Contenu pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior. Lire l’avertissement médical.

Reflexes Urgences

Cas clinique

État de Mal Épileptique

Neurologie

Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.

Présentation initiale

Il est 03h20 en garde de nuit au Service des Urgences et Médecine de Catastrophe de l'Hôpital Militaire d'Instruction Mohammed V (HMIMV) à Rabat. Le régulateur SAMU annonce l'arrivée dans 5 minutes d'un homme de 32 ans en état de mal convulsif persistant.

**Identité et contexte social.** M. Rachid B., 32 ans, ouvrier bâtiment, marié, deux enfants âgés de 4 et 7 ans, résidant à Yacoub El Mansour (Rabat). Amené par le SAMU depuis son domicile où son épouse a alerté après avoir observé sa 3ème crise convulsive tonico-clonique généralisée en 45 minutes, sans reprise de conscience entre les crises.

**Antécédents.** - Épilepsie idiopathique généralisée diagnostiquée à 15 ans (EEG initial : pointes-ondes 3 Hz avec généralisation secondaire, IRM cérébrale normale) - Suivi neurologique interrompu depuis 6 mois pour difficultés d'accès (perte de couverture RAMED en cours de renouvellement) - Traitement de fond : valproate de sodium 1000 mg × 2/j + lévétiracétam 1000 mg × 2/j - Rupture thérapeutique complète documentée depuis 3 semaines (ordonnance non renouvelée, plaquettes de médicaments épuisées, épouse formelle sur ce point) - Pas d'antécédent chirurgical, pas de traumatisme crânien - Non fumeur, pas de consommation d'alcool, pas de toxique connu - Pas d'allergie médicamenteuse connue

**Histoire de la maladie (recueil auprès de l'épouse par téléphone durant le transport).** - J-3 : apparition d'une fièvre à 38,5°C avec brûlures mictionnelles et dysurie, sans autre symptôme - Auto-médication paracétamol 1 g × 3/j sans consultation médicale (moyens financiers limités) - 02h00 (H-1h20) : 1ère crise tonico-clonique généralisée à domicile, durée 3 min, post-critique de 5 min avec confusion résiduelle - 02h20 (H-1h) : 2ème crise tonico-clonique généralisée, l'épouse appelle le SAMU - 02h35 (H-45 min) : arrivée SAMU au domicile, GCS 8 post-critique, 3ème crise tonico-clonique démarrant pendant la prise en charge - 02h40 (H-40 min) : diazépam 5 mg IV × 2 doses successives à 5 min d'intervalle en pré-hospitalier (dose cumulée totale 10 mg - sous-dosage documenté selon guidelines actuelles) - 02h55 (H-25 min) : transfert vers HMIMV, activité convulsive persistante durant tout le transport - 03h20 (H0) : arrivée aux urgences avec activité tonico-clonique généralisée continue

**Examen clinique à l'arrivée (03h22).** - Crise tonico-clonique généralisée continue en cours au moment de l'admission - Fréquence cardiaque 138/min, TA 168/95 mmHg, SpO2 88% en air ambiant, T 38,7°C, FR 32/min - GCS non évaluable pendant la crise (Y1 pendant la crise) - Encombrement bronchique majeur avec sécrétions abondantes - Morsure latérale gauche de langue avec saignement modéré - Émission d'urines dans les vêtements - Cyanose péribuccale débutante - Pas de signe de traumatisme crânien - Fosses lombaires sensibles bilatéralement, plutôt à droite

**Prise en charge immédiate déjà instaurée à l'arrivée.** - Décubitus dorsal, tête latéralisée, canule de Guédel en place - Aspiration bronchique - Oxygène 15 L/min au masque à haute concentration - Monitoring cardio-tensionnel + SpO2 + capnographie - Voie veineuse périphérique 18G au pli du coude gauche fonctionnelle - 2ème voie veineuse périphérique 20G avant-bras droit posée - Glycémie capillaire immédiate : 1,42 g/L (normale)

**Bilan biologique en cours (résultats attendus à H+30 min).** - NFS-plaquettes, ionogramme sanguin, urée, créatinine, calcémie, magnésémie, phosphorémie - Gaz du sang artériel avec lactate - CPK, troponine, ASAT/ALAT, LDH, bilirubine - Bilan de coagulation (TP, TCA, fibrinogène) - Dosages plasmatiques valproate et lévétiracétam (résultats à H+2 environ) - ECBU en cours de prélèvement - Hémocultures × 2 - CRP, procalcitonine

**ECG 12 dérivations à réaliser dès la fin de la crise.**

**Diagnostic retenu à l'entrée.** État de mal épileptique convulsif tonico-clonique généralisé (durée totale des crises > 45 min sans reprise de conscience, définition ILAE 2015 t1 dépassé, t2 en cours d'être dépassé), chez patient épileptique idiopathique connu en rupture thérapeutique depuis 3 semaines, avec facteur déclenchant probable d'origine infectieuse urinaire fébrile.

