Contenu pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior. Lire l’avertissement médical.

Reflexes Urgences

Cas clinique

Hématurie Macroscopique

Néphro-urologie

Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.

Présentation initiale

Homme de **68 ans**, retraité de la fonction publique (ancien inspecteur des impôts), marié, deux enfants adultes. **Tabagisme actif** 40 paquets-années (a fumé 2 paquets/jour depuis l'âge de 20 ans, non sevré malgré plusieurs tentatives). Antécédents : hypertension artérielle depuis 10 ans bien contrôlée, diabète de type 2 diagnostiqué il y a 8 ans (HbA1c 7,4 % au dernier bilan), dyslipidémie modérée, coronaropathie stable (stent LAD posé il y a 5 ans, sous double antiagrégation aspirine + clopidogrel pendant 12 mois puis aspirine seule ensuite), hyperplasie bénigne de la prostate suivie sans traitement (IPSS modéré, débit urinaire limite).

**Aucun antécédent urologique majeur** connu : pas d'hématurie antérieure documentée, pas d'infection urinaire récente, pas de lithiase, pas de suivi urologique régulier (dernière consultation urologique il y a 5 ans pour bilan HBP, sans particularité). **Aucune exposition professionnelle** connue à des carcinogènes urothéliaux (aminés aromatiques dans industries chimiques, colorants, caoutchouc, textile).

**Traitement de fond** : - Amlodipine 10 mg/j - Metformine 1 000 mg × 2/j - Atorvastatine 40 mg/j - **Aspirine 75 mg/j** (antiagrégant plaquettaire — traitement à double tranchant : facteur aggravant du saignement mais essentiel pour la coronaropathie) - Tamsulosine 0,4 mg/j (introduite il y a 3 mois pour HBP)

**Histoire de la maladie actuelle** : - **Depuis 3 jours** : **émission d'urines rouges** notée par le patient (« comme du rosé »), initialement modérée, indolore (pas de douleur lombaire, pas de brûlures mictionnelles), avec pollakiurie modérée nouvelle, pas de fièvre associée - **Depuis 24 heures** : **aggravation majeure** avec urines **franchement sanglantes** (« couleur bordeaux, presque noire ») et **présence de caillots** dans les urines (« comme des morceaux de foie ») - **Depuis 6 heures** : **impossibilité totale d'uriner** malgré envie pressante permanente, **douleur hypogastrique intense** progressive, **envies impérieuses et douloureuses** sans émission urinaire (dysurie totale) - **Depuis 3 heures** : asthénie majeure, pâleur cutanée notée par sa femme, sensations vertigineuses au lever, palpitations, décision de consulter aux urgences

**À l'arrivée aux urgences** : TA **95/55 mmHg** (habituelle 145/85 — hypotension relative marquée), FC **118/min** régulière, FR **22/min**, SpO₂ **97 %** en air ambiant, T **36,8 °C**, GCS **15** (patient lucide, orienté, cohérent mais asthénique), pâleur cutanée franche.

**Examen clinique** : - Aspect général : **pâleur cutanéo-muqueuse marquée** (conjonctives décolorées), extrémités froides, TRC 3-4 secondes, sueurs discrètes, patient très asthénique mais parfaitement conscient - Cardio-vasculaire : tachycardie régulière, B1-B2 bien frappés, pas de souffle nouveau, marbrures discrètes des genoux, hypotension relative avec pincement de la différentielle - Abdomen : **globe vésical majeur** — dôme vésical dépassant l'ombilic à la palpation, **matité sus-pubienne étendue** à la percussion, **douleur intense** à la palpation sus-pubienne et à la moindre pression, orifices herniaires libres, pas d'autre organomégalie - **Toucher rectal** : prostate augmentée de volume (2,5 fois la normale — grade III), **asymétrique**, **surface irrégulière**, **présence d'un nodule dur au niveau du lobe droit** (suspect de néoplasie prostatique associée), pas de sang rouge au doigtier, pas de sang noir digestif - Pas de saignement extra-urinaire visible (pas d'épistaxis, pas de purpura, pas d'hémorragie conjonctivale, pas de gingivorragie, pas de saignement digestif à l'examen anal) - Neurologique : GCS 15, pupilles isocores réactives, pas de déficit focal, pas de raideur méningée - Respiratoire : polypnée à 22, murmure vésiculaire présent bilatéral, pas de râles - Membres : mollets souples, pas d'œdème des membres inférieurs, pouls périphériques présents et symétriques

**Bilan biologique en urgence** : - **Hémoglobine 6,8 g/dL** (habituelle 14,2 g/dL au dernier bilan de contrôle il y a 4 mois — **anémie aiguë sévère**, perte de 7,4 g/dL soit 52 % du capital), hématocrite 22 % - **Réticulocytes non demandés en urgence** (à demander pour bilan de l'anémie à distance) - Plaquettes **165 000/mm³** (normale — pas de thrombopénie) - **TP 82 %** (normal), **TCA 1,1** (normal), **INR 1,15** (patient sous aspirine seule, pas d'AVK) - Groupe sanguin **O Rh positif** avec **RAI négatives** (rendu en 20 min) - Créatinine **158 µmol/L** (habituelle 82 — **IRA post-rénale** par obstacle vésical), urée 12 mmol/L, DFG estimé actuel ≈ 40 mL/min - Ionogramme : Na 138, K 4,2, Cl 100, HCO₃⁻ 22 - Glycémie 1,68 g/L - Bilan hépatique normal - CRP 45 mg/L (peu élevée), procalcitonine 0,8 ng/mL (pas de contexte infectieux franc) - Lactatémie 2,4 mmol/L (élevée modérément — hypoperfusion sur anémie et hypotension) - Troponine ultra-sensible : 45 pg/mL (peu élevée — tachycardie sur anémie) - **Bandelette urinaire** (prélèvement au sondage) : **hématurie 4+ (massive)**, protéinurie 2+, leucocytes 1+, nitrites négatifs - ECBU envoyé en urgence - ECG : tachycardie sinusale à 118/min, pas d'anomalie de repolarisation aiguë, pas de signe d'ischémie franche

**Échographie vésico-rénale au chevet** (réalisée immédiatement au lit du patient — POCUS aux urgences) : - **Vessie très distendue** (volume estimé > 1 L, dôme dépassant l'ombilic à l'échographie), avec **contenu hétérogène** (mélange d'urine et de **caillots vésicaux volumineux échogènes**) - **Dilatation pyélocalicielle bilatérale** modérée (bassinets à 12-13 mm) sur obstacle vésical par caillots - **Pas d'ascite**, pas de collection péri-rénale - Reins de morphologie extérieure conservée, épaisseur corticale normale - Pas de masse rénale visible sur cet examen d'urgence (à confirmer par uroscanner à distance)

**Uroscanner** : programmé après stabilisation hémodynamique et transfusion (non réalisé en aigu — priorité à la levée de l'obstacle et à la correction de l'anémie).

