle** (KDIGO 2012, Loboz 2005) : (1) **Sévérité KDIGO stade 3** — créatinine 458 pour 88 habituelle (× 5,2, > 353 µmol/L), anurie ≥ 12h ; (2) **Mécanisme cumulatif — « triple whammy »** : (a) **IEC (ramipril)** — vasodilatation de l'artériole efférente, baisse pression filtration, (b) **AINS (ibuprofène) auto-médication** — inhibition PG vasodilatatrices de l'artériole afférente, baisse flux sanguin rénal, (c) **diurétiques (indapamide + spironolactone + furosémide)** — hypovolémie chronique iatrogène ; (3) **Déshydratation** sur gastro-entérite virale (vomissements, diarrhées, réduction apports) = décompensation aiguë sur terrain préparé ; (4) **Terrain** — sujet âgé + IRC stade 2 préexistante = moindre réserve fonctionnelle rénale ; (5) **Complications associées** — hyperkaliémie 6,2 avec ondes T pointues à l'ECG, acidose métabolique modérée (pH 7,28, HCO₃⁻ 16), urémie symptomatique (confusion, crampes) ; (6) **Confirmation biologique de l'origine pré-rénale** — FeNa 0,3 % (< 1 %), densité urinaire 1,030, sédiment urinaire propre, échographie rénale normale (élimine post-rénal et évoque parenchymateux préservé). La conduite associe simultanément : (a) **arrêt IMMÉDIAT et complet de TOUS les médicaments néphrotoxiques** : IEC (ramipril), AINS (ibuprofène), TOUS les diurétiques (indapamide, spironolactone, furosémide) — éducation orale et écrite ; (b) **réhydratation prudente adaptée au statut volémique** — cristalloïdes (SSI 0,9 % ou Ringer lactate) 500-1000 mL en 2-4h avec réévaluation dynamique clinique (TA, FC, TRC, marbrures, diurèse), attention à la surcharge chez IC (surveillance auscultation, SpO₂), objectif reprise de diurèse et amélioration hémodynamique ; (c) **traitement de l'hyperkaliémie 6,2** — bundle : gluconate de calcium 10 % 10 mL IVL en 2-3 min pour protection membranaire, insuline rapide 10 UI IV + G30 % 500 mL/h + salbutamol nébulisé 15 mg pour transfert intracellulaire, patiromer/Kayexalate PO pour élimination ; (d) **correction de l'acidose** — bicarbonates de sodium 250 mL 4,2 % en 30-60 min si pH < 7,15 (ici pH 7,28 — peut attendre) ; (e) **appel néphrologue en urgence** — discussion de l'indication de dialyse (AEIOU : hyperkaliémie sévère réfractaire, urémie symptomatique, acidose sévère si réfractaire) ; (f) **surveillance rapprochée** — ionogramme, kaliémie, gaz du sang, créatinine toutes 4-6h, ECG continu, diurèse horaire, monitorage cardio-respiratoire ; (g) hospitalisation en unité monitorée (USC ou réanimation selon évolution) ; (h) **éviction stricte du contraste iodé** (aggraverait l'IRA — pas de scanner injecté). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 2

Décision 2

Information clinique

Le néphrologue au téléphone demande : « Vous êtes sûrs que c'est une IRA pré-rénale et pas une nécrose tubulaire ou une glomérulopathie aiguë ? Quel bilan différentiel avez-vous fait ? »

Comment différenciez-vous les mécanismes de l'IRA ?

A

Ne rechercher que l'échographie rénale à la recherche d'une dilatation pyélocalicielle, sans évaluation des indices urinaires ni bilan étiologique complémentaire à distance

B

Prescrire d'emblée une biopsie rénale en urgence pour tous les cas d'IRA, seul examen permettant un diagnostic étiologique définitif et fiable en pratique urgente actuelle

C

Bilan systématique : échographie rénale (élimine post-rénal), indices urinaires (FeNa < 1 % pré-rénale), sédiment urinaire (cylindres orientent), protéinurie, ionogramme, contexte étiologique

D

La différenciation entre pré-rénale, parenchymateuse et post-rénale n'a aucune pertinence pratique en urgence, la prise en charge symptomatique étant identique pour tous les mécanismes

E

Se limiter à la biologie sanguine (créatinine, urée) sans indices urinaires ni échographie rénale, ces derniers examens n'apportant aucun élément différentiel réellement utile

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Bonne réponse

C. Bilan systématique : échographie rénale (élimine post-rénal), indices urinaires (FeNa < 1 % pré-rénale), sédiment urinaire (cylindres orientent), protéinurie, ionogramme, contexte étiologique