**Objectifs thérapeutiques.** 1. Arrêter les crises convulsives en moins de 20 minutes (avant dépassement définitif du seuil t2 ILAE 2015 = 30 min) 2. Sécuriser les voies aériennes et l'oxygénation 3. Identifier et traiter la ou les causes déclenchantes (infection urinaire probable) 4. Prévenir l'évolution vers un état de mal réfractaire, super-réfractaire, et vers les complications systémiques (rhabdomyolyse, pneumopathie d'inhalation, œdème cérébral) 5. Assurer un transfert sécurisé en réanimation médicale avec transmission structurée

Étape 1

Décision 1

Information clinique

Un homme de 32 ans épileptique connu en rupture thérapeutique arrive aux urgences après 45 minutes de crise convulsive tonico-clonique continue, malgré 2 injections de diazépam 5 mg IV administrées en pré-hospitalier par le SAMU. À l'arrivée : crise en cours, SpO2 88 % en air ambiant, glycémie capillaire 1,42 g/L, deux voies veineuses fonctionnelles.

Chef, on refait du diazépam ou on passe à autre chose ? Le SAMU en a déjà donné deux fois.

A

Attendre 10 minutes supplémentaires pour évaluer l'effet cumulatif des deux injections de diazépam pré-hospitalier avant tout nouveau traitement, surveiller la SpO2

B

Débuter directement le lévétiracétam 60 mg/kg IV en 10 minutes sans renouveler les benzodiazépines déjà administrées en pré-hospitalier à dose insuffisante

C

Intuber en séquence rapide avec étomidate et succinylcholine avant tout autre traitement pour sécuriser d'emblée les voies aériennes du patient

D

Confirmer le diagnostic d'EME convulsif, sécuriser voies aériennes, oxygène 15 L/min, moniteur, injecter clonazépam 1 mg IV ou midazolam 10 mg IV maintenant

E

Renouveler immédiatement un bolus de diazépam 5 mg IV et attendre 5 minutes avant d'envisager la seconde ligne antiépileptique

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Bonne réponse

D. Confirmer le diagnostic d'EME convulsif, sécuriser voies aériennes, oxygène 15 L/min, moniteur, injecter clonazépam 1 mg IV ou midazolam 10 mg IV maintenant

Explication pédagogique

Il s'agit d'un état de mal épileptique convulsif confirmé selon la définition opérationnelle ILAE 2015 (Trinka 2015), très largement au-delà du seuil t1 = 5 min et proche voire au-delà du seuil t2 = 30 min qui expose à un dommage neuronal irréversible. La conduite immédiate suit le protocole étagé recommandé par les guidelines de la Neurocritical Care Society (Brophy 2012), les recommandations françaises SFMU/SRLF 2020 (Outin) et l'AES 2016 (Glauser).

La séquence correcte est simultanée : sécurisation des voies aériennes en décubitus latéral avec canule de Guédel et aspiration, oxygénothérapie à 15 L/min au masque à haute concentration, monitoring cardio-tensionnel et de la SpO2, dosage glycémique capillaire (déjà réalisé et normal), et administration immédiate d'une benzodiazépine à dose adulte adéquate. Le clonazépam 1 mg IV lent (à répéter une fois si besoin après 5 min) est le plus utilisé en France et en médecine d'urgence marocaine, avec une durée d'action supérieure au diazépam. Le midazolam 10 mg IV ou IM (RAMPART 2012, Silbergleit) est une alternative recommandée particulièrement pertinente en l'absence de voie veineuse rapide.

Le point cardinal est que les 2 doses de diazépam 5 mg IV administrées en pré-hospitalier sont manifestement insuffisantes pour un adulte de 32 ans en état de mal établi. La dose adulte recommandée est de 10 mg de diazépam IV en dose unique, 10 mg de midazolam IM, ou 4 mg de lorazépam IV (Silbergleit 2012, Glauser 2016). L'échec apparent de la 1ère ligne benzodiazépine dans la plupart des séries publiées correspond en réalité à un sous-dosage documenté, non à une véritable résistance pharmacologique. Une injection supplémentaire de benzodiazépine à dose adéquate est donc parfaitement légitime avant toute escalade thérapeutique.

Étape 2

Décision 2

Information clinique

À H+3 après clonazépam 1 mg IV, la crise s'est arrêtée cliniquement. Le patient reste comateux GCS 6 (Y1 V1 M4). SpO2 92 % sous O2 15 L/min, TA 145/85 mmHg, FC 118/min, T 38,7°C, glycémie capillaire 1,42 g/L déjà connue. Le bilan biologique initial est en cours d'analyse.

La glycémie est à 1,42. On a fait ionogramme et calcémie, tout arrive. Quels examens complémentaires en urgence tu veux ?