**Diagnostic retenu** : **hématurie macroscopique caillotante massive** avec **rétention aiguë d'urine par obstacle sur caillotage vésical** compliquée d'une **anémie aiguë sévère** (Hb 6,8 g/dL) et d'une **IRA post-rénale**, chez homme de 68 ans **tabagique majeur** (40 PA) — **suspicion cardinale de tumeur vésicale hémorragique** (facteur de risque principal du carcinome urothélial vésical, à confirmer par uroscanner et cystoscopie exploratrice avec biopsies après stabilisation). Nodule prostatique suspect au TR imposant un bilan complémentaire prostatique associé (PSA, IRM prostatique) à distance.

**Classification de la gravité** :

CritèreSimpleSévère (ce cas)
AspectHématurie rosée sans caillotsUrines franchement sanglantes avec caillots
Retentissement urinaireMiction possible, pas de rétentionRétention aiguë par caillotage
Retentissement hémodynamiqueHb stable, TA normaleAnémie aiguë sévère Hb 6,8 g/dL, hypotension relative
Terrain à risqueSans facteur de risque tumoralTabagique 40 PA + âge 68 = suspicion tumorale +++

Poids 78 kg. Taille 175 cm.

Étape 1

Décision 1

Information clinique

Le patient arrive en fauteuil roulant, très pâle, tenant son bas-ventre douloureux. Un confrère plus ancien propose : « C'est une hématurie caillotante sur adénome de prostate, je pose une sonde vésicale simple pour vider, je le mets sous acide tranexamique pour arrêter le saignement, et on renvoie chez lui avec une consultation urologique dans 15 jours. »

Quelle est votre conduite immédiate ?

A

Attendre le résultat de l'uroscanner en urgence avant tout geste de sondage, pour éviter les fausses routes urétrales et l'aggravation par un cathéter mal adapté

B

Prescrire remplissage par SSI 2 L en 30 min et transfusion urgente de culots, sans sondage préalable, la priorité étant la correction hémodynamique

C

Reconnaître une hématurie caillotante avec rétention aiguë + anémie sévère + suspicion tumeur vésicale, sonder à 3 voies pour lavages, transfuser, appeler urologue en urgence

D

Autoriser un retour à domicile après une simple prescription d'antibiothérapie ambulatoire ceftriaxone IV en dose unique, avec consultation urologique programmée dans les 15 jours

E

Poser une sonde vésicale simple Ch 16 pour évacuer les urines et donner de l'acide tranexamique IV, la cause étant un adénome de prostate hémorragique

Correction de l’étapeAfficher la réponse

Bonne réponse

C. Reconnaître une hématurie caillotante avec rétention aiguë + anémie sévère + suspicion tumeur vésicale, sonder à 3 voies pour lavages, transfuser, appeler urologue en urgence

Explication pédagogique

Le tableau clinique associe **quatre urgences simultanées** dans l'hématurie macroscopique (EAU 2024, AFU 2023, AUA 2020) : (1) **Rétention aiguë d'urine par caillotage vésical** — globe vésical majeur (dôme dépassant l'ombilic, matité sus-pubienne étendue, douleur intense), impossibilité totale d'uriner depuis 6h, contenu hétérogène de la vessie à l'échographie POCUS (caillots vésicaux volumineux), dilatation pyélocalicielle bilatérale sur obstacle, IRA post-rénale (créatinine 158 pour 82 habituelle) ; (2) **Anémie aiguë sévère** — Hb 6,8 g/dL (perte de 52 % du capital), hypotension relative 95/55 (habituelle 145/85), tachycardie 118, pâleur marquée, extrémités froides, TRC allongé, lactate 2,4, terrain de coronaropathie ; (3) **Hématurie caillotante massive persistante** en cours ; (4) **Suspicion cardinale de tumeur vésicale hémorragique** — homme 68 ans avec **tabagisme 40 PA** (facteur de risque principal du carcinome urothélial vésical, risque × 3-4), nodule prostatique suspect associé au TR imposant un bilan prostatique complémentaire, hématurie indolore initiale évocatrice (« painless macroscopic hematuria » = tumeur urothéliale jusqu'à preuve du contraire). La conduite associe simultanément : (a) **sondage vésical à triple courant (sonde à 3 voies Foley Ch 22 minimum)** pour permettre les **lavages vésicaux continus** au sérum physiologique 0,9 % à 3-6 L/24h — **JAMAIS DE SONDE SIMPLE** qui se boucherait immédiatement par les caillots ; (b) **remplissage vasculaire prudent** (cristalloïdes 500-1000 mL en surveillance rapprochée) et **transfusion de culots globulaires** (2-3 CGR devant Hb 6,8 + coronarien + hypotension + tachycardie — seuil AABB 2023 à 8 g/dL chez coronarien), commande immédiate en concertation avec l'EFS ; (c) **contact urologue en urgence** pour évaluation de la nécessité de cystoscopie en urgence avec extraction chirurgicale des caillots et éventuel traitement hémostatique local (électrocoagulation de la tumeur vésicale hémorragique) ; (d) **bilan étiologique urgent** à programmer après stabilisation : uroscanner à double phase + cystoscopie exploratrice avec biopsies + PSA + IRM prostatique multiparamétrique ; (e) hospitalisation en unité monitorée. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 2

Décision 2

Information clinique

Un interne junior propose : « Je vais poser une sonde simple Ch 16 pour commencer, c'est plus facile à insérer et moins traumatisant, on passera à la 3 voies après si besoin. »

Quel type de sonde et quelle stratégie choisissez-vous ?