Explication pédagogique

La **différenciation des trois grands mécanismes de l'IRA** est **essentielle** pour la prise en charge (KDIGO 2012, ADQI 2022) : (1) **Étape 1 — Échographie rénale au chevet (POCUS) systématique en 1ère intention** — **élimine l'IRA post-rénale (obstructive)** : dilatation pyélocalicielle, obstacle sur les voies excrétrices, globe vésical, caillotage — indication de dérivation urologique urgente si obstacle ; **évalue également la taille et la corticale rénale** : reins de taille normale et corticale préservée = IRA récente potentiellement réversible, reins petits avec corticale amincie = IRC ancienne ; (2) **Étape 2 — Différenciation pré-rénale vs parenchymateuse par les indices urinaires** — (a) **FeNa (fraction excrétée du sodium)** = calcul (Na urinaire × créat plasmatique) / (Na plasmatique × créat urinaire) × 100 : **< 1 % = pré-rénale** (rein réabsorbe activement le sodium, oligurique concentrée), **> 2 % = NTA** (tubule lésé, perte sodée) — attention aux faux : **FeUrée** utilisée si patient sous diurétiques (< 35 % = pré-rénale), (b) **densité urinaire** — > 1,020 = pré-rénale, iso-densité 1,010-1,015 = NTA, (c) **osmolarité urinaire** — > 500 mOsm/L = pré-rénale, < 350 = NTA, (d) **sédiment urinaire (culot de centrifugation examiné au microscope)** — **cylindres épithéliaux boueux (« muddy brown casts ») = NTA**, **cylindres hématiques + hématies dysmorphiques = GNRP**, **éosinophilurie + leucocyturie stérile = NIA immuno-allergique**, cellules épithéliales tubulaires desquamées = NTA ; (3) **Étape 3 — Bilan étiologique complémentaire selon orientation** — **protéinurie/créatininurie sur miction ou 24h** (> 3 g/24h = glomérulopathie, < 1 g/24h = pré-rénale ou NIA), **bilan immunologique** (ANCA, anti-MBG, complément C3-C4, ANA, cryoglobulines) si suspicion glomérulaire ou vascularite, **CPK** (rhabdomyolyse), **haptoglobine + schizocytes + LDH** (MAT), **hémocultures** (endocardite), **bilan hépatique** (syndrome hépato-rénal), **échographie doppler des artères rénales** (sténose bilatérale), **anamnèse médicamenteuse méticuleuse** (allergies, tous médicaments récents dont produits herboristes) ; (4) **Étape 4 — Biopsie rénale** — réservée aux cas d'IRA de mécanisme non déterminé après bilan non invasif, ou en cas de suspicion de GNRP nécessitant confirmation histologique avant traitement immunosuppresseur. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 3

Décision 3

Information clinique

La fille de la patiente vous demande : « Pourquoi ma mère a-t-elle fait cette insuffisance rénale ? Elle prend ses médicaments comme d'habitude depuis des années, elle n'a jamais eu de problème. C'est vraiment lié à l'ibuprofène qu'elle a pris ? »

Quel est le mécanisme physiopathologique de cette IRA ?

A

IRA sur gastro-entérite virale isolée, le traitement chronique n'ayant aucun rôle contributif dans la baisse de fonction rénale chez cette insuffisante rénale chronique connue

B

IRA sur « triple whammy » (IEC + AINS + diurétiques) potentialisé par la déshydratation, chaque médicament amputant un mécanisme de compensation rénale de l'hypovolémie

C

IRA sur allergie médicamenteuse à l'ibuprofène uniquement, à évoquer devant l'introduction récente et la survenue rapide, sans lien avec le traitement chronique préexistant

D

IRA sur néphropathie diabétique aiguë par décompensation d'un diabète méconnu, à confirmer par hémoglobine glyquée et bilan diabétologique complet en urgence

E

IRA sur syndrome hépato-rénal aigu par insuffisance hépatique probable, à confirmer par échographie hépatique, bilan hépatique complet et gradient d'albumine sang-ascite

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Bonne réponse

B. IRA sur « triple whammy » (IEC + AINS + diurétiques) potentialisé par la déshydratation, chaque médicament amputant un mécanisme de compensation rénale de l'hypovolémie

Explication pédagogique

Le **« triple whammy » médicamenteux** est le **mécanisme physiopathologique cardinal** (Loboz Br J Clin Pharmacol 2005, actualisé 2020-2023) : (1) **Physiopathologie de la régulation rénale normale** — la perfusion glomérulaire dépend de l'équilibre entre l'artériole afférente (dilatée par les **prostaglandines vasodilatatrices**) et l'artériole efférente (contractée par **l'angiotensine II**) — cet équilibre maintient la pression de filtration glomérulaire même en cas de baisse modérée du flux sanguin rénal ; (2) **Impact de chaque médicament du triple whammy** — (a) **IEC/ARA2 (ramipril ici)** — bloque le système rénine-angiotensine → **vasodilatation de l'artériole efférente** → baisse de la pression de filtration glomérulaire (bénéfique à long terme mais désavantageux en cas d'hypovolémie), (b) **AINS (ibuprofène ici)** — inhibe la synthèse des **prostaglandines vasodilatatrices** → **vasoconstriction de l'artériole afférente** → baisse du flux sanguin rénal, (c) **Diurétiques (indapamide + spironolactone + furosémide ici)** — **hypovolémie iatrogène chronique** avec activation compensatrice du système rénine-angiotensine ; (3) **Effet cumulatif** — les trois médicaments **suppriment les mécanismes compensateurs** normaux de la perfusion rénale → en cas de **stress supplémentaire** (déshydratation, hémorragie, chirurgie, sepsis), **effondrement brutal de la filtration glomérulaire** = IRA fonctionnelle sévère ; (4) **Épidémiologie et facteurs de risque** — **majoration du risque × 3-4** dans les études observationnelles, particulièrement chez le **sujet âgé** (baisse de la réserve rénale), avec **IRC préexistante**, en cas **d'événement intercurrent** (gastro-entérite, chirurgie, canicule) ; (5) **Actualisation 2020-2023** — l'ajout d'un **inhibiteur SGLT2** (dapagliflozine, empagliflozine, canagliflozine) crée un **« quadruple whammy »** avec un risque supplémentaire d'IRA fonctionnelle chez le sujet âgé — précautions particulières recommandées ; (6) **Prévention** — **règle des « sick day rules »** : en cas de maladie intercurrente avec vomissements/diarrhées/fièvre/déshydratation, **arrêt transitoire des IEC/ARA2, diurétiques, inhibiteurs SGLT2, metformine, AINS** — reprise après retour à l'état de base et vérification de la fonction rénale ; éducation thérapeutique renforcée, information des patients à haut risque. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 4

Décision 4

Information clinique

À H+2 sous réhydratation prudente (1 L SSI reçu au total) et bundle hyperkaliémie : diurèse toujours nulle (anurie persistante), kaliémie de contrôle 5,8 mmol/L (amélioration modérée après bundle), pH 7,26 (aggravation légère), urée 34, créatinine 465 (stable). Le confrère demande : « Est-ce qu'il faut la dialyser maintenant ? Elle est un peu mieux mais toujours anurique et acidosique. »

Quelle est votre attitude vis-à-vis de la dialyse ?