A

Réaliser d'emblée une ponction lombaire diagnostique avant tout autre examen pour éliminer une méningo-encéphalite bactérienne compte tenu de la fièvre

B

Prescrire une IRM cérébrale en urgence avec séquences de diffusion pour éliminer un AVC ischémique bilatéral responsable de l'état de mal épileptique convulsif

C

Attendre les résultats du bilan biologique initial avant tout autre examen, réaliser l'imagerie cérébrale uniquement si absence de réveil dans les 6 heures

D

Compléter avec ionogramme, calcémie, magnésémie, gaz du sang, lactate, CPK, hémocultures, ECBU, dosages valproate/lévétiracétam, ECG, scanner cérébral sans injection

E

Rechercher un toxique par bilan urinaire de dépistage large avant toute imagerie car l'intoxication est la cause la plus fréquente d'EME chez l'adulte jeune

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Bonne réponse

D. Compléter avec ionogramme, calcémie, magnésémie, gaz du sang, lactate, CPK, hémocultures, ECBU, dosages valproate/lévétiracétam, ECG, scanner cérébral sans injection

Explication pédagogique

Le bilan étiologique complet et hiérarchisé est fondamental pour identifier une cause déclenchante corrigible et adapter la stratégie thérapeutique. Les recommandations SFMU/SRLF 2020 (Outin) et Neurocritical Care 2012 (Brophy) définissent un bilan minimum comprenant : glycémie capillaire (déjà faite), ionogramme sanguin complet, calcémie et calcium ionisé, magnésémie, phosphorémie, urée-créatinine, gaz du sang artériel avec lactate, CPK (rhabdomyolyse), NFS-plaquettes, bilan hépatique, coagulation, hémocultures, ECBU, dosages plasmatiques des antiépileptiques de fond, ECG 12 dérivations, et scanner cérébral sans injection en urgence.

Chez ce patient épileptique connu, plusieurs pistes étiologiques doivent être explorées simultanément : la rupture thérapeutique documentée (dosages plasmatiques valproate et lévétiracétam attendus effondrés voire indétectables), l'infection urinaire haute fébrile probable (contexte, ECBU, hémocultures), une éventuelle méningo-encéphalite associée (fièvre, à discuter selon évolution), un désordre métabolique associé (ionogramme, calcémie, magnésémie), une atteinte structurelle nouvelle (scanner cérébral sans injection, cf hémorragie, lésion expansive, engagement).

Le scanner cérébral sans injection est réalisable dès l'arrêt clinique de la crise, permet d'éliminer une hémorragie intracrânienne, un processus expansif ou un œdème massif contre-indiquant une éventuelle ponction lombaire ultérieure, et reste préféré à l'IRM en 1ère intention pour sa rapidité, sa disponibilité en garde et sa moindre exigence de coopération du patient.

Étape 3

Décision 3

Information clinique

À H+20, malgré clonazépam 2 mg IV cumulés à dose adulte adéquate, la crise tonico-clonique reprend en salle. Voies aériennes toujours sécurisées, deux voies veineuses fonctionnelles, monitoring en place. Vous êtes en échec de 1ère ligne, sans facteur d'aggravation métabolique détecté. Le patient présente donc bien un état de mal réfractaire aux benzodiazépines.

On passe à la deuxième ligne. Qu'est-ce que tu choisis pour ce patient ?

A

Passer directement à l'anesthésie générale par midazolam en perfusion continue sans passer par une seconde ligne antiépileptique pour gagner du temps sur la réfractarité

B

Perfuser fosphénytoïne 20 mg EP/kg IV en 15 minutes sous scope, obligatoire en 1ère intention car supérieure au lévétiracétam et au valproate selon ESETT

C

Injecter phénobarbital 15 mg/kg IV en 20 minutes seul, car meilleur niveau de preuve historique pour l'état de mal réfractaire aux benzodiazépines

D

Renouveler une 3ème injection de clonazépam 1 mg IV avant tout antiépileptique de 2ème ligne car les benzodiazépines restent le pilier après échec initial

E

Administrer lévétiracétam 60 mg/kg IV en 10 minutes ou valproate 40 mg/kg IV en 5 minutes, équivalents selon ESETT 2019, choix selon terrain et disponibilité

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Bonne réponse

E. Administrer lévétiracétam 60 mg/kg IV en 10 minutes ou valproate 40 mg/kg IV en 5 minutes, équivalents selon ESETT 2019, choix selon terrain et disponibilité

Explication pédagogique

L'étude ESETT (Established Status Epilepticus Treatment Trial, Kapur NEJM 2019) est l'essai randomisé de référence qui a comparé lévétiracétam, valproate et fosphénytoïne dans l'état de mal établi réfractaire aux benzodiazépines. Les trois molécules se sont révélées équivalentes en efficacité (arrêt clinique des crises et amélioration de la conscience à 60 min : environ 47 % pour le lévétiracétam, 45 % pour le valproate, 45 % pour la fosphénytoïne), et équivalentes en tolérance globale. Le choix se fait donc désormais selon le terrain du patient, la disponibilité de la molécule, la voie et la vitesse d'administration, et les habitudes du service.

Chez ce patient de 32 ans, ouvrier, sans antécédent cardiaque, en rupture thérapeutique de valproate + lévétiracétam, plusieurs options sont défendables : - Reprise du valproate 40 mg/kg IV en 5 minutes (max 3000 mg) : intérêt de la reprise du traitement habituel, action rapide, bien toléré. À éviter chez la femme en âge de procréer sans contraception (tératogène) et en cas de suspicion de maladie mitochondriale. - Reprise du lévétiracétam 60 mg/kg IV en 10 minutes (max 4500 mg) : molécule très bien tolérée sur le plan cardio-hémodynamique, pas d'interaction pharmacocinétique majeure, action rapide, également traitement habituel du patient. - Fosphénytoïne 20 mg EP/kg IV en 15 min sous scope avec monitoring cardiaque continu (bradycardie, hypotension, allongement du QT). Alternative valide mais moins bien tolérée sur le plan cardiovasculaire.