A

Cathétérisme sus-pubien d'emblée par ponction hypogastrique aveugle, seul moyen de dériver un globe vésical caillotté sans risque de perforation urétrale mécanique

B

Attendre 6 heures après une simple sonde vésicale par voie basse avant d'envisager la mise en place d'un dispositif plus complexe de lavages vésicaux continus

C

Sonde vésicale de calibre supérieur à Ch 26 pour permettre un débit maximum d'irrigation, quitte à traumatiser l'urètre, la priorité étant l'efficacité mécanique du drainage

D

Sonde vésicale simple Ch 16 en 1ère intention pour éviter les traumatismes urétraux, à remplacer par une sonde à 3 voies uniquement en cas d'obstruction

E

Sonde vésicale à triple courant (3 voies) Foley Ch 22 minimum d'emblée, ballonnet 30-50 mL, lavages continus SSI 0,9 % 3-6 L/24h, débit adapté

Correction de l’étapeAfficher la réponse

Bonne réponse

E. Sonde vésicale à triple courant (3 voies) Foley Ch 22 minimum d'emblée, ballonnet 30-50 mL, lavages continus SSI 0,9 % 3-6 L/24h, débit adapté

Explication pédagogique

La **sonde vésicale à triple courant (3 voies)** est **obligatoire** en cas d'hématurie caillotante (EAU 2024, AFU 2023) : (1) **Structure de la sonde à 3 voies (Foley 3 voies)** — (a) **voie afférente d'irrigation** connectée à une poche de sérum physiologique 0,9 % permettant l'introduction continue de solution de lavage, (b) **voie efférente de drainage** connectée à une poche collectrice à haut débit permettant l'évacuation continue du mélange urine + caillots + irrigation, (c) **voie de gonflage du ballonnet** (30-50 mL) permettant le maintien intra-vésical ; (2) **Calibre** — **minimum Ch 22, idéalement Ch 24 ou Ch 26** — un calibre inférieur (Ch 16-18) se boucherait immédiatement par les caillots ; (3) **Technique de pose** — sondage aseptique, précaution particulière à cause du globe vésical et de la HBP, éventuel guide béquillé (Béniqué) si franchissement difficile, vidange progressive prudente (attention à l'hémorragie a vacuo par décompression trop rapide — vider progressivement 500 mL, clamper 5 min, puis 500 mL de plus, etc. jusqu'à vidange complète) ; (4) **Protocole de lavages continus** — sérum physiologique 0,9 % à **3-6 L/24h** en continu, **adaptation dynamique du débit à la couleur des urines drainées** : rouge sombre voire noire = augmenter le débit ; rose clair = diminuer ; incolore = arrêter progressivement les lavages ; (5) **Surveillance clinique et biologique rapprochée** — couleur des urines drainées (horaire), débit d'irrigation vs débit de drainage (**attention à la rétention iatrogène par irrigation excessive avec drainage insuffisant** = distension vésicale secondaire, rupture possible), Hb et hématocrite (contrôle toutes les 4-6h en phase aiguë), fonction rénale, ionogramme (dilution possible par lavage prolongé), monitorage cardio-respiratoire ; (6) **Alternatives** — **cathétérisme sus-pubien** en cas d'échec du sondage par voie basse (par exemple sténose urétrale infranchissable, prostate obstructive majeure) — à faire sous échoguidage pour éviter les complications, pas en 1ère intention aveugle. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 3

Décision 3

Information clinique

Le patient est stable sous lavages. Le confrère demande : « Maintenant qu'il est vide, on peut attendre demain matin pour l'écho des reins simple et le PSA en consultation externe, non ? Il est sorti de la rétention. »

Quel bilan étiologique programmez-vous ?

A

Attendre le tarissement spontané de l'hématurie sur plusieurs jours avant tout bilan étiologique, la recherche de tumeur pouvant être réalisée en consultation externe programmée

B

Cytologie urinaire seule en 1ère intention comme dépistage systématique de la tumeur urothéliale, examen non invasif suffisant pour poser le diagnostic en présence d'hématurie

C

Uroscanner à double phase (artériel + excrétoire) en urgence différée + cystoscopie exploratrice avec biopsies au bloc opératoire, PSA total, IRM prostatique multiparamétrique

D

IRM abdomino-pelvienne en 1ère intention en urgence, examen le plus complet pour évaluer les tumeurs urologiques, la cystoscopie pouvant être différée à distance sans urgence

E

Simple échographie rénale externe programmée dans les 7-15 jours suffisante pour évaluer les reins et voies excrétrices, la cystoscopie n'étant demandée qu'en cas de récidive

Correction de l’étapeAfficher la réponse

Bonne réponse

C. Uroscanner à double phase (artériel + excrétoire) en urgence différée + cystoscopie exploratrice avec biopsies au bloc opératoire, PSA total, IRM prostatique multiparamétrique

Explication pédagogique

Le **bilan étiologique urgent obligatoire** en cas d'hématurie macroscopique caillotante avec suspicion tumorale associe (EAU 2024, AFU 2023, AUA 2020, NICE 2024) : (1) **Uroscanner à double phase (temps artériel précoce + temps excrétoire tardif)** — **gold standard imagerie** pour le bilan étiologique complet : (a) **temps artériel** — détection des masses rénales (carcinome à cellules rénales, angiomyolipome, kyste atypique), évaluation de la vascularisation, (b) **temps excrétoire tardif à 8-10 min** — visualisation des voies excrétrices supérieures (bassinet, uretère) pour détection des tumeurs urothéliales du haut appareil, (c) **temps portal facultatif** — bilan d'extension abdominale ; à réaliser après stabilisation hémodynamique et transfusion, si possible dans les 24-48h maximum ; (2) **Cystoscopie exploratrice avec biopsies au bloc opératoire** — **gold standard diagnostique** de la tumeur vésicale : sensibilité proche de 100 %, permet visualisation directe des lésions, biopsies systématiques et de zones suspectes, souvent geste **thérapeutique** simultané par résection endoscopique de la lésion causale (RTUV — résection trans-urétrale de vessie), extraction complète des caillots résiduels ; à programmer en urgence différée dans les 48-72h ; (3) **PSA total** — dosage systématique devant nodule prostatique suspect au TR (peut être artificiellement élevé par la rétention aiguë et le sondage — interpréter à distance) ; (4) **IRM prostatique multiparamétrique** — examen de référence pour le bilan d'une lésion prostatique suspecte (score PI-RADS), à programmer à distance après tarissement de l'hématurie ; (5) **Cytologie urinaire** — utile mais **complémentaire** (sensibilité 40-60 % pour les tumeurs de bas grade, 80-90 % pour le haut grade), à envoyer sur 3 mictions consécutives à distance, ne remplace pas la cystoscopie ; (6) **ECBU** avec antibiogramme — à demander systématiquement pour éliminer une composante infectieuse associée ; (7) **Bilan étiologique néphrologique** en cas de doute sur origine glomérulaire (protéinurie associée > 500 mg/24h, cylindres hématiques au sédiment urinaire, autres signes systémiques) — non prioritaire ici (contexte typique urologique tumoral). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 4

Décision 4

Information clinique

Un confrère revient : « L'hématurie continue malgré les lavages. Est-ce qu'on ne devrait pas mettre de l'acide tranexamique (Exacyl) 1 g IV toutes les 8 heures pour arrêter le saignement plus vite ? C'est bien démontré efficace comme antifibrinolytique. »

Quelle est votre attitude devant la proposition d'antifibrinolytiques ?