A

Discuter dialyse en urgence si critère AEIOU présent : Acidose < 7,15, Électrolytes (K > 6,5), Intoxication dialysable, Overload résistant, Urémie symptomatique — discussion appropriée

B

Dialyser systématiquement toute IRA stade 3 KDIGO indépendamment des critères cliniques et biologiques, seule mesure permettant la récupération rapide de la fonction rénale

C

Refuser toute dialyse chez cette patiente âgée, la prise en charge conservative étant préférable devant les risques et l'espérance de vie limitée par les comorbidités

D

Attendre 48-72 heures d'évolution sous traitement médical maximal avant toute discussion d'une dialyse, indépendamment de la survenue éventuelle de complications entretemps

E

Prescrire une dialyse péritonéale au chevet en 1ère intention chez cette patiente âgée fragile, technique plus douce et mieux tolérée que l'hémodialyse en urgence

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Bonne réponse

A. Discuter dialyse en urgence si critère AEIOU présent : Acidose < 7,15, Électrolytes (K > 6,5), Intoxication dialysable, Overload résistant, Urémie symptomatique — discussion appropriée

Explication pédagogique

Les **indications de dialyse en urgence** dans l'IRA suivent la **mnémotechnique AEIOU** (KDIGO 2012, STARRT-AKI 2020, AKIKI 2016, ELAIN 2016) — **au moins un critère parmi 5** : (1) **A**cidose métabolique sévère réfractaire — **pH < 7,15 malgré traitement médical** (bicarbonates de sodium 4,2 %) ; (2) **E**lectrolytes — **hyperkaliémie sévère > 6,5 réfractaire** au traitement médical (bundle : calcium + insuline-glucose + salbutamol + résines) OU hyperkaliémie avec anomalies ECG menaçantes malgré bundle ; (3) **I**ntoxication dialysable — **méthanol, éthylène glycol, lithium, salicylés, valproate**, alcool isopropylique (indication spécifique urgente en toxicologie) ; (4) **O**verload (surcharge hydrique) — **OAP réfractaire aux diurétiques** ou impossibilité d'apporter les traitements nécessaires (transfusions, nutrition parentérale) sans surcharge ; (5) **U**rémie symptomatique — **encéphalopathie urémique** (confusion progressive, troubles conscience, myoclonies), **péricardite urémique** (frottement, épanchement à l'échographie), **hémorragie urémique** (troubles hémostase par dysfonction plaquettaire urémique), **urée > 30-40 mmol/L** avec symptômes ; (6) **Chez notre patiente à H+2** — évaluation systématique de chaque critère : (a) A : pH 7,26 = pas encore critère (< 7,15), (b) **E : K 5,8 en amélioration modérée, à surveiller** — pas encore critère absolu mais à réévaluer, (c) I : pas d'intoxication, (d) O : pas de surcharge (patiente déshydratée), (e) **U : confusion débutante + urée 34 → surveillance rapprochée, à discuter avec néphrologue si aggravation** ; (7) **Décision** — **discussion collégiale avec néphrologue** en urgence, essai de traitement conservateur maximal (poursuite bundle hyperkaliémie, réhydratation adaptée, arrêt néphrotoxiques déjà fait) avec **réévaluation biologique à H+4-6** — si aggravation ou persistance de critères AEIOU, indication de dialyse en urgence ; (8) **Débat historique STARRT-AKI vs AKIKI vs ELAIN** — grandes études contradictoires sur le **timing optimal** (early vs delayed RRT en réanimation) : (a) **AKIKI 2016** : early n'améliore pas la survie vs delayed en cas d'AKI KDIGO 3 sans indication vitale d'AEIOU ; (b) **ELAIN 2016** : early améliore la survie en post-op cardiaque avec AKI KDIGO 2 ; (c) **STARRT-AKI 2020** : pas de différence de mortalité à J+90 entre accelerated et standard-timing chez patient de réanimation ; consensus actuel : **initiation de dialyse en urgence uniquement si AEIOU présent**, sinon essai conservateur avec surveillance rapprochée ; (9) **Modalités de dialyse** — **hémodialyse intermittente** en 1ère intention chez patient hémodynamiquement stable, **hémofiltration continue (CVVH)** si instabilité hémodynamique, dialyse péritonéale rarement en aigu chez adulte (limitée à quelques indications spécifiques). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 5

Décision 5

Information clinique

À H+4 sous traitement conservateur : diurèse en reprise (~30 mL sur les 30 dernières minutes — reprise débutante encourageante), K 5,4, pH 7,30 (amélioration), créatinine 445 (baisse discrète). Un interne demande : « On peut lui donner du furosémide 250 mg IV pour aider à démarrer la diurèse, et lui reprogrammer un scanner injecté demain pour rechercher l'obstacle ? »

Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont correctes ?

A

Éviction absolue du contraste iodé pendant toute la phase aiguë (au moins 72h après normalisation créatinine), à privilégier IRM ou échographie pour toute imagerie

B

Surveillance rapprochée avec objectifs : diurèse ≥ 0,5 mL/kg/h, K < 5,5, pH > 7,30, créatinine décroissante, absence de complications, ionogramme toutes 4-6h

C

Reprendre systématiquement le traitement chronique complet dès la moindre amélioration biologique, sans attendre la normalisation de la fonction rénale ni concertation avec le médecin traitant

D

Prescrire furosémide IV 250 mg en bolus pour forcer la reprise de la diurèse et accélérer la sortie de l'IRA, molécule efficace en IRA anurique

E

Adaptation posologique de tous les médicaments à la fonction rénale actuelle (calcul du DFG selon MDRD ou CKD-EPI), attention particulière aux antibiotiques, HBPM, anti-douleurs, chimiothérapie