La reprise à dose de charge des molécules habituelles du patient est particulièrement pertinente ici puisqu'elle traite simultanément l'état de mal et corrige la rupture thérapeutique documentée.

Position émergente 2023-2025 sur la kétamine. Plusieurs données récentes (Scheppke Crit Care Explor 2024, Kimmons Neurocrit Care 2024, Adhikari Neurol Res Pract 2024, Finney Prehosp Emerg Care 2025) valident la kétamine 100 mg IV bolus lent (ou 3 mg/kg IM en pré-hospitalier) comme option de rescue précoce chez le patient résistant aux benzodiazépines, avant même l'anesthésie générale. Elle n'a pas encore intégré les guidelines formelles (AES 2016, NCS 2012, SFMU/SRLF 2020) mais elle est proposée par plusieurs sociétés savantes (ACEP 2026, EmCrit 2024-2025) comme adjuvant à la 2ème ligne classique, particulièrement chez le patient hémodynamiquement fragile. Chez notre patient stable hémodynamiquement à ce stade, la 2ème ligne classique reste le premier choix.

Étape 4

Décision 4

Information clinique

À H+50, malgré lévétiracétam 60 mg/kg IV administré en 10 min, la crise a repris à H+45. Le patient est à sa 5ème crise depuis l'admission. Voies aériennes toujours sécurisées mais SpO2 en baisse à 87 %. Vous êtes en EME réfractaire confirmé (échec BZD à dose adéquate + échec 2ème ligne).

OK, il est réfractaire. Quel anesthésique on démarre, et à quelle dose ?

A

Injecter propofol 3 mg/kg IV en bolus unique sans relais continu, sans intubation, sans EEG, réévaluation clinique dans 30 minutes après le bolus

B

Diazépam 40 mg IV en bolus itératifs toutes 10 minutes jusqu'à arrêt clinique des crises, sans intubation ni EEG, sous surveillance simple

C

Intuber en séquence rapide, débuter midazolam bolus 0,2 mg/kg puis 0,05-2 mg/kg/h continu, transfert réanimation avec EEG continu, objectif suppression des crises voire burst-suppression

D

Poursuivre lévétiracétam à dose doublée 120 mg/kg IV en 20 minutes avant l'anesthésie générale car la réfractarité impose la double dose

E

Prescrire phénobarbital 20 mg/kg IV puis entretien 100 mg toutes 8 heures sans anesthésie générale car équivalent au midazolam en efficacité

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Bonne réponse

C. Intuber en séquence rapide, débuter midazolam bolus 0,2 mg/kg puis 0,05-2 mg/kg/h continu, transfert réanimation avec EEG continu, objectif suppression des crises voire burst-suppression

Explication pédagogique

L'état de mal réfractaire est défini par l'échec conjoint des benzodiazépines à dose adéquate et d'au moins un antiépileptique de 2ème ligne à dose de charge complète. Il concerne 30 à 40 % des EME et impose l'anesthésie générale sous intubation orotrachéale et EEG continu (recommandations NCS 2012 Brophy, AES 2016 Glauser, SFMU/SRLF 2020 Outin).

Le midazolam en perfusion continue est la molécule anesthésique la plus utilisée en 1ère intention dans l'EME réfractaire, du fait de sa maniabilité, de sa titration facile, de sa faible toxicité systémique et de son profil pharmacocinétique adapté. Le protocole standard est : bolus de 0,2 mg/kg IV puis perfusion continue démarrée à 0,05-0,1 mg/kg/h avec titration croissante possible jusqu'à 2 mg/kg/h selon la réponse EEG. Le propofol (2 mg/kg bolus puis 2-5 mg/kg/h) est une alternative valide, avec une action très rapide et un réveil rapide, mais expose au syndrome de perfusion du propofol (Propofol Infusion Syndrome, PRIS) pour des posologies > 5 mg/kg/h maintenues au-delà de 24-48 h. Le thiopental (barbiturique) est réservé aux échecs des deux premières lignes anesthésiques.

La kétamine (antagoniste NMDA) est une 4ème option anesthésique aujourd'hui validée par de nombreuses données récentes (Adhikari Neurol Res Pract 2024 - revue systématique de 19 études sur SRSE, Scheppke Crit Care Explor 2024, Kimmons Neurocrit Care 2024). Protocole : bolus 100 mg IV lent (ou 2 mg/kg) puis perfusion continue 1-5 mg/kg/h avec titration selon EEG. Elle présente trois avantages majeurs : action rapide, stabilité hémodynamique voire effet vasopresseur endogène (particulièrement intéressant chez le patient en défaillance hémodynamique ou sous amines), et mécanisme d'action complémentaire (blocage NMDA en aval du GABA, particulièrement pertinent après échec des molécules GABAergiques). Elle constitue une option de choix en cas d'instabilité hémodynamique, d'utilisation prolongée avec risque de PRIS sur propofol, ou d'EME super-réfractaire.

L'objectif thérapeutique est double : d'abord la suppression clinique et électrique complète des crises, puis idéalement le maintien d'un tracé EEG en burst-suppression pendant au moins 24 heures (voire 48 heures selon les équipes) avant tentative de sevrage progressif. L'EEG continu est indispensable pour vérifier l'absence de crise infra-clinique persistante (état de mal non convulsif sous anesthésie) et pour guider la titration.