A

Doubler la dose à 2 g IV toutes les 6 heures pour une efficacité maximale, en association aux lavages continus, sans considération du mécanisme physiopathologique

B

Éviter les antifibrinolytiques en 1ère intention dans l'hématurie tumorale (risque de caillotage vésical majeur), poursuivre les lavages continus, appeler urologue pour hémostase endoscopique

C

Accepter d'emblée la proposition d'acide tranexamique 1 g IV toutes les 8 heures, molécule efficace et sûre en 1ère intention dans toute hématurie macroscopique tumorale

D

Prescrire de la desmopressine IV en 1ère intention comme facteur hémostatique universel, efficace dans toutes les hématuries indépendamment de leur cause et de leur contexte

E

Prescrire de l'aprotinine à la place, molécule antifibrinolytique de choix dans les hématuries urologiques d'origine tumorale résistantes aux traitements standards habituels

Correction de l’étapeAfficher la réponse

Bonne réponse

B. Éviter les antifibrinolytiques en 1ère intention dans l'hématurie tumorale (risque de caillotage vésical majeur), poursuivre les lavages continus, appeler urologue pour hémostase endoscopique

Explication pédagogique

Les **antifibrinolytiques (acide tranexamique, Exacyl) en 1ère intention dans l'hématurie tumorale** sont **contre-indiqués relatifs** et exposent à un **piège majeur** (EAU 2024, AFU 2023) : (1) **Mécanisme du piège** — les antifibrinolytiques bloquent la dissolution des caillots (fibrinolyse) : leur action systémique dans une hématurie tumorale en cours favorise la formation et surtout la **stabilisation des caillots au sein de la vessie** ; les caillots ne se dissolvent plus, ils **grossissent et obstruent** — risque de **caillotage vésical majeur** avec rétention aiguë récidivante malgré les lavages, obstacle mécanique des sondes, aggravation de l'IRA post-rénale ; (2) **Recommandations** — les antifibrinolytiques ne sont **pas recommandés en 1ère intention** dans l'hématurie macroscopique tumorale ; ils peuvent être discutés en 2ème ou 3ème intention en cas d'échec de toutes les mesures conventionnelles (lavages, cystoscopie hémostatique, embolisation), après avis urologique spécialisé et sous surveillance rapprochée ; (3) **Conduite correcte** — (a) **poursuivre les lavages continus** avec adaptation dynamique du débit, (b) **contacter le chirurgien urologue** pour évaluation de la nécessité d'une **cystoscopie en urgence avec hémostase endoscopique** (électrocoagulation de la tumeur hémorragique, extraction des caillots, éventuelle résection partielle de la lésion causale — RTUV), (c) **transfusion adaptée** selon les seuils recommandés, (d) **correction des facteurs aggravants** — arrêt provisoire de l'aspirine (à discuter en concertation avec le cardiologue devant le stent LAD : évaluer risque hémorragique vs risque de thrombose de stent, souvent maintien de l'aspirine à dose minimale en cas de stent récent, arrêt possible pendant 3-5 jours en cas de stent ancien > 12 mois), correction d'une éventuelle anomalie de la coagulation ; (4) **En cas d'hématurie non tumorale** (cystite hémorragique post-cyclophosphamide, radiothérapie, sur AVK surdosé documenté) — les antifibrinolytiques peuvent être discutés en 2ème intention si nécessaire, mais toujours après avis spécialisé ; (5) **Alternatives** — **embolisation artérielle sélective** de l'artère vésicale hypogastrique par radiologie interventionnelle en cas d'hémostase endoscopique impossible ou insuffisante, **instillations vésicales de formaline diluée ou d'alun de potassium** en cas de cystite radique réfractaire, **oxygénothérapie hyperbare** en cas de cystite radique. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 5

Décision 5

Information clinique

Les lavages sont efficaces, sortie plus rose que rouge. Hb de contrôle à H+3 : 6,5 g/dL (baisse persistante). Le confrère demande : « On transfuse combien de culots et à quel seuil ? Est-ce qu'on arrête l'aspirine ou on la maintient pour le stent ? »

Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont correctes ?

A

Prescrire une antibiothérapie prophylactique large spectre par ceftriaxone 2 g IV/j en systématique pour toute hématurie caillotante avec sonde vésicale à demeure, indépendamment de l'ECBU

B

Discuter arrêt provisoire de l'aspirine en concertation avec le cardiologue : maintien à dose minimale si stent récent, arrêt 3-5 jours possible si stent ancien

C

Poursuivre lavages continus avec surveillance rapprochée (couleur urines horaire, débit irrigation vs drainage, Hb toutes 4-6h, ionogramme, fonction rénale, monitorage cardio-respiratoire, EN douleur)

D

Refuser toute transfusion tant que l'hémoglobine reste supérieure à 5 g/dL, seuil universel toléré chez le sujet adulte quel que soit le contexte clinique

E

Transfusion selon AABB 2023 : seuil 8 g/dL chez coronarien — ici Hb 6,5 + coronarien = 2-3 CGR immédiats, contrôle Hb à H+1 post-transfusion

Correction de l’étapeAfficher la réponse

Bonne réponse

B. Discuter arrêt provisoire de l'aspirine en concertation avec le cardiologue : maintien à dose minimale si stent récent, arrêt 3-5 jours possible si stent ancien C. Poursuivre lavages continus avec surveillance rapprochée (couleur urines horaire, débit irrigation vs drainage, Hb toutes 4-6h, ionogramme, fonction rénale, monitorage cardio-respiratoire, EN douleur) E. Transfusion selon AABB 2023 : seuil 8 g/dL chez coronarien — ici Hb 6,5 + coronarien = 2-3 CGR immédiats, contrôle Hb à H+1 post-transfusion