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Bonne réponse

A. Éviction absolue du contraste iodé pendant toute la phase aiguë (au moins 72h après normalisation créatinine), à privilégier IRM ou échographie pour toute imagerie B. Surveillance rapprochée avec objectifs : diurèse ≥ 0,5 mL/kg/h, K < 5,5, pH > 7,30, créatinine décroissante, absence de complications, ionogramme toutes 4-6h E. Adaptation posologique de tous les médicaments à la fonction rénale actuelle (calcul du DFG selon MDRD ou CKD-EPI), attention particulière aux antibiotiques, HBPM, anti-douleurs, chimiothérapie

Explication pédagogique

Les mesures associées et la prévention associent (KDIGO 2012, KDIGO 2024, ADQI 2022) : (1) **Éviction du contraste iodé** — **absolument à éviter pendant la phase aiguë** de l'IRA (au moins 72h après normalisation de la créatinine, idéalement plus) — la **néphropathie induite par le contraste** est une complication grave documentée qui aggrave l'IRA et peut la rendre irréversible ; **alternatives** : (a) **échographie** (POCUS aux urgences pour éliminer l'obstacle, doppler pour évaluation vasculaire), (b) **IRM sans injection de gadolinium** (attention également au gadolinium en IRA sévère — risque de fibrose systémique néphrogénique historique bien qu'exceptionnel avec les macrocycliques modernes — préférer les séquences sans injection type diffusion, T1, T2), (c) **scanner non injecté** low-dose si besoin (protocole lithiase), (d) **cystoscopie** ou autres explorations directes ; si contraste iodé absolument nécessaire (indication vitale, pas d'alternative) : **préparation hydratation IV** avant et après (SSI 0,9 % 1 mL/kg/h pendant 12h avant et 12h après), **acétylcystéine 600 mg × 2/j** (efficacité controversée mais habituelle), **suivi biologique rapproché** ; (2) **Adaptation posologique de TOUS les médicaments** — calcul du DFG (formule MDRD ou CKD-EPI adaptée au sujet âgé), **adaptation des antibiotiques** (aminosides à éviter, β-lactamines à doser adaptées, glycopeptides adaptés), **HBPM à demi-dose ou éviter** (préférer HNF en cas d'IRA sévère car élimination hépatique), **anti-douleurs adaptés** (paracétamol OK à dose normale, tramadol à demi-dose, éviter morphine forte dose, éviter AINS), **chimiothérapie adaptée** (dosage des molécules éliminées par voie rénale), **anticoagulants oraux directs à éviter** (élimination rénale, préférer AVK ou HNF), **metformine à arrêter** (risque acidose lactique) ; (3) **Surveillance rapprochée** — **objectifs de résolution** : diurèse ≥ 0,5 mL/kg/h stable, kaliémie < 5,5, pH > 7,30, HCO₃ > 20, créatinine décroissante ≥ 20 % par 24h, absence de complications (surcharge hydrique, hyperkaliémie récidivante, urémie progressive) ; **ionogramme et fonction rénale toutes 4-6h** en phase aiguë puis biquotidien en amélioration, ECG répété si K > 5,5, monitorage cardio-respiratoire et diurèse continus ; (4) **Reprise du traitement chronique** — **jamais en aveugle**, décision **collégiale** avec le médecin traitant à distance après **normalisation stable de la fonction rénale** et **réévaluation du rapport bénéfice/risque** de chaque molécule (parfois arrêt définitif des AINS auto-médication et adaptation IEC ou changement pour ARA2/inhibiteur calcique, réduction ou arrêt de certains diurétiques). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 6

Décision 6

Information clinique

La patiente est stable, reprise de diurèse confirmée. Un interne junior demande : « Est-ce que la prise en charge serait différente si c'était une autre forme d'IRA — nécrose tubulaire, néphrite interstitielle, glomérulonéphrite rapidement progressive, ou rhabdomyolyse ? »

Parmi les propositions suivantes concernant les autres formes d'IRA, lesquelles sont correctes ?

A

Nécrose tubulaire aiguë (NTA) : ischémique (choc prolongé) ou toxique (aminosides, contraste iodé, rhabdomyolyse, hémolyse), FeNa > 2 %, sédiment avec cylindres épithéliaux boueux

B

Glomérulonéphrite rapidement progressive (GNRP) : protéinurie glomérulaire + hématurie + cylindres hématiques + syndrome pneumo-rénal (vascularites ANCA), biopsie rénale urgente + corticoïdes + immunosuppresseurs

C

Néphrite interstitielle aiguë (NIA) immuno-allergique : médicamenteuse (β-lactamines, sulfamides, AINS, IPP), éruption cutanée + fièvre + éosinophilie + éosinophilurie, arrêt du médicament + corticoïdes

D

La rhabdomyolyse cause exclusivement une IRA par obstruction des tubules par cristaux de calcium, ne nécessitant que l'alcalinisation des urines et l'hydratation par sérum salé

E

Toutes les IRA quel que soit leur mécanisme se traitent identiquement par simple réhydratation IV isotonique et arrêt des médicaments habituels sans autre distinction

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Bonne réponse

A. Nécrose tubulaire aiguë (NTA) : ischémique (choc prolongé) ou toxique (aminosides, contraste iodé, rhabdomyolyse, hémolyse), FeNa > 2 %, sédiment avec cylindres épithéliaux boueux B. Glomérulonéphrite rapidement progressive (GNRP) : protéinurie glomérulaire + hématurie + cylindres hématiques + syndrome pneumo-rénal (vascularites ANCA), biopsie rénale urgente + corticoïdes + immunosuppresseurs C. Néphrite interstitielle aiguë (NIA) immuno-allergique : médicamenteuse (β-lactamines, sulfamides, AINS, IPP), éruption cutanée + fièvre + éosinophilie + éosinophilurie, arrêt du médicament + corticoïdes