L'intubation orotrachéale est obligatoire dès l'introduction de l'anesthésique. Le transfert en réanimation médicale est immédiat, avec transmission structurée à l'équipe d'aval.

Étape 5

Décision 5

Information clinique

À H+3 h après induction de l'anesthésie générale, le patient est stabilisé sous midazolam continu 0,1 mg/kg/h + intubation orotrachéale + ventilation mécanique. L'EEG continu ne montre plus d'activité paroxystique. En attendant la place en réanimation médicale, vous préparez le dossier et formez l'équipe soignante.

Chef, il y a plusieurs choses que je veux vérifier. Parmi les propositions, lesquelles sont vraies ?

A

L'EME non convulsif (NCSE) persiste chez environ 20% des patients en apparente résolution clinique après un EME convulsif, justifiant un EEG systématique avant sortie

B

Le syndrome de perfusion du propofol impose de limiter à 5 mg/kg/h et de surveiller CPK, lactate, triglycérides, pH, kaliémie pour dépistage précoce

C

La phénytoïne peut être administrée sans monitoring cardiaque continu à la vitesse maximale de 100 mg/min car les effets cardiovasculaires graves n'apparaissent qu'après 30 mg/kg

D

Le sulfate de magnésium 4 g IV en bolus, traitement de 1ère intention systématique de tout EME convulsif adulte, indépendamment du contexte étiologique

E

La glycémie capillaire doit être vérifiée dès la 1ère minute chez tout patient en crise convulsive, avant l'injection de benzodiazépine, risque hypoglycémie causale

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Bonne réponse

A. L'EME non convulsif (NCSE) persiste chez environ 20% des patients en apparente résolution clinique après un EME convulsif, justifiant un EEG systématique avant sortie B. Le syndrome de perfusion du propofol impose de limiter à 5 mg/kg/h et de surveiller CPK, lactate, triglycérides, pH, kaliémie pour dépistage précoce E. La glycémie capillaire doit être vérifiée dès la 1ère minute chez tout patient en crise convulsive, avant l'injection de benzodiazépine, risque hypoglycémie causale

Explication pédagogique

**A. Glycémie capillaire immédiate.** La règle mnémotechnique « no seizure without glucose » est cardinale et enseignée par toutes les recommandations. L'hypoglycémie est une cause fréquente et parfaitement réversible de crise convulsive et d'état de mal. Un simple dosage capillaire de 30 secondes en salle de déchocage peut orienter vers un resucrage immédiat par G30 % 40-60 mL IV bolus qui interrompt la crise sans autre intervention. La dérive vers l'EME convulsif prolongé chez un hypoglycémique méconnu expose à une souffrance neuronale évitable et à des séquelles graves.

**C. NCSE persistant chez 20 %.** L'état de mal non convulsif (NCSE) est une des situations les plus sous-diagnostiquées en médecine d'urgence. Chez un patient apparemment stabilisé cliniquement après un EME convulsif, l'EEG révèle un NCSE persistant dans 15-30 % des cas selon les séries (Brophy 2012). La présentation est trompeuse : troubles de conscience persistants attribués à tort au post-critique ou à la sédation, sans manifestation motrice évidente. L'EEG systématique avant décision de sortie ou d'allègement thérapeutique est fondamental. En pratique, tout patient qui ne se réveille pas dans les 30-60 minutes suivant l'arrêt clinique des crises doit avoir un EEG en urgence.

**D. Syndrome de perfusion du propofol.** Le syndrome de perfusion du propofol (Propofol Infusion Syndrome, PRIS) est une complication rare mais gravissime (mortalité 30-80 %) de l'utilisation prolongée du propofol à forte dose. Il associe rhabdomyolyse (CPK très élevées), acidose métabolique lactique, hyperkaliémie, hypertriglycéridémie, insuffisance cardiaque et défaillance multiviscérale. Il survient typiquement pour des posologies > 5 mg/kg/h maintenues au-delà de 24-48 h. La prévention repose sur la limitation posologique (≤ 5 mg/kg/h autant que possible), la surveillance rigoureuse (CPK, lactate, triglycérides, gaz du sang, kaliémie toutes les 6-12 heures), et le relais rapide par une autre molécule si utilisation prolongée nécessaire.

Étape 6

Décision 6

Information clinique

À H+3 h 30, le patient est stabilisé en attente de transfert en réanimation médicale. Vous profitez du délai pour former l'interne aux diagnostics différentiels et aux situations spécifiques d'EME nécessitant un traitement particulier.

Concernant les autres formes d'EME et leurs particularités thérapeutiques, lesquelles sont exactes ?