Explication pédagogique

Les mesures associées et la correction hémodynamique associent (AABB 2023, EAU 2024) : (1) **Transfusion de culots globulaires selon AABB 2023** — seuils transfusionnels validés : (a) **Hb < 7 g/dL** chez le sujet stable, (b) **Hb < 8 g/dL** chez le patient **coronarien avéré, en ischémie active, ou en post-opératoire de chirurgie cardiaque** ; ici : Hb 6,5 g/dL + coronaropathie + hypotension + tachycardie = **transfusion immédiate de 2-3 CGR** (concentrés érythrocytaires), **contrôle de l'Hb 1 heure après la fin de la transfusion** (chaque CGR élève l'Hb d'environ 1 g/dL chez l'adulte de 70 kg), poursuite jusqu'à atteinte du seuil recommandé (Hb 8-9 g/dL chez coronarien) ; commande auprès de l'EFS avec bilan pré-transfusionnel complet (groupe RAI de contrôle) ; (2) **Gestion de l'aspirine** — décision **collégiale avec le cardiologue** : (a) si stent récent < 12 mois = **maintien à dose minimale** (bénéfice antithrombotique > risque hémorragique, arrêt exposant à thrombose de stent avec mortalité 30-50 %), (b) si stent ancien > 12 mois = **arrêt possible 3-5 jours** en cas de risque hémorragique majeur avec reprise dès stabilisation ; ici stent LAD ancien (5 ans) sous aspirine seule = arrêt possible transitoire à discuter ; (3) **Poursuite des lavages continus** avec **surveillance rapprochée multiparamétrique** — couleur des urines drainées (horaire, adaptation dynamique du débit), débit d'irrigation vs débit de drainage (attention à la rétention iatrogène), Hb et hématocrite (toutes 4-6h en phase aiguë), fonction rénale (créatinine, ionogramme — dilution possible sur lavages prolongés), monitorage cardio-respiratoire continu, EN douleur, diurèse ; (4) **Correction des facteurs aggravants** — normalisation de l'hémodynamique (remplissage prudent, éviter surcharge), correction d'une éventuelle anomalie de la coagulation, arrêt discuté d'antiagrégants/anticoagulants, oxygénothérapie adaptée à la SpO₂ ; (5) **Hydratation adaptée** — SSI 0,9 % 1,5-2 L/24h pour maintien de la diurèse et lutte contre l'IRA obstructive résiduelle. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 6

Décision 6

Information clinique

Le patient est stable. Un interne junior vous demande : « Est-ce que la prise en charge serait différente dans les autres causes d'hématurie macroscopique — sur une glomérulopathie aiguë, une cystite hémorragique post-cyclophosphamide, ou un patient sous AVK surdosé ? »

Parmi les propositions suivantes concernant les autres étiologies, lesquelles sont correctes ?

A

Cystite hémorragique post-cyclophosphamide : prévention par MESNA et hyperhydratation, traitement par lavages vésicaux, sonde 3 voies, éviction du cyclophosphamide, discussion instillations formaline en 2ème intention

B

Toute hématurie sous anticoagulant est purement liée au médicament et ne nécessite aucune recherche d'anomalie urologique, la simple correction de l'INR suffisant à résoudre

C

Glomérulopathie aiguë (Berger, GN post-strepto, LED) : bilan néphrologique (protéinurie 24h, cylindres hématiques, complément, ANCA, biopsie rénale), traitement étiologique spécifique, pas de sondage vésical systématique

D

Toute hématurie macroscopique quelle qu'en soit la cause impose systématiquement une transfusion massive et une hospitalisation prolongée en réanimation, indépendamment du terrain

E

Hématurie sous AVK surdosé (INR > 5) : arrêt AVK, vitamine K 10 mg IV, PPSB si grave, contrôle INR, recherche cause anatomique associée systématique

Correction de l’étapeAfficher la réponse

Bonne réponse

A. Cystite hémorragique post-cyclophosphamide : prévention par MESNA et hyperhydratation, traitement par lavages vésicaux, sonde 3 voies, éviction du cyclophosphamide, discussion instillations formaline en 2ème intention C. Glomérulopathie aiguë (Berger, GN post-strepto, LED) : bilan néphrologique (protéinurie 24h, cylindres hématiques, complément, ANCA, biopsie rénale), traitement étiologique spécifique, pas de sondage vésical systématique E. Hématurie sous AVK surdosé (INR > 5) : arrêt AVK, vitamine K 10 mg IV, PPSB si grave, contrôle INR, recherche cause anatomique associée systématique

Explication pédagogique

Les autres étiologies d'hématurie macroscopique ont des particularités thérapeutiques spécifiques (EAU 2024, KDIGO 2024 pour glomérulopathies, protocoles cyclophosphamide) : (1) **Glomérulopathie aiguë** — causes : **maladie de Berger (néphropathie à IgA)**, **GN aiguë post-streptococcique**, **LED avec atteinte rénale**, **vascularites (ANCA+, Wegener, PAN)**, syndrome d'Alport (héréditaire, sourdité associée) ; caractéristiques : **hématurie souvent moins abondante, sans caillots** (hématies dysmorphiques au sédiment urinaire), **protéinurie associée > 500 mg/24h**, **cylindres hématiques au sédiment** urinaire (pathognomoniques), HTA parfois, insuffisance rénale d'installation progressive ; **bilan néphrologique** — protéinurie/créatininurie sur miction ou 24h, sédiment urinaire au microscope (recherche cylindres hématiques), complément C3-C4, ANCA, anti-DNA, ANA, cryoglobulines, ASLO si contexte post-infectieux, **biopsie rénale** à discuter pour diagnostic histologique ; **traitement étiologique spécifique** (corticoïdes, immunosuppresseurs selon la cause), **pas de sondage vésical systématique** ; (2) **Cystite hémorragique post-cyclophosphamide** — mécanisme : métabolite toxique **acroléine** irritant l'urothélium vésical ; **prévention obligatoire** lors de l'administration : **MESNA (mercaptoéthane sulfonate) IV** (fixe l'acroléine) + **hyperhydratation** 3 L/24h avec diurèse forcée ; **traitement curatif** : arrêt ou substitution du cyclophosphamide, **lavages vésicaux** au SSI, **sonde à 3 voies** si caillotage, en 2ème intention : **instillations vésicales de formaline diluée à 1-4 %** sous AG (cautérisation chimique de l'urothélium), **alun de potassium** en instillation continue, **oxygénothérapie hyperbare** (efficacité démontrée dans la cystite hémorragique radique et à cyclophosphamide) ; (3) **Hématurie sous AVK surdosé** — critères : INR > 5 avec hématurie active, ou INR thérapeutique mais hématurie sévère ; **traitement** : **arrêt de l'AVK**, **vitamine K IV 10 mg** en perfusion lente (30 min — effet en 4-6h), **PPSB (concentré de complexe prothrombique) 25-50 UI/kg IV** en cas de saignement grave (effet immédiat, à préférer au PFC en 1ère intention), contrôle INR à H+30 min et H+6, reprise de l'AVK ultérieurement selon indication et rapport bénéfice/risque ; **recherche systématique d'une cause anatomique associée** — l'AVK ne cause pas d'hématurie par lui-même, il **révèle** ou **aggrave** une hématurie liée à une cause sous-jacente (tumeur, lithiase, HBP, kyste rénal hémorragique) dans **80 % des cas** — bilan étiologique complet (uroscanner, cystoscopie) obligatoire après correction de la coagulation.