Explication pédagogique

Les autres formes d'IRA ont des mécanismes et prises en charge spécifiques (KDIGO 2012, ADQI 2022) : (1) **Nécrose tubulaire aiguë (NTA)** — cause fréquente d'IRA parenchymateuse : (a) **NTA ischémique** — sur **choc prolongé** (septique, hémorragique, cardiogénique), hypotension prolongée avec bas débit rénal (< 60 mmHg MAP), (b) **NTA toxique** — **aminosides** (gentamicine, amikacine — dosage résiduel + surveillance rénale), **contraste iodé** (néphrotoxicité aiguë 24-72h après), **rhabdomyolyse** (myoglobinurie tubulotoxique), **hémolyse aiguë** (hémoglobinurie), **anticalcineurines** (ciclosporine, tacrolimus), **agents anticancéreux** (cisplatine, ifosfamide), **plantes néphrotoxiques** (aristolochic acid), **métaux lourds** ; **présentation** : oligurie ou anurie, **FeNa > 2 %** (perte sodée par tubule lésé), densité urinaire iso 1,010-1,015, sédiment urinaire avec **cylindres épithéliaux boueux (« muddy brown casts »)** pathognomoniques + cellules épithéliales tubulaires desquamées ; **traitement** : arrêt du toxique, support (réhydratation, dialyse si AEIOU), récupération 2-6 semaines habituelle si arrêt précoce du toxique ; (2) **Néphrite interstitielle aiguë (NIA) immuno-allergique** — **médicamenteuse dans 70 % des cas** : **β-lactamines** (méthicilline classique, pénicillines, céphalosporines), **sulfamides**, **AINS**, **IPP (oméprazole)**, **rifampicine**, **allopurinol**, **thiazides**, **quinolones** ; **présentation classique** (mais souvent incomplète) : **éruption cutanée + fièvre + éosinophilie sanguine + éosinophilurie**, IRA modérée à sévère, protéinurie tubulaire < 1 g/24h ; **diagnostic** — biopsie rénale (infiltrat interstitiel lymphocytaire + éosinophiles) souvent nécessaire ; **traitement** — arrêt immédiat du médicament suspect, **corticoïdes** (prednisone 0,5-1 mg/kg/j) parfois en discussion collégiale néphrologique ; (3) **Glomérulonéphrite rapidement progressive (GNRP)** — **urgence néphrologique** : **présentation** : **protéinurie glomérulaire** (> 1 g/24h, parfois néphrotique), **hématurie microscopique** avec hématies dysmorphiques + **cylindres hématiques** pathognomoniques, IRA rapidement progressive sur quelques jours à semaines, **syndrome pneumo-rénal** (hémoptysie + IRA) évocateur de **vascularite à ANCA** (Wegener, PAN microscopique) ou **syndrome de Goodpasture** (anti-MBG) ; **bilan immunologique** urgent (ANCA, anti-MBG, complément, ANA), **biopsie rénale en urgence** pour confirmation histologique (croissants glomérulaires) ; **traitement urgent** : **corticoïdes** (méthylprednisolone 500-1000 mg IV/j × 3 puis prednisone 1 mg/kg/j) + **immunosuppresseurs** (cyclophosphamide ou rituximab), **plasmaphérèse** dans les formes sévères (Goodpasture, syndrome pneumo-rénal, IRA sévère) ; (4) **Rhabdomyolyse** — nécrose musculaire massive libérant **myoglobine tubulotoxique** : causes (traumatisme, crush syndrome, effort intense, immobilisation prolongée, chute prolongée, sepsis, toxique, statines) ; **présentation** : CPK très élevées (> 5000, souvent > 100 000 en formes sévères), **myoglobinurie** (urines brunes/foncées, BU hématies+ sans GR à l'ECBU), **hyperkaliémie** + **hyperphosphorémie** + **hypocalcémie** ; **traitement** : **hyperhydratation IV agressive** (SSI 0,9 % 200-500 mL/h avec objectif diurèse 200-300 mL/h), **alcalinisation urinaire** par bicarbonates (objectif pH urinaire > 6,5 — controversé, non systématique), traitement de la cause, dialyse si AEIOU.

Étape 7

Décision 7

Information clinique

Le lit en médecine interne à orientation néphrologique est prêt. Vous transmettez à l'équipe pour poursuite de la surveillance et de la révision du traitement à distance.

Quelle transmission adressez-vous ?