A

Devant un EME chez femme enceinte ou en post-partum jusqu'à 6 semaines, évoquer l'éclampsie en priorité et administrer sulfate de magnésium 4 g IV empiriquement

B

En cas d'EME sur intoxication à l'isoniazide (antituberculeux fréquent au Maroc), la pyridoxine (vitamine B6) IV équimolaire est le traitement spécifique

C

L'EME du sevrage alcoolique justifie l'introduction immédiate de phénytoïne 20 mg/kg IV en 1ère intention avant les benzodiazépines car il résiste totalement à celles-ci

D

Le syndrome FIRES impose une antibiothérapie probabiliste avant tout autre traitement car son étiologie infectieuse bactérienne est démontrée dans 100% des cas

E

L'EME non convulsif chez le sujet âgé confus ou comateux inexpliqué justifie un EEG systématique en urgence, seul examen diagnostique devant signes discrets

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A. Devant un EME chez femme enceinte ou en post-partum jusqu'à 6 semaines, évoquer l'éclampsie en priorité et administrer sulfate de magnésium 4 g IV empiriquement B. En cas d'EME sur intoxication à l'isoniazide (antituberculeux fréquent au Maroc), la pyridoxine (vitamine B6) IV équimolaire est le traitement spécifique E. L'EME non convulsif chez le sujet âgé confus ou comateux inexpliqué justifie un EEG systématique en urgence, seul examen diagnostique devant signes discrets

Explication pédagogique

**B. EME de la femme enceinte ou en post-partum : penser à l'éclampsie.** Devant toute crise convulsive chez une femme enceinte au-delà de 20 SA ou en post-partum jusqu'à 6 semaines, l'éclampsie doit être évoquée en priorité absolue, y compris en l'absence de pré-éclampsie connue (formes inaugurales). Le sulfate de magnésium 4 g IV en 20 minutes puis 1 g/h en perfusion continue (recommandations OMS/FIGO/ACOG/CNGOF-SFAR 2022) est le traitement spécifique de 1ère intention, à administrer empiriquement dès la suspicion sans attendre la confirmation biologique. Les benzodiazépines restent utiles en complément pour arrêter la crise. Le sulfate de magnésium n'est pas un antiépileptique classique : il agit comme antagoniste des récepteurs NMDA et vasodilatateur cérébral, avec un mécanisme d'action spécifique à l'éclampsie.

**C. EME sur intoxication à l'isoniazide : pyridoxine (vitamine B6).** L'isoniazide (INH) est un antituberculeux largement prescrit au Maroc dans le cadre de la tuberculose endémique. Son intoxication (surdosage volontaire, erreur thérapeutique, ingestion accidentelle) provoque un état de mal épileptique typiquement résistant aux benzodiazépines et aux antiépileptiques de 2ème ligne, par inhibition de la synthèse du GABA via déplétion en pyridoxal-phosphate (forme active de la vitamine B6). Le traitement spécifique est la pyridoxine IV à dose équimolaire à la dose d'isoniazide ingérée (1 g de pyridoxine pour 1 g d'INH), soit en pratique 5 g IV en bolus si dose ingérée inconnue, à renouveler jusqu'à contrôle des crises. Ce piège est majeur au Maroc : tout EME résistant chez un patient tuberculeux ou en contact avec un patient tuberculeux doit faire évoquer cette étiologie.

**D. NCSE chez le sujet âgé.** L'état de mal non convulsif est une cause fréquente et sous-diagnostiquée de confusion ou coma inexpliqué chez le sujet âgé aux urgences. La présentation clinique est très discrète : troubles de conscience fluctuants, confusion, mutisme, automatismes moteurs frustes, parfois nystagmus ou myoclonies discrètes. L'EEG est le seul examen permettant le diagnostic (pointes-ondes continues, décharges rythmiques focales, activité delta rythmique). Devant tout sujet âgé confus ou comateux sans étiologie évidente, l'EEG en urgence est fondamental. Le traitement combine benzodiazépines à dose adaptée au terrain (attention aux effets indésirables cognitifs et respiratoires du sujet âgé) et antiépileptique de 2ème ligne (lévétiracétam préféré, valproate à éviter chez sujet âgé souvent polymédiqué).

Étape 7

Décision 7

Information clinique

À H+4 h, la place en réanimation médicale est disponible. Le patient est stabilisé sous midazolam continu 0,1 mg/kg/h + intubation orotrachéale + FiO2 40 %. Le réanimateur d'accueil vous demande la transmission au téléphone.

OK, tu prends la transmission. Quelle formulation retiens-tu ?

A

« Je vous appelle pour un patient épileptique en crise, il faut le prendre en réanimation. »

B

« Un patient jeune fait des crises épileptiques, on l'a mis sous midazolam. »

C

« Le patient est en EME réfractaire au lévétiracétam sous midazolam, à transférer. »

D

« État de mal épileptique convulsif chez épileptique connu, intubé et sédaté, il est stable. »