Étape 7

Décision 7

Information clinique

Le bloc opératoire est prêt pour la cystoscopie exploratrice avec extraction des caillots et traitement de la lésion causale. Vous transmettez à l'équipe.

Quelle transmission adressez-vous ?

A

« Une hématurie caillotante à évacuer, à toi »

B

Contact uniquement téléphonique avec l'urologue sans support écrit ni transmission structurée détaillée, la traçabilité étant assurée par le compte rendu final ultérieur

C

« Homme 68 ans, tabagique actif 40 PA non sevré, HTA équilibrée, DT2 sous metformine HbA1c 7,4, coronaropathie stable stentée LAD il y a 5 ans sous aspirine 75 mg/j seule, HBP sans traitement (introduction tamsulosine il y a 3 mois), aucun ATCD urologique majeur ni exposition professionnelle. Admis à 12 h 00 pour hématurie macroscopique caillotante massive évoluant depuis 3 jours (aggravation depuis 24h) avec rétention aiguë d'urine par caillotage vésical depuis 6h, douleur hypogastrique intense, asthénie majeure, sensations vertigineuses. À l'entrée : TA 95/55 (habituelle 145/85), FC 118, GCS 15, pâleur cutanéo-muqueuse marquée, extrémités froides, TRC 4s. Examen : globe vésical énorme dépassant l'ombilic à la palpation, matité sus-pubienne, TR prostate volumineuse asymétrique avec nodule dur du lobe droit suspect. Bilan biologique initial : Hb 6,8 g/dL (habituelle 14,2 — anémie aiguë sévère, perte 52 %), plaquettes 165 000 TP 82 % INR 1,15 (sous aspirine seule), créatinine 158 (habituelle 82 — IRA post-rénale), lactate 2,4, BU hématurie 4+ protéinurie 2+, groupage O Rh+ RAI négatives. Échographie POCUS : vessie volumineusement pleine de caillots hétérogènes, dilatation pyélocalicielle bilatérale sur obstacle vésical. Diagnostic : hématurie macroscopique caillotante avec rétention aiguë par obstacle et anémie aiguë sévère chez homme tabagique — SUSPICION CARDINALE DE TUMEUR VÉSICALE HÉMORRAGIQUE (tabac + hématurie indolore + âge = tumeur urothéliale jusqu'à preuve du contraire). Bundle démarré à 12 h 15 : deux VVP 14 G, monitorage cardio-respiratoire, pose de sonde à 3 voies Foley Ch 24 ballonnet 40 mL par opérateur expérimenté avec vidange progressive prudente par paliers de 500 mL et clampage 5 min (total 1 200 mL urines très hématiques avec caillots évacués), lavages vésicaux continus SSI 0,9 % 4 L/24h adapté à la couleur des urines, transfusion 3 CGR selon AABB 2023 (seuil 8 g/dL chez coronarien avec ischémie potentielle), arrêt provisoire aspirine en concertation téléphonique avec cardiologue de garde (stent ancien 5 ans, reprise J+3-5), PAS d'acide tranexamique (contre-indication relative en hématurie tumorale, risque de caillotage majeur), remplissage prudent SSI 1 L en 2h, oxygénothérapie 2 L/min. Évolution à H+6 : TA stable 118/70, FC 92, Hb 8,6 g/dL post-3 CGR, urines plus roses que rouges sous lavages efficaces, douleur bien améliorée EN 2/10, diurèse reprise ~80 mL/h. Bilan étiologique programmé : uroscanner à double phase (artériel + excrétoire) prévu demain matin après cystoscopie, PSA total dosé au bilan initial en attente, IRM prostatique multiparamétrique programmée à distance après tarissement, ECBU et cytologie urinaire envoyés. Je vous le monte au bloc pour cystoscopie exploratrice en urgence différée avec extraction complète des caillots résiduels et exploration de l'ensemble de la muqueuse vésicale (cartographie systématique), biopsies systématiques et de zones suspectes visualisées, éventuel traitement hémostatique local par électrocoagulation d'une lésion tumorale hémorragique, éventuelle résection endoscopique transurétrale de tumeur vésicale (RTUV) si lésion évidente accessible. Points d'anticipation : reprise saignement per-opératoire (préparation salle de réveil, réserve CGR maintenue, EFS informé), risque de rétention iatrogène par obstruction sonde (surveillance débit drainage vs irrigation stricte), aggravation IRA post-rénale (surveillance créatinine biquotidienne, ionogramme, diurèse), résultats anatomopathologiques dans 5-7 jours orientant la suite (classification TNM, grade, stade — décision RTUV complémentaire vs cystectomie totale vs traitement conservateur selon stade), bilan d'extension à distance si tumeur confirmée (scanner thoraco-abdomino-pelvien, éventuelle IRM pelvienne), reprise aspirine à J+3-5 selon évolution et concertation cardiologique, éducation thérapeutique renforcée sur le sevrage tabagique impératif (facteur de risque principal de récidive et de progression du carcinome urothélial), consultation urologique de suivi rapprochée avec surveillance cystoscopique périodique (à 3, 6, 12 mois puis annuelle selon protocole), dossier ALD à ouvrir. »

D

Attendre 24 heures avant tout transfert au bloc opératoire, la stabilisation complète étant nécessaire avant tout geste chirurgical urgent programmé dans l'après-midi ou le lendemain