A

« Femme 76 ans, HTA équilibrée trithérapie, IC à FE préservée NYHA II, arthrose invalidante, IRC stade 2 KDIGO préexistante (créat habituelle 88 DFG 62). Traitement chronique : ramipril 10 mg/j (IEC), indapamide 2,5 mg/j (thiazidique), spironolactone 25 mg/j (épargneur K+), furosémide 40 mg/j (anse), amlodipine, aspirine, atorvastatine, paracétamol, vit D + Ca. Éléments d'auto-médication récente identifiés à l'interrogatoire soigneux : ibuprofène 400 mg × 3/j depuis 5 jours en auto-médication achetée en pharmacie sans avis médical (motif : recrudescence arthrose), sans information du médecin traitant. Facteur intercurrent : gastro-entérite virale familiale depuis 3 jours (vomissements, diarrhées, réduction alimentaire, apports hydriques quasi-nuls). Poursuite du traitement chronique sans adaptation. Admise à 12 h 00 pour IRA sévère anurique confirmée : créat 458 (habituelle 88 — × 5,2, stade 3 KDIGO), anurie depuis 12h, urée 32, K 6,2, pH 7,28, HCO₃ 16, DFG estimé 8. Examen : déshydratation extracellulaire majeure, hypotension 105/60, tachycardie 108, confusion débutante GCS 14, crampes musculaires. Bilan différentiel : FeNa 0,3 % (< 1 %), densité 1,030, sédiment urinaire propre, échographie rénale (POCUS) reins de taille normale corticale préservée sans dilatation — origine pré-rénale fonctionnelle confirmée. ECG : ondes T pointues V2-V4 sur hyperkaliémie sans élargissement QRS. Diagnostic : IRA stade 3 KDIGO sévère anurique fonctionnelle multifactorielle sur triple whammy (IEC + AINS + diurétiques) potentialisé par déshydratation sur gastro-entérite chez sujet âgé. Bundle démarré à 12 h 30 : arrêt écrit et documenté de TOUS les médicaments néphrotoxiques (IEC, AINS, indapamide, spironolactone, furosémide), réhydratation prudente SSI 0,9 % 500 mL en 2h avec réévaluation dynamique (attention IC), bundle hyperkaliémie complet (gluconate de calcium 10 % 10 mL IVL + insuline 10 UI IV + G30 % 500 mL/h + salbutamol 15 mg nébulisé + patiromer PO), pas de bicarbonates (pH 7,28 > 7,15). Appel néphrologue de garde au chevet — évaluation collégiale : pas de critère AEIOU absolu (pH 7,26 > 7,15, K 5,8 en amélioration, pas de surcharge, urémie modérée avec confusion débutante à surveiller). Voie centrale fémorale mise en place au chevet par le néphrologue en prévention. Éducation thérapeutique amorcée avec la patiente et sa fille : mécanisme du triple whammy expliqué, danger AINS auto-médication chez patient sous IEC + diurétiques, sick day rules (arrêt transitoire en cas de gastro/canicule/chirurgie), coordination indispensable médecin traitant + pharmacien. Éviction absolue du contraste iodé pendant toute la phase aiguë (au moins 72h après normalisation). Furosémide non prescrit (piège évité). Adaptation posologique des médicaments au DFG actuel. Évolution à H+7 : diurèse en reprise 80 mL/h (encourageant), K 5,0, pH 7,34, HCO₃ 20, créatinine 385 (amélioration franche depuis 458), GCS 15, patiente cohérente. Je vous la monte pour poursuite de la surveillance rapprochée en médecine interne (créatinine, ionogramme, gaz du sang, diurèse toutes 4-6h en phase aiguë puis biquotidien en amélioration, ECG répété si K > 5,5, monitorage cardio-respiratoire, poids quotidien pour surveillance surcharge), maintien de l'arrêt de tous les néphrotoxiques (IEC/AINS/diurétiques), poursuite réhydratation adaptée dynamiquement au statut volémique (attention IC), réévaluation collégiale de la reprise du traitement chronique après normalisation stable de la fonction rénale en concertation avec médecin traitant (arrêt définitif de la spironolactone et des AINS auto-médication à envisager, adaptation IEC ou changement pour inhibiteur calcique + ARA2 à faible dose, révision diurétiques). Points d'anticipation : récidive hyperkaliémie (surveillance rapprochée jusqu'à normalisation), évolution vers NTA si prolongation de l'IRA (surveillance des indices urinaires), aggravation avec critères AEIOU (voie centrale fémorale prête pour dialyse en urgence si besoin), surcharge iatrogène par sur-remplissage chez IC (surveillance auscultation, SpO₂, poids), éducation thérapeutique renforcée avant sortie (sick day rules, dangers auto-médication, coordination systématique médecin traitant + pharmacien pour toute nouvelle prescription, carte d'insuffisant rénal chronique), consultation néphrologique de suivi à J+15 puis mensuelle avec surveillance biologique de la récupération, bilan étiologique complémentaire si non-récupération complète (protéinurie 24h, échographie doppler artères rénales, immunologie si suspicion). »

B

Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit dans la journée

C

« Une IRA sur triple whammy récupérée, à toi »

D

Contact uniquement téléphonique avec le néphrologue sans support écrit ni transmission structurée détaillée, la traçabilité étant assurée par le compte rendu final ultérieur

E

Attendre 48 heures avant tout contact avec l'équipe de médecine interne, la stabilisation complète étant nécessaire avant tout transfert programmé en unité spécialisée