E

Formulation SBAR complète : « S (Situation) : Docteur, Dr X des urgences HMIMV, je vous appelle pour transfert en réanimation médicale de M. Rachid B., 32 ans, en état de mal épileptique convulsif réfractaire aux benzodiazépines et au lévétiracétam, actuellement intubé sous midazolam continu. B (Background) : Épileptique idiopathique connu depuis 15 ans, traité par valproate 2 g/j + lévétiracétam 2 g/j, en rupture thérapeutique documentée depuis 3 semaines pour difficultés d'accès aux ordonnances (RAMED en renouvellement). Antécédents : aucun autre. Facteur déclenchant : pyélonéphrite obstructive droite fébrile à 38,7°C évoluant depuis 3 jours, dilatation pyélocalicielle 10 mm au scanner, calcul suspect du bas uretère, ECBU en cours, hémocultures prélevées. A (Assessment) : Arrivée à H0 en crise TCG continue depuis 45 min malgré diazépam 10 mg IV pré-hospitalier sous-dosé. Clonazépam 2 mg IV cumulés à dose adéquate à H0 puis lévétiracétam 60 mg/kg IV en 10 min à H+20 sans arrêt durable des crises. Réfractaire confirmé à H+45. Intubation en séquence rapide à H+50 par étomidate 20 mg + succinylcholine 100 mg. Midazolam bolus 15 mg puis 0,1 mg/kg/h continu. Arrêt des crises cliniques et EEG sous sédation, pas encore de burst-suppression. Ventilation mécanique volume contrôlé FiO2 40 % PEP 5, SpO2 98 %. Hémodynamique TA 118/65 sans amines. Bilan : glycémie 1,42, ionogramme et calcémie normaux, CPK 850, gaz du sang pH 7,28 lactate 3,2. Ceftriaxone 2 g IV démarrée. Scanner cérébral sans injection normal, pas d'IRM en urgence. R (Recommendation) : Transfert immédiat en réanimation médicale sous midazolam continu, EEG continu 24 h avec objectif burst-suppression, réévaluation sédation à H+24, reprise progressive valproate et lévétiracétam PO/SNG dès stabilisation, poursuite ceftriaxone 2 g/j en attente ECBU, drainage urétéral par sonde JJ à discuter en urologie, dépistage complications (rhabdomyolyse, pneumopathie inhalation), consultation neurologique H+24, information épouse faite. Départ dans 15 minutes avec brancardier et médecin, Ambu et scope prêts. »

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E. Formulation SBAR complète : « S (Situation) : Docteur, Dr X des urgences HMIMV, je vous appelle pour transfert en réanimation médicale de M. Rachid B., 32 ans, en état de mal épileptique convulsif réfractaire aux benzodiazépines et au lévétiracétam, actuellement intubé sous midazolam continu. B (Background) : Épileptique idiopathique connu depuis 15 ans, traité par valproate 2 g/j + lévétiracétam 2 g/j, en rupture thérapeutique documentée depuis 3 semaines pour difficultés d'accès aux ordonnances (RAMED en renouvellement). Antécédents : aucun autre. Facteur déclenchant : pyélonéphrite obstructive droite fébrile à 38,7°C évoluant depuis 3 jours, dilatation pyélocalicielle 10 mm au scanner, calcul suspect du bas uretère, ECBU en cours, hémocultures prélevées. A (Assessment) : Arrivée à H0 en crise TCG continue depuis 45 min malgré diazépam 10 mg IV pré-hospitalier sous-dosé. Clonazépam 2 mg IV cumulés à dose adéquate à H0 puis lévétiracétam 60 mg/kg IV en 10 min à H+20 sans arrêt durable des crises. Réfractaire confirmé à H+45. Intubation en séquence rapide à H+50 par étomidate 20 mg + succinylcholine 100 mg. Midazolam bolus 15 mg puis 0,1 mg/kg/h continu. Arrêt des crises cliniques et EEG sous sédation, pas encore de burst-suppression. Ventilation mécanique volume contrôlé FiO2 40 % PEP 5, SpO2 98 %. Hémodynamique TA 118/65 sans amines. Bilan : glycémie 1,42, ionogramme et calcémie normaux, CPK 850, gaz du sang pH 7,28 lactate 3,2. Ceftriaxone 2 g IV démarrée. Scanner cérébral sans injection normal, pas d'IRM en urgence. R (Recommendation) : Transfert immédiat en réanimation médicale sous midazolam continu, EEG continu 24 h avec objectif burst-suppression, réévaluation sédation à H+24, reprise progressive valproate et lévétiracétam PO/SNG dès stabilisation, poursuite ceftriaxone 2 g/j en attente ECBU, drainage urétéral par sonde JJ à discuter en urologie, dépistage complications (rhabdomyolyse, pneumopathie inhalation), consultation neurologique H+24, information épouse faite. Départ dans 15 minutes avec brancardier et médecin, Ambu et scope prêts. »

Explication pédagogique

Une transmission structurée SBAR (Situation, Background, Assessment, Recommendation) est un standard international de communication médicale, particulièrement pertinent lors de tout transfert de patient critique. Elle assure au réanimateur d'accueil une compréhension immédiate et complète du parcours, du raisonnement thérapeutique, de l'état actuel et des attendus post-transfert.

La transmission proposée en B respecte l'ensemble des éléments requis : identification du patient et du service, motif de transfert clair, antécédents pertinents avec la donnée cardinale de la rupture thérapeutique documentée, facteur déclenchant identifié (pyélonéphrite obstructive avec suspicion de calcul), chronologie précise des interventions thérapeutiques avec les doses et les délais, état actuel complet (constantes, respiratoire, hémodynamique, biologie, imagerie), traitement en cours, recommandations pour la suite (EEG continu, objectifs de sédation, gestion du traitement de fond, antibiothérapie, drainage urologique, consultations, information de la famille). Les conditions du transport sont explicitées.

Débriefing finalAfficher le débriefing

Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.