E

Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit dans la journée

Correction de l’étapeAfficher la réponse

Bonne réponse

C. « Homme 68 ans, tabagique actif 40 PA non sevré, HTA équilibrée, DT2 sous metformine HbA1c 7,4, coronaropathie stable stentée LAD il y a 5 ans sous aspirine 75 mg/j seule, HBP sans traitement (introduction tamsulosine il y a 3 mois), aucun ATCD urologique majeur ni exposition professionnelle. Admis à 12 h 00 pour hématurie macroscopique caillotante massive évoluant depuis 3 jours (aggravation depuis 24h) avec rétention aiguë d'urine par caillotage vésical depuis 6h, douleur hypogastrique intense, asthénie majeure, sensations vertigineuses. À l'entrée : TA 95/55 (habituelle 145/85), FC 118, GCS 15, pâleur cutanéo-muqueuse marquée, extrémités froides, TRC 4s. Examen : globe vésical énorme dépassant l'ombilic à la palpation, matité sus-pubienne, TR prostate volumineuse asymétrique avec nodule dur du lobe droit suspect. Bilan biologique initial : Hb 6,8 g/dL (habituelle 14,2 — anémie aiguë sévère, perte 52 %), plaquettes 165 000 TP 82 % INR 1,15 (sous aspirine seule), créatinine 158 (habituelle 82 — IRA post-rénale), lactate 2,4, BU hématurie 4+ protéinurie 2+, groupage O Rh+ RAI négatives. Échographie POCUS : vessie volumineusement pleine de caillots hétérogènes, dilatation pyélocalicielle bilatérale sur obstacle vésical. Diagnostic : hématurie macroscopique caillotante avec rétention aiguë par obstacle et anémie aiguë sévère chez homme tabagique — SUSPICION CARDINALE DE TUMEUR VÉSICALE HÉMORRAGIQUE (tabac + hématurie indolore + âge = tumeur urothéliale jusqu'à preuve du contraire). Bundle démarré à 12 h 15 : deux VVP 14 G, monitorage cardio-respiratoire, pose de sonde à 3 voies Foley Ch 24 ballonnet 40 mL par opérateur expérimenté avec vidange progressive prudente par paliers de 500 mL et clampage 5 min (total 1 200 mL urines très hématiques avec caillots évacués), lavages vésicaux continus SSI 0,9 % 4 L/24h adapté à la couleur des urines, transfusion 3 CGR selon AABB 2023 (seuil 8 g/dL chez coronarien avec ischémie potentielle), arrêt provisoire aspirine en concertation téléphonique avec cardiologue de garde (stent ancien 5 ans, reprise J+3-5), PAS d'acide tranexamique (contre-indication relative en hématurie tumorale, risque de caillotage majeur), remplissage prudent SSI 1 L en 2h, oxygénothérapie 2 L/min. Évolution à H+6 : TA stable 118/70, FC 92, Hb 8,6 g/dL post-3 CGR, urines plus roses que rouges sous lavages efficaces, douleur bien améliorée EN 2/10, diurèse reprise ~80 mL/h. Bilan étiologique programmé : uroscanner à double phase (artériel + excrétoire) prévu demain matin après cystoscopie, PSA total dosé au bilan initial en attente, IRM prostatique multiparamétrique programmée à distance après tarissement, ECBU et cytologie urinaire envoyés. Je vous le monte au bloc pour cystoscopie exploratrice en urgence différée avec extraction complète des caillots résiduels et exploration de l'ensemble de la muqueuse vésicale (cartographie systématique), biopsies systématiques et de zones suspectes visualisées, éventuel traitement hémostatique local par électrocoagulation d'une lésion tumorale hémorragique, éventuelle résection endoscopique transurétrale de tumeur vésicale (RTUV) si lésion évidente accessible. Points d'anticipation : reprise saignement per-opératoire (préparation salle de réveil, réserve CGR maintenue, EFS informé), risque de rétention iatrogène par obstruction sonde (surveillance débit drainage vs irrigation stricte), aggravation IRA post-rénale (surveillance créatinine biquotidienne, ionogramme, diurèse), résultats anatomopathologiques dans 5-7 jours orientant la suite (classification TNM, grade, stade — décision RTUV complémentaire vs cystectomie totale vs traitement conservateur selon stade), bilan d'extension à distance si tumeur confirmée (scanner thoraco-abdomino-pelvien, éventuelle IRM pelvienne), reprise aspirine à J+3-5 selon évolution et concertation cardiologique, éducation thérapeutique renforcée sur le sevrage tabagique impératif (facteur de risque principal de récidive et de progression du carcinome urothélial), consultation urologique de suivi rapprochée avec surveillance cystoscopique périodique (à 3, 6, 12 mois puis annuelle selon protocole), dossier ALD à ouvrir. »

Explication pédagogique

La transmission structurée d'une hématurie macroscopique caillotante avec suspicion tumorale comprend : les antécédents précis (comorbidités, coronaropathie sous aspirine, HBP, tabagisme majeur), l'histoire de la maladie avec le contexte (hématurie indolore initiale évocatrice de tumeur), l'examen clinique complet (globe vésical, TR avec nodule prostatique suspect associé), les résultats biologiques (anémie aiguë sévère, IRA post-rénale, coagulation), l'imagerie POCUS (vessie caillotée, dilatation pyélocalicielle), le bundle thérapeutique administré (sonde à 3 voies Ch 24 avec vidange prudente, lavages continus adaptés dynamiquement, transfusion selon AABB, PAS d'antifibrinolytiques, arrêt provisoire aspirine en concertation), l'évolution favorable, la programmation du bilan étiologique (uroscanner, cystoscopie, PSA, IRM prostatique), et les points d'anticipation (reprise saignement, IRA, résultats anapath, stratégie ultérieure, sevrage tabagique, suivi).

Débriefing finalAfficher le débriefing

Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.

Objectifs pédagogiques

  • Reconnaître les **quatre urgences dans l'hématurie macroscopique** : (1) **rétention aiguë d'urine par caillotage vésical** (obstacle mécanique, dilatation pyélocalicielle secondaire, IRA post-rénale), (2) **anémie aiguë sévère** avec instabilité hémodynamique et/ou choc hémorragique, (3) **hématurie sur trouble grave de la coagulation** (AVK surdosé, DOAC, hémophilie), (4) **cystite hémorragique post-iatrogène** (cyclophosphamide, radiothérapie) avec caillotage.