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Bonne réponse

A. « Femme 76 ans, HTA équilibrée trithérapie, IC à FE préservée NYHA II, arthrose invalidante, IRC stade 2 KDIGO préexistante (créat habituelle 88 DFG 62). Traitement chronique : ramipril 10 mg/j (IEC), indapamide 2,5 mg/j (thiazidique), spironolactone 25 mg/j (épargneur K+), furosémide 40 mg/j (anse), amlodipine, aspirine, atorvastatine, paracétamol, vit D + Ca. Éléments d'auto-médication récente identifiés à l'interrogatoire soigneux : ibuprofène 400 mg × 3/j depuis 5 jours en auto-médication achetée en pharmacie sans avis médical (motif : recrudescence arthrose), sans information du médecin traitant. Facteur intercurrent : gastro-entérite virale familiale depuis 3 jours (vomissements, diarrhées, réduction alimentaire, apports hydriques quasi-nuls). Poursuite du traitement chronique sans adaptation. Admise à 12 h 00 pour IRA sévère anurique confirmée : créat 458 (habituelle 88 — × 5,2, stade 3 KDIGO), anurie depuis 12h, urée 32, K 6,2, pH 7,28, HCO₃ 16, DFG estimé 8. Examen : déshydratation extracellulaire majeure, hypotension 105/60, tachycardie 108, confusion débutante GCS 14, crampes musculaires. Bilan différentiel : FeNa 0,3 % (< 1 %), densité 1,030, sédiment urinaire propre, échographie rénale (POCUS) reins de taille normale corticale préservée sans dilatation — origine pré-rénale fonctionnelle confirmée. ECG : ondes T pointues V2-V4 sur hyperkaliémie sans élargissement QRS. Diagnostic : IRA stade 3 KDIGO sévère anurique fonctionnelle multifactorielle sur triple whammy (IEC + AINS + diurétiques) potentialisé par déshydratation sur gastro-entérite chez sujet âgé. Bundle démarré à 12 h 30 : arrêt écrit et documenté de TOUS les médicaments néphrotoxiques (IEC, AINS, indapamide, spironolactone, furosémide), réhydratation prudente SSI 0,9 % 500 mL en 2h avec réévaluation dynamique (attention IC), bundle hyperkaliémie complet (gluconate de calcium 10 % 10 mL IVL + insuline 10 UI IV + G30 % 500 mL/h + salbutamol 15 mg nébulisé + patiromer PO), pas de bicarbonates (pH 7,28 > 7,15). Appel néphrologue de garde au chevet — évaluation collégiale : pas de critère AEIOU absolu (pH 7,26 > 7,15, K 5,8 en amélioration, pas de surcharge, urémie modérée avec confusion débutante à surveiller). Voie centrale fémorale mise en place au chevet par le néphrologue en prévention. Éducation thérapeutique amorcée avec la patiente et sa fille : mécanisme du triple whammy expliqué, danger AINS auto-médication chez patient sous IEC + diurétiques, sick day rules (arrêt transitoire en cas de gastro/canicule/chirurgie), coordination indispensable médecin traitant + pharmacien. Éviction absolue du contraste iodé pendant toute la phase aiguë (au moins 72h après normalisation). Furosémide non prescrit (piège évité). Adaptation posologique des médicaments au DFG actuel. Évolution à H+7 : diurèse en reprise 80 mL/h (encourageant), K 5,0, pH 7,34, HCO₃ 20, créatinine 385 (amélioration franche depuis 458), GCS 15, patiente cohérente. Je vous la monte pour poursuite de la surveillance rapprochée en médecine interne (créatinine, ionogramme, gaz du sang, diurèse toutes 4-6h en phase aiguë puis biquotidien en amélioration, ECG répété si K > 5,5, monitorage cardio-respiratoire, poids quotidien pour surveillance surcharge), maintien de l'arrêt de tous les néphrotoxiques (IEC/AINS/diurétiques), poursuite réhydratation adaptée dynamiquement au statut volémique (attention IC), réévaluation collégiale de la reprise du traitement chronique après normalisation stable de la fonction rénale en concertation avec médecin traitant (arrêt définitif de la spironolactone et des AINS auto-médication à envisager, adaptation IEC ou changement pour inhibiteur calcique + ARA2 à faible dose, révision diurétiques). Points d'anticipation : récidive hyperkaliémie (surveillance rapprochée jusqu'à normalisation), évolution vers NTA si prolongation de l'IRA (surveillance des indices urinaires), aggravation avec critères AEIOU (voie centrale fémorale prête pour dialyse en urgence si besoin), surcharge iatrogène par sur-remplissage chez IC (surveillance auscultation, SpO₂, poids), éducation thérapeutique renforcée avant sortie (sick day rules, dangers auto-médication, coordination systématique médecin traitant + pharmacien pour toute nouvelle prescription, carte d'insuffisant rénal chronique), consultation néphrologique de suivi à J+15 puis mensuelle avec surveillance biologique de la récupération, bilan étiologique complémentaire si non-récupération complète (protéinurie 24h, échographie doppler artères rénales, immunologie si suspicion). »

Explication pédagogique

La transmission structurée d'une IRA sévère multifactorielle comprend : les antécédents précis (comorbidités, IRC préexistante, traitement chronique détaillé), les éléments d'auto-médication récente identifiés à l'interrogatoire soigneux (AINS auto-médication), le facteur intercurrent (gastro-entérite), le tableau initial (IRA stade 3 KDIGO avec anurie, hyperkaliémie, acidose, urémie symptomatique), le bilan différentiel confirmant l'origine pré-rénale fonctionnelle (FeNa 0,3 %, sédiment propre, échographie), le bundle thérapeutique administré (arrêt de TOUS les néphrotoxiques, réhydratation prudente, bundle hyperkaliémie, absence d'indications AEIOU pour dialyse), l'évolution favorable (reprise de diurèse, amélioration biologique), les points d'anticipation (voie centrale prête, surveillance rapprochée, réévaluation du traitement à distance, éducation thérapeutique renforcée sur sick day rules et dangers de l'auto-médication).

Débriefing finalAfficher le débriefing

Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.

Objectifs pédagogiques

  • Reconnaître et classer une **IRA selon KDIGO 2012** (stades 1-2-3 basés sur créatinine et/ou diurèse) et identifier une **IRA stade 3 sévère** (créat × 3 ou ≥ 353 µmol/L, anurie ≥ 12h) comme urgence nécessitant hospitalisation et prise en charge néphrologique urgente.

  • Différencier les **trois grands mécanismes d'IRA** : (1) **pré-rénale (fonctionnelle)** — hypovolémie, choc, IEC/ARA2 + AINS + diurétiques, syndrome hépato-rénal ; (2) **rénale (parenchymateuse)** — nécrose tubulaire aiguë (NTA) ischémique ou toxique, néphrite interstitielle aiguë (NIA) immuno-allergique, glomérulonéphrite rapidement progressive (GNRP), microangiopathie thrombotique ; (3) **post-rénale (obstructive)** — lithiase, tumeur, HBP, caillotage vésical (échographie systématique en 1ère intention).

  • Identifier le **« triple whammy » médicamenteux** (Loboz 2005, actualisé) — association **IEC/ARA2 + AINS + diurétiques** = **majoration × 3-4 du risque d'IRA fonctionnelle**, particulièrement chez le sujet âgé, avec IRC préexistante, en cas d'événement intercurrent (déshydratation, hémorragie, chirurgie) ; l'ajout d'un **inhibiteur SGLT2** en fait un « quadruple whammy » de risque supplémentaire.

  • Calculer et interpréter les **indices urinaires** pour différencier IRA fonctionnelle vs organique : (a) **FeNa (fraction excrétée du sodium)** = (Na urinaire × créat plasmatique) / (Na plasmatique × créat urinaire) × 100 — **< 1 % = pré-rénale** (rein reabsorbe le sodium), **> 2 % = NTA** ; (b) **densité urinaire élevée > 1,020** = pré-rénale ; (c) **osmolarité urinaire élevée > 500** = pré-rénale ; (d) **sédiment urinaire** : cristaux, cellules épithéliales, cylindres hématiques (GNRP), cylindres épithéliaux boueux (NTA).