Objectifs pédagogiques

  • Reconnaître un état de mal épileptique convulsif selon la définition opérationnelle ILAE 2015 (t1 = 5 min de crise continue OU deux crises sans reprise de conscience entre elles)

  • Administrer les benzodiazépines à la dose recommandée pour un adulte, sans reproduire le piège du sous-dosage pré-hospitalier

  • Introduire un antiépileptique de 2ème ligne dans les 20 à 30 minutes suivant l'inefficacité des benzodiazépines, en choisissant selon le terrain parmi les équivalents ESETT 2019 (lévétiracétam, valproate, fosphénytoïne)

  • Rechercher systématiquement les causes déclenchantes métaboliques, toxiques, infectieuses, neurologiques structurelles et médicamenteuses

  • Identifier le passage en état de mal réfractaire et engager sans délai l'anesthésie générale sous surveillance EEG continue

  • Choisir l'anesthésique adapté (midazolam, propofol, thiopental, kétamine) selon le terrain, surveiller les complications spécifiques dont le syndrome de perfusion du propofol

  • Connaître la place émergente de la kétamine (antagoniste NMDA) comme option de rescue en cas de résistance aux benzodiazépines, y compris en pré-hospitalier et sans intubation systématique

  • Ne pas conclure à la résolution sans EEG de contrôle, en raison de la persistance d'un état de mal non convulsif chez environ 20 % des patients apparemment stabilisés

  • Connaître les situations spécifiques imposant un traitement particulier (éclampsie, intoxication à l'isoniazide, sevrage alcoolique, NORSE/FIRES avec immunothérapie et régime cétogène)

  • Structurer une transmission complète et hiérarchisée à l'équipe de réanimation selon le format SBAR

Points clés à retenirAfficher les points clés
  • La définition opérationnelle ILAE 2015 pose t1 = 5 min pour l'EME convulsif (temps auquel un traitement doit être initié) et t2 = 30 min (temps auquel des dommages neuronaux peuvent survenir). Toute crise durant plus de 5 minutes ou deux crises sans reprise de conscience entre elles définissent un EME.

  • Le sous-dosage des benzodiazépines en pré-hospitalier et à l'arrivée aux urgences est le piège numéro 1 documenté dans les états de mal apparemment réfractaires. La dose adulte correcte est de 10 mg de diazépam IV, 10 mg de midazolam IM, ou 4 mg de lorazépam IV, ou 1 mg de clonazépam IV (à répéter une fois si besoin).

  • La 2ème ligne antiépileptique doit être introduite dans les 20 à 30 minutes suivant l'échec des benzodiazépines à dose adéquate. L'étude ESETT 2019 démontre l'équivalence en efficacité du lévétiracétam 60 mg/kg IV, du valproate 40 mg/kg IV et de la fosphénytoïne 20 mg EP/kg IV. Le choix se fait selon le terrain et la disponibilité.

  • Le bilan étiologique initial est indissociable du traitement : glycémie capillaire immédiate, ionogramme, calcémie, magnésémie, gaz du sang, lactate, CPK, hémocultures, ECBU, dosages plasmatiques des antiépileptiques de fond, ECG, scanner cérébral sans injection. La règle « no seizure without glucose » est cardinale.

  • L'état de mal réfractaire est défini par l'échec des benzodiazépines à dose adéquate et d'au moins un antiépileptique de 2ème ligne à dose de charge. Il impose l'anesthésie générale sous intubation orotrachéale et EEG continu, avec objectif de burst-suppression maintenu au moins 24 h.

  • Le syndrome de perfusion du propofol (PRIS) est une complication rare mais gravissime imposant une limitation posologique (≤ 5 mg/kg/h autant que possible) et une surveillance rigoureuse (CPK, lactate, triglycérides, gaz du sang, kaliémie).

  • La kétamine (antagoniste NMDA) émerge en 2023-2025 comme option de rescue précoce en cas de résistance aux benzodiazépines, dose 100 mg IV bolus (ou 2-3 mg/kg IM) puis 1-5 mg/kg/h en perfusion continue. Elle est particulièrement intéressante en cas d'instabilité hémodynamique (effet vasopresseur endogène), en pré-hospitalier, et dans l'EME super-réfractaire. Elle n'est pas encore intégrée aux guidelines formelles (AES 2016, NCS 2012, SFMU/SRLF 2020) mais elle est proposée par plusieurs sociétés savantes récentes.

  • L'état de mal non convulsif persiste chez 15 à 30 % des patients apparemment stabilisés après un EME convulsif. Tout trouble de conscience persistant au-delà de 30 à 60 minutes après l'arrêt clinique des crises impose un EEG en urgence.

  • Les situations spécifiques d'EME imposent un traitement particulier : éclampsie (sulfate de magnésium 4 g IV), intoxication à l'isoniazide (pyridoxine IV équimolaire, piège majeur au Maroc), sevrage alcoolique (benzodiazépines à forte dose + thiamine avant tout resucrage), NORSE/FIRES (immunothérapie et régime cétogène en 1ère intention selon consensus international Wickström 2022, pas d'antibiothérapie systématique).

  • La transmission SBAR au réanimateur d'accueil est un standard indispensable qui structure la remise du patient et assure la continuité du soin.