  • Poser en urgence une **sonde vésicale à triple courant (sonde à 3 voies, Foley Ch 22 minimum)** — **JAMAIS de sonde simple** en cas d'hématurie caillotante (elle se bouche immédiatement par les caillots) — pour permettre les **lavages vésicaux continus** au sérum physiologique 0,9 % (dérivation d'irrigation continue via voie afférente + drainage via voie efférente + ballonnet).

  • Effectuer les **lavages vésicaux immédiats** au sérum physiologique 0,9 % à 3-6 L/24h continu, adapter le débit à la couleur des urines (« rouge sombre » → augmenter, « rose clair » → diminuer), avec **surveillance rapprochée** (couleur, débit d'irrigation vs débit de drainage — attention à la **rétention iatrogène par irrigation trop rapide** avec sortie insuffisante).

  • Contacter le **chirurgien urologue en urgence** pour évaluation de la nécessité d'une **cystoscopie en urgence avec extraction chirurgicale des caillots** (« caillotage massif ou lavages inefficaces »), avec éventuel **traitement hémostatique local** (électrocoagulation d'une tumeur vésicale hémorragique découverte, résection endoscopique de la lésion causale).

  • Corriger les **conséquences hémodynamiques** : **transfusion de culots globulaires** selon les recommandations AABB 2023 (seuil transfusionnel Hb 7 g/dL chez le sujet stable, **Hb 8 g/dL chez le coronarien** ou en cas d'ischémie active — ici transfusion indiquée devant Hb 6,8 + coronaropathie + tachycardie + hypotension relative), **remplissage vasculaire** prudent (cristalloïdes 500-1000 mL adapté à la volémie), monitorage rapproché.

  • **Réaliser le bilan étiologique urgent obligatoire** — même après tarissement de l'hématurie : **uroscanner à double phase (temps artériel + temps excrétoire tardif)** en 1ère intention pour bilan complet des voies excrétrices supérieures (tumeur rénale, tumeur des voies excrétrices, lithiase), **cystoscopie exploratrice** avec biopsies au bloc opératoire (gold standard pour la tumeur vésicale — sensibilité proche de 100 %, souvent thérapeutique par résection endoscopique de la lésion), **PSA total** et éventuel bilan prostatique complémentaire (IRM prostatique multiparamétrique) devant le nodule prostatique suspect au TR.

  • Identifier les **facteurs de risque de tumeur urothéliale vésicale** (cause principale d'hématurie macroscopique après 50 ans, à évoquer en priorité chez cet homme tabagique de 68 ans) : **tabagisme actif ou ancien** (risque × 3-4 selon la durée et l'intensité), **exposition professionnelle** aux aminés aromatiques (industrie chimique, colorants, caoutchouc, textile, teinturerie, coiffure), radiothérapie pelvienne, cyclophosphamide, bilharziose (Schistosoma haematobium — endémique dans certaines régions), âge > 50 ans, sexe masculin.

  • Reconnaître les **pièges pratiques** : ne pas donner d'antifibrinolytiques (acide tranexamique/Exacyl) en 1ère intention dans l'hématurie tumorale (risque d'aggraver le caillotage vésical), ne pas différer le bilan étiologique même si le saignement s'arrête (une tumeur peut saigner de façon intermittente), ne pas prescrire de sonde simple, ne pas surestimer la place des antibiotiques (à cibler sur ECBU documenté).

Points clés à retenirAfficher les points clés
  • L'**hématurie macroscopique caillotante** est une **urgence** avec **quatre risques simultanés** à évaluer : (1) **rétention aiguë par caillotage vésical** (globe vésical, IRA post-rénale), (2) **anémie aiguë sévère** (transfusion selon seuils AABB 2023 : Hb 7 g/dL sujet stable, **8 g/dL chez coronarien**), (3) **trouble grave de la coagulation** (AVK surdosé, DOAC, hémophilie — correction spécifique), (4) **cause tumorale sous-jacente** (à évoquer systématiquement chez sujet > 50 ans tabagique).

  • **Sonde vésicale à triple courant (3 voies) Foley Ch 22-24 minimum obligatoire** en cas d'hématurie caillotante — **JAMAIS DE SONDE SIMPLE** (bouchage immédiat par caillots). **Lavages vésicaux continus** au SSI 0,9 % 3-6 L/24h avec **adaptation dynamique du débit** à la couleur des urines. Vidange initiale progressive par paliers pour éviter l'hémorragie a vacuo.

  • **Suspicion de tumeur urothéliale vésicale** systématique chez **homme > 50 ans avec hématurie macroscopique** — surtout si **tabagique** (facteur de risque × 3-4) ou exposition professionnelle (aminés aromatiques). Hématurie indolore initiale évocatrice.

  • **Bilan étiologique urgent obligatoire** — même si le saignement s'arrête : **uroscanner à double phase** (temps artériel + temps excrétoire) en 1ère intention pour l'imagerie complète des voies excrétrices, **cystoscopie exploratrice avec biopsies au bloc opératoire** (gold standard diagnostique + thérapeutique par RTUV), PSA + IRM prostatique multiparamétrique si nodule prostatique suspect au TR.

  • **Pièges cardinaux à éviter** : (a) **sonde simple** en cas de caillotage (bouchage), (b) **antifibrinolytiques (acide tranexamique) en 1ère intention** dans l'hématurie tumorale (risque de caillotage vésical majeur — à réserver en 2ème-3ème intention après avis spécialisé), (c) **bilan étiologique différé** (perte de chance diagnostique — tumeur peut saigner de façon intermittente), (d) **antibiothérapie systématique** en l'absence de documentation infectieuse (à cibler sur ECBU).

  • **Autres étiologies à connaître** : (a) **glomérulopathie aiguë** (Berger, GN post-strepto, LED, vascularites) — bilan néphrologique spécifique, biopsie rénale, pas de sondage systématique, (b) **cystite hémorragique post-cyclophosphamide** — prévention MESNA + hyperhydratation, traitement lavages + sonde 3 voies + instillations formaline en 2ème intention, (c) **hématurie sous AVK surdosé** — arrêt AVK, vitamine K IV, PPSB si sévère, **recherche systématique d'une cause anatomique associée** (présente dans 80 %).

  • **Aspirine chez coronarien** — décision **collégiale avec cardiologue** : maintien à dose minimale si stent récent < 12 mois (thrombose de stent = mortalité 30-50 %), arrêt possible 3-5 jours si stent ancien avec risque hémorragique majeur.