  • Prescrire les **mesures immédiates obligatoires** : (a) **arrêt IMMÉDIAT de TOUS les médicaments néphrotoxiques** (IEC/ARA2, AINS, diurétiques, aminosides, contraste iodé, produits herboristes, autres), (b) **réhydratation prudente adaptée** au statut volémique (cristalloïdes 500-1000 mL en 2-4h avec réévaluation dynamique, éviter surcharge chez IC), (c) **traitement de l'hyperkaliémie** (bundle pentavalent si sévère : gluconate de calcium + insuline-glucose + salbutamol + résines ± dialyse), (d) **correction de l'acidose** si pH < 7,15 (bicarbonates de sodium), (e) **surveillance rapprochée**.

  • Reconnaître les **indications de dialyse en urgence (mnémotechnique AEIOU)** — au moins une des 5 critères : **A**cidose métabolique sévère réfractaire (pH < 7,15), **E**lectrolytes (hyperkaliémie sévère > 6,5 réfractaire), **I**ntoxication dialysable (méthanol, éthylène glycol, lithium, salicylés), **O**verload (surcharge hydrique avec OAP réfractaire aux diurétiques), **U**rémie symptomatique (encéphalopathie, péricardite, hémorragie, urée > 30-40 mmol/L).

  • Éviter les **pièges cardinaux** : (a) sous-évaluation de la sévérité (attendre le lendemain pour la biologie), (b) **poursuite des néphrotoxiques** (« comme d'habitude »), (c) **scanner injecté aveugle** (contraste iodé aggrave l'IRA), (d) **hyperhydratation aveugle** chez patient IC (risque OAP), (e) méconnaissance des indications de dialyse, (f) attribution abusive à l'IRC seule sans reconnaître la composante aiguë.

  • Distinguer avec les **autres formes d'IRA** — **NTA ischémique** (choc septique prolongé, hémorragique) ou **toxique** (aminosides, contraste iodé, rhabdomyolyse), **néphrite interstitielle immuno-allergique** (médicaments : antibiotiques β-lactamines, sulfamides, AINS, IPP, éruption cutanée + éosinophilie + éosinophilurie), **GNRP** (protéinurie + hématurie + cylindres hématiques + syndrome pneumo-rénal — vascularites ANCA+, anti-MBG/Goodpasture), **rhabdomyolyse** (CPK > 5000, myoglobinurie, K+ élevé + phosphore élevé + calcium bas).

Points clés à retenirAfficher les points clés
  • L'**insuffisance rénale aiguë (IRA)** est classée selon **KDIGO 2012** en 3 stades (basés sur créatinine et/ou diurèse) — le **stade 3** (créat × 3 ou ≥ 353 µmol/L, ou anurie ≥ 12h) est une **urgence** nécessitant hospitalisation et prise en charge néphrologique urgente.

  • **Différencier les 3 mécanismes** d'IRA est essentiel : (a) **pré-rénale (fonctionnelle)** — hypovolémie, choc, triple whammy médicamenteux, FeNa < 1 %, sédiment propre, échographie normale ; (b) **rénale (parenchymateuse)** — NTA ischémique/toxique, NIA immuno-allergique, GNRP, MAT ; (c) **post-rénale (obstructive)** — échographie systématique en 1ère intention (élimine cette cause).

  • Le **« triple whammy » médicamenteux** (Loboz 2005) — association **IEC/ARA2 + AINS + diurétiques** = **majoration × 3-4 du risque d'IRA fonctionnelle**, particulièrement chez sujet âgé + IRC préexistante + événement intercurrent. Ajout d'un iSGLT2 = « quadruple whammy ». **Sick day rules** : arrêt transitoire en cas de gastro-entérite/canicule/chirurgie.

  • **Mesures immédiates obligatoires** : (a) **ARRÊT IMMÉDIAT DE TOUS LES NÉPHROTOXIQUES** (IEC/ARA2, AINS, diurétiques, aminosides, contraste iodé, produits herboristes), (b) **réhydratation prudente adaptée** au statut volémique (attention IC), (c) traitement des complications (hyperkaliémie par bundle si sévère, acidose par bicarbonates si pH < 7,15), (d) **éviction absolue du contraste iodé** pendant la phase aiguë.

  • **Indications de dialyse en urgence — mnémotechnique AEIOU** — au moins 1 critère parmi 5 : **A**cidose < 7,15 réfractaire, **E**lectrolytes (K > 6,5 réfractaire), **I**ntoxication dialysable (méthanol, éthylène glycol, lithium, salicylés), **O**verload (surcharge/OAP réfractaire), **U**rémie symptomatique (encéphalopathie, péricardite, hémorragie, urée > 30-40).

  • **Pièges cardinaux à éviter** : (a) **poursuite des néphrotoxiques** « comme d'habitude » (récidive/aggravation), (b) **scanner injecté aveugle** (néphrotoxicité contraste iodé), (c) **furosémide fortes doses en IRA anurique** (inefficace + toxique), (d) **reprise aveugle du traitement chronique** dès amélioration (récidive), (e) **hyperhydratation aveugle** chez IC (surcharge/OAP), (f) attribution abusive à l'IRC seule sans reconnaître la composante aiguë.

  • **Autres formes d'IRA à connaître** : **NTA** (ischémique/toxique, FeNa > 2 %, cylindres épithéliaux boueux), **NIA immuno-allergique** (médicamenteuse, éruption + fièvre + éosinophilie, corticoïdes), **GNRP** (protéinurie + hématurie + cylindres hématiques + pneumo-rénal, biopsie urgente + corticoïdes + immunosuppresseurs + plasmaphérèse), **rhabdomyolyse** (CPK > 5000, myoglobinurie, hyperhydratation agressive).