Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.
Présentation initiale
Homme de **72 ans**, retraité (ancien enseignant), vit avec son épouse. **Insuffisance rénale chronique stade 4** (DFG estimé 22 mL/min/1,73 m² à la dernière consultation il y a 3 mois) sur néphroangiosclérose hypertensive. **Hypertension artérielle** ancienne (25 ans), **arthrose invalidante** des membres inférieurs, **coronaropathie** stable (angor stable, stent LAD posé il y a 5 ans). Antécédent d'un épisode d'insuffisance rénale aiguë transitoire il y a 2 ans sur déshydratation.
**Traitement de fond** : - **Ramipril 10 mg/j** (IEC — bloqueur du système rénine-angiotensine) - **Spironolactone 25 mg/j** (diurétique épargneur de potassium — double blocage RAA) - Métoprolol 100 mg/j (β-bloquant) - Furosémide 40 mg/j (diurétique de l'anse) - Atorvastatine 40 mg/j - Aspirine 75 mg/j
**Éléments d'auto-médication récente** (identifiés à l'interrogatoire) : - **AINS occasionnels** (kétoprofène 100 mg × 2/j) depuis 2 semaines pour son arthrose invalidante (achat en pharmacie sans avis médical) - **Sels de régime enrichis en KCl** depuis 10 jours (« pour essayer de mieux contrôler ma tension sans médicaments », conseil d'un ami, achat en pharmacie)
**Histoire de la maladie** : depuis **3-4 jours**, apparition progressive d'une **asthénie majeure**, **faiblesse musculaire des membres inférieurs** (difficulté à monter les escaliers, chutes évitées à plusieurs reprises), **palpitations** ressenties, **sensations vertigineuses** au lever. Ce matin : **impossibilité de se lever du lit** sans aide de son épouse, épisode de **syncope brève** (durée 10-15 secondes, résolution spontanée). Épouse alerte les secours.
À l'arrivée aux urgences : TA **100/60 mmHg** (habituelle 145/85), **FC 42/min** (bradycardie inhabituelle, habituelle 68/min), FR 16/min, SpO₂ 98 % en air ambiant, T 36,6 °C, GCS 15 (patient lucide, orienté), examen neurologique : **faiblesse musculaire proximale des membres inférieurs cotée à 3/5**, **abolition des réflexes ostéo-tendineux rotuliens et achilléens**, pas de déficit sensitif, pas de trouble cognitif, pas de dysarthrie.
**Examen clinique** : - Cardio-vasculaire : bradycardie régulière, B1-B2 assourdis, pas de souffle nouveau, TRC 3 secondes - Respiratoire : murmure vésiculaire symétrique, pas de râles crépitants, pas d'œdème aigu du poumon - Abdomen : souple, pas de globe vésical, pas d'organomégalie - Cutané : muqueuses discrètement sèches, coloration normale, pas d'œdème des membres inférieurs - Diurèse : oligurie signalée depuis 24h (~500 mL sur 24h estimés par l'épouse)
**Bilan biologique en urgence** : - **Kaliémie 7,8 mmol/L** (norme 3,5-5,0 ; sévère si ≥ 6,5) — **confirmée sur second prélèvement** - Natrémie 138 mmol/L - Chlorémie 108 mmol/L - **Créatinine 385 µmol/L** (habituelle 245 — **IRA sur IRC**, majoration de 57 %), urée 42 mmol/L, DFG estimé actuel ≈ 12 mL/min - Calcémie totale 2,15 mmol/L (normale basse), calcium ionisé 1,08 mmol/L - Phosphorémie 2,4 mmol/L (élevée sur IRC) - **Gaz du sang veineux** : **pH 7,30**, **HCO₃⁻ 18 mmol/L** (acidose métabolique modérée), PaCO₂ 36 mmHg, lactate 1,8 - NFS : Hb 11,2 g/dL (anémie IRC), leucocytes 8 400 (normaux), plaquettes 210 000 - Glycémie capillaire 1,10 g/L - CPK 850 UI/L (élevée sur immobilité et IRA), troponine ultra-sensible < 15 (négative) - Bilan hépatique normal - CRP 8 mg/L (pas d'inflammation) - BNP 285 pg/mL (élevé sur IRA + IRC, pas de décompensation cardiaque franche)
**ECG (élément CRUCIAL)** : - Rythme sinusal bradycarde à **42/min** - **Ondes T pointues, amples, symétriques** en V2-V4 (amplitude > 10 mm) - **Élargissement du QRS à 130 ms** (norme < 120 ms) — **complexes larges de type « sinusoïde »** amorcée - **Ondes P aplaties** en DII, DIII, aVF - **PR allongé à 220 ms** (BAV du 1er degré) - Pas de tachycardie ventriculaire ni de FV - Pas de sus- ou sous-décalage ST significatif
**Classification KDIGO 2024 de la sévérité** :
| Critère | Léger | Modéré | Sévère (ce patient) |
|---|---|---|---|
| Kaliémie (mmol/L) | 5,5-5,9 | 6,0-6,4 | ≥ 6,5 (ici 7,8) |
| Signes ECG | Absents | T pointues isolées | T pointues + QRS élargi + P aplaties + BAV (ici tous présents) |
| État clinique | Asymptomatique | Faiblesse modérée | Faiblesse ROT abolis, syncope, bradycardie (ici tous présents) |
**Hyperkaliémie sévère avec signes ECG menaçants** confirmée — **urgence vitale** (risque de fibrillation ventriculaire, asystolie, choc cardiogénique).
**Facteurs contributifs identifiés** : 1. **IRC stade 4 + IRA fonctionnelle** (baisse majeure de l'élimination rénale du K⁺) 2. **Auto-médication AINS** (kétoprofène) → **IRA fonctionnelle** par inhibition des prostaglandines vasodilatatrices rénales, potentialisée par IEC 3. **Sels de régime enrichis en KCl** → **apport exogène massif** de potassium 4. **IEC (ramipril) + spironolactone** → **double blocage du système rénine-angiotensine-aldostérone**, effet hyperkaliémiant additif 5. **Acidose métabolique modérée** (pH 7,30, HCO₃⁻ 18) → transfert extracellulaire du K⁺ 6. **β-bloquant (métoprolol)** → potentialisation modérée (inhibition transfert intracellulaire β2-dépendant)
Poids 78 kg. Groupe sanguin O Rh+, RAI négatives.
Étape 1
Décision 1
Information clinique
Le patient est installé en salle de déchoquage. Un confrère plus ancien vous dit en aparté : « Le potassium à 7,8, c'est peut-être une hémolyse in vitro, on va recontrôler tranquillement à la prochaine biologie de routine. Régime pauvre en potassium et consultation externe demain. »
Quelle est votre conduite immédiate ?
Reconnaître une hyperkaliémie sévère avec signes ECG (K⁺ 7,8, T pointues, QRS élargi, BAV), urgence vitale, débuter la protection membranaire par calcium IV immédiatement
Administrer d'emblée 20 UI d'insuline rapide IV en direct associée à du glucose 30 %, pour faire baisser rapidement la kaliémie sans autre mesure préalable
Débuter en urgence un traitement diurétique par furosémide IV 40 mg pour éliminer le potassium par voie urinaire, seul moyen efficace chez ce patient IRC
Prescrire un régime pauvre en potassium et recontrôler la kaliémie à 24 heures en consultation externe programmée, l'hémolyse in vitro étant fréquente
Attendre le résultat du contrôle biologique programmé à H+2, une hémolyse in vitro étant très fréquente à ce niveau de valeur en pratique quotidienne
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Bonne réponse
A. Reconnaître une hyperkaliémie sévère avec signes ECG (K⁺ 7,8, T pointues, QRS élargi, BAV), urgence vitale, débuter la protection membranaire par calcium IV immédiatement
Explication pédagogique
Le tableau clinique associe une **hyperkaliémie sévère** (KDIGO 2024, ERC 2021) : (1) **kaliémie ≥ 6,5** (ici 7,8, confirmée sur second prélèvement) ; (2) **signes ECG menaçants** : T pointues symétriques amples, QRS élargi à 130 ms, ondes P aplaties, BAV du 1er degré, bradycardie 42/min — annonçant une évolution vers la sinusoïde puis la fibrillation ventriculaire ou l'asystolie ; (3) **retentissement clinique** : faiblesse musculaire, abolition des ROT, syncope, bradycardie ; (4) **facteurs contributifs multiples** : IRC + IRA + double blocage RAA + AINS + sels de régime + acidose. **Urgence vitale absolue** — risque d'arythmie létale dans les minutes qui suivent. La conduite associe : (1) déchoquage, deux VVP, monitorage ECG continu, matériel de réanimation prêt (défibrillateur au chevet) ; (2) **PROTECTION MEMBRANAIRE IMMÉDIATE** par **gluconate de calcium 10 % — 10 mL IVL en 2-3 minutes** (répétition possible à 5-10 minutes si ECG inchangé), effet en 1-3 minutes, durée 30-60 minutes ; (3) puis **transfert intracellulaire** (insuline+glucose+salbutamol) ; (4) puis **élimination** (résines ± dialyse) ; (5) **arrêt immédiat** de tous les médicaments hyperkaliémiants + apports exogènes ; (6) alerte néphrologue et réanimateur. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 2
Décision 2
Information clinique
Le calcium a été administré, l'ECG s'est amélioré. Un confrère demande : « Bon, maintenant, qu'est-ce qu'on donne exactement et dans quel ordre ? On me parle de résines, de dialyse, de bicarbonates, je ne sais plus. »
Quelle est la séquence thérapeutique correcte de l'hyperkaliémie sévère ?
Séquence : Protection membranaire (calcium IV) → Transfert intracellulaire (insuline+glucose+salbutamol) → Élimination (résines, dialyse) — trois temps distincts
Dialyse en urgence d'emblée avant toute autre mesure, seul traitement définitivement efficace chez l'insuffisant rénal chronique décompensé aigu
Résines échangeuses type polystyrène sulfonate seules en 1ère intention, traitement le plus efficace et le mieux toléré chez le patient IRC en urgence
Insuline rapide + glucose en priorité absolue puis calcium ensuite uniquement en cas d'apparition de nouvelles anomalies rythmiques ou d'aggravation clinique
Perfusion de bicarbonates de sodium 8,4 % 250 mL en 30 min en 1ère intention, seul moyen efficace de correction rapide et durable en urgence
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Bonne réponse
A. Séquence : Protection membranaire (calcium IV) → Transfert intracellulaire (insuline+glucose+salbutamol) → Élimination (résines, dialyse) — trois temps distincts
Explication pédagogique
La **séquence thérapeutique cardinale** de l'hyperkaliémie sévère avec signes ECG (KDIGO 2024, ERC 2021, ICS 2022) suit trois temps hiérarchisés — les deux premiers en urgence dans les 10-30 premières minutes, le troisième en parallèle sur les heures suivantes : (1) **PROTECTION MEMBRANAIRE** — **gluconate de calcium 10 % (10 mL IVL en 2-3 min)** ou **chlorure de calcium 10 % (10 mL sur voie centrale uniquement)** — effet en 1-3 minutes, durée 30-60 minutes, **ne baisse pas le K⁺** mais stabilise la membrane des cardiomyocytes ; répétable si ECG inchangé à H+5-10 ; contre-indication relative si intoxication digitalique (préférer le sel de magnésium ou administration lente sous surveillance) ; (2) **TRANSFERT INTRACELLULAIRE** — **insuline rapide 10 UI IV bolus + glucose 30 % 500 mL/h en 30 min** (baisse K⁺ de 0,5-1 mmol/L en 30-60 min) + **salbutamol nébulisé 10-20 mg** (effet additif via β2-mimétiques, baisse K⁺ de 0,5-1 mmol/L, débit 6-8 L/min O₂), **surveillance glycémique horaire** (risque d'hypoglycémie tardive à H+2-4) ; (3) **ÉLIMINATION** — **résines échangeuses** (patiromer 8,4 g × 2/j PO ou polystyrène sulfonate 30-60 g PO/rectal, effet lent en 4-6 h) + **arrêt des médicaments hyperkaliémiants et apports exogènes** ; **dialyse en urgence** si K⁺ réfractaire, IRA sévère, instabilité, ou insuffisance rénale terminale. Les **bicarbonates** ne sont plus recommandés en 1ère intention (efficacité modeste), réservés à l'acidose métabolique associée sévère (pH < 7,15). Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 3
Décision 3
Information clinique
La kaliémie baisse. Le néphrologue au téléphone vous demande de rechercher systématiquement tous les facteurs contributifs, aucun ne devant être négligé.
Quelle est votre approche pour la recherche des facteurs contributifs ?
Prescrire un bilan étiologique très large sans hiérarchisation clinique préalable (endocrinien, tumoral, infectieux, toxique) pour ne rien manquer de rare et inhabituel
Rechercher systématiquement : insuffisance rénale, médicaments hyperkaliémiants (IEC, ARA2, spironolactone, AINS), apports exogènes (sels de régime), acidose, lyse cellulaire (rhabdomyolyse)
Attendre la stabilisation métabolique complète (24-48h) avant toute recherche étiologique, la priorité absolue étant la sécurité rythmique immédiate du patient à risque
Se focaliser d'emblée sur le diagnostic cardiologique en priorité (échocoeur, coronarographie) devant la bradycardie et la syncope récente rapportée par l'entourage
Se limiter au traitement symptomatique de la kaliémie sans recherche complémentaire de causes, la priorité étant la correction immédiate du chiffre plasmatique élevé
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Bonne réponse
B. Rechercher systématiquement : insuffisance rénale, médicaments hyperkaliémiants (IEC, ARA2, spironolactone, AINS), apports exogènes (sels de régime), acidose, lyse cellulaire (rhabdomyolyse)
Explication pédagogique
La recherche systématique des facteurs contributifs est indispensable dans l'hyperkaliémie sévère (KDIGO 2024, ICS 2022) — la correction symptomatique sans traitement de la cause expose à la récidive immédiate. Les catégories à explorer sont : (1) **Baisse d'élimination rénale** — IRC, IRA (fonctionnelle par déshydratation ou médicamenteuse, organique parenchymateuse ou obstructive), insuffisance rénale terminale sans dialyse ; (2) **Médicaments hyperkaliémiants** — IEC, ARA2 (double blocage RAA si association), spironolactone, éplérénone, triméthoprime-sulfaméthoxazole, ciclosporine, tacrolimus, héparine, digitaliques, β-bloquants (potentialisation), AINS (IRA fonctionnelle), pentamidine ; (3) **Apports exogènes** — sels de régime enrichis KCl, aliments très riches en K⁺ (bananes, abricots secs, chocolat), transfusions massives (sang stocké), suppléments oraux ; (4) **Acidose métabolique** — transfert extracellulaire K⁺/H⁺ ; (5) **Lyse cellulaire** — rhabdomyolyse (traumatisme, immobilisation, sport intense, toxique), hémolyse aiguë, syndrome de lyse tumorale, brûlures étendues ; (6) **Endocrinien** — insuffisance surrénale aiguë (maladie d'Addison), pseudohypoaldostéronisme, hyperkaliémie familiale ; (7) **Fausse hyperkaliémie** (pseudohyperkaliémie) — hémolyse in vitro, garrot prolongé, hyperleucocytose ou thrombocytose extrême (> 1M/µL). **Chez ce patient** : cumul de facteurs (IRC + IRA sur AINS + IEC + spironolactone + sels de régime + acidose). Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 4
Décision 4
Information clinique
À H+90 : kaliémie 6,2 mmol/L (poursuite de la baisse), glycémie capillaire 0,68 g/L (asymptomatique). ECG : disparition des ondes T pointues, QRS 118 ms, PR 200 ms, FC 58/min. Le confrère demande : « La kaliémie descend, la glycémie chute, on continue comme ça ou on modifie ? »
Quelle est votre attitude devant cette évolution ?
Adapter : renforcer les apports glucosés (G10 % continu), poursuivre monitoring K⁺ et glycémique horaire, ne pas renouveler l'insuline si K⁺ < 6
Recharger un second bolus de 10 UI d'insuline rapide IV en direct pour accélérer la baisse et raccourcir la durée de surveillance médicale
Interrompre immédiatement et définitivement toute forme d'insulinothérapie, le risque hypoglycémique majeur étant devenu prohibitif dans ce contexte de baisse rapide
Passer à une insulinothérapie sous-cutanée simple à faibles doses pour un contrôle plus doux et plus prévisible de la kaliémie sur les prochaines heures d'évolution
Poursuivre le protocole insuline + glucose à l'identique sans modification, la baisse de la kaliémie étant l'objectif prioritaire absolu à toute autre considération métabolique
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Bonne réponse
A. Adapter : renforcer les apports glucosés (G10 % continu), poursuivre monitoring K⁺ et glycémique horaire, ne pas renouveler l'insuline si K⁺ < 6
Explication pédagogique
La surveillance et l'adaptation du transfert intracellulaire nécessitent une **vigilance dynamique** (KDIGO 2024, ICS 2022) : (1) **Hypoglycémie iatrogène** — complication classique de l'insuline en hyperkaliémie, **pic tardif à H+2-4**, incidence 10-15 % sous protocole standard ; ici la glycémie à 0,68 g/L est proche du seuil hypoglycémique (< 0,60), nécessitant **renforcement des apports glucosés** (G10 % ou G15 % en continu, adaptation au chevet) sans interrompre le protocole en cours ; (2) **Surveillance kaliémie horaire** en phase aiguë, adaptée ensuite à toutes les 2 h ; (3) **Surveillance glycémique horaire** pendant 4-6 heures après administration d'insuline ; (4) **Surveillance ECG continue** jusqu'à disparition complète des anomalies ; (5) **Décision de renouvellement de l'insuline** — si K⁺ persiste > 6,0 avec ECG anormal, second bolus possible avec précaution ; si K⁺ < 6,0 et ECG amélioré, **relais par les mesures d'élimination** (résines, dialyse) sans renouveler l'insuline (pour éviter l'hypoglycémie tardive) ; (6) **Préparation des résines échangeuses** en parallèle. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 5
Décision 5
Information clinique
Le néphrologue passe voir le patient au chevet. Kaliémie 5,8, ECG normalisé, patient stable. Discussion des mesures d'élimination et de la reprise ultérieure du traitement de fond.
Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont correctes ?
Résines échangeuses type patiromer 8,4 g PO × 2/j ou sodium polystyrène sulfonate 30 g PO/rectal, effet lent sur 4-24h en complément
Prescrire une perfusion de furosémide à fortes doses (250 mg IV) en monothérapie éliminatoire, seul moyen efficace chez le patient IRC pour éliminer le potassium
Arrêter immédiatement et définitivement les médicaments hyperkaliémiants (IEC, spironolactone, AINS) et les sels de régime, réévaluer chaque molécule à distance en concertation
Poursuivre à l'identique le ramipril, la spironolactone et les AINS en auto-médication à la posologie habituelle, l'hyperkaliémie étant considérée comme transitoire
Envisager la dialyse en urgence si K⁺ > 6,5 réfractaire aux mesures conservatrices, IRA sévère (DFG < 15 avec anurie), instabilité hémodynamique ou rythmique
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Bonne réponse
A. Résines échangeuses type patiromer 8,4 g PO × 2/j ou sodium polystyrène sulfonate 30 g PO/rectal, effet lent sur 4-24h en complément C. Arrêter immédiatement et définitivement les médicaments hyperkaliémiants (IEC, spironolactone, AINS) et les sels de régime, réévaluer chaque molécule à distance en concertation E. Envisager la dialyse en urgence si K⁺ > 6,5 réfractaire aux mesures conservatrices, IRA sévère (DFG < 15 avec anurie), instabilité hémodynamique ou rythmique
Explication pédagogique
Les mesures d'élimination et de gestion médicamenteuse associent (KDIGO 2024, ESC HF 2023, ICS 2022) : (1) **Résines échangeuses** — (a) **patiromer (Veltassa®)** : 8,4 g × 2/j PO, échangeur K⁺/Ca²⁺, meilleure tolérance digestive, moins d'interactions médicamenteuses, indiqué en urgence subaiguë et en chronique chez IRC/IC — effet à 7 h ; (b) **sodium polystyrène sulfonate (Kayexalate®)** : 30-60 g PO ou 60 g intra-rectal, ancien produit, risque de nécrose colique documenté (association sorbitol proscrite en post-op), effet en 4-6 h ; (c) **zirconium cyclosilicate (Lokelma®)** : 10 g × 3/j PO, échangeur K⁺/Na⁺, effet plus rapide (1-2 h) ; effet complémentaire aux mesures d'urgence, pas de substitution ; (2) **Arrêt immédiat des médicaments hyperkaliémiants** — IEC (ramipril), spironolactone, AINS (kétoprofène), sels de régime KCl — obligatoire, réévaluation à distance en concertation avec néphrologue et cardiologue selon rapport bénéfice/risque individualisé ; alternatives : ARA2 à posologie réduite avec surveillance, β-bloquant seul, autres antihypertenseurs (inhibiteurs calciques) ; (3) **Dialyse en urgence** — indications KDIGO 2024 : K⁺ > 6,5 réfractaire à 2 h de traitement médical conservateur, IRA sévère (DFG < 15 avec anurie), instabilité hémodynamique ou rythmique persistante, insuffisance rénale terminale préexistante sans FAV, surcharge volumique associée, acidose sévère associée ; nécessite un accès vasculaire (cathéter de dialyse fémoral ou jugulaire), disponibilité machine, néphrologue de garde ; (4) **Surveillance ECG continue** jusqu'à normalisation K⁺ et disparition anomalies. Posologies alignées sur le protocole Clin92.
Étape 6
Décision 6
Information clinique
Le patient est stable, kaliémie 5,4, ECG normalisé. Un interne junior vous demande : « Et si on avait eu l'inverse, une hypokaliémie sévère ? Est-ce la même urgence, la même prise en charge, les mêmes risques ? »
Parmi les propositions suivantes concernant l'hypokaliémie sévère, lesquelles sont correctes ?
Surveillance ECG continue de toute dyskaliémie jusqu'à normalisation biologique complète et disparition durable des anomalies électriques, pas d'exception à cette règle en pratique
Recherche systématique du facteur déclenchant : diurétiques thiazidiques ou de l'anse, vomissements prolongés, diarrhées profuses, hyperaldostéronisme primaire, hypomagnésémie associée (correction indispensable)
Correction par chlorure de potassium IV lent, débit maximum 10-20 mmol/h en périphérie, dilution 20-40 mmol/L maximum, jamais en bolus (risque d'arrêt cardiaque immédiat)
Une hypokaliémie sévère n'a pas d'implication ECG spécifique et n'expose à aucun risque rythmique particulier, contrairement à l'hyperkaliémie qui est seule menaçante immédiatement
Signes ECG évocateurs : ondes U, allongement de l'intervalle QT, aplatissement de T, sous-décalage ST — risque de torsades de pointes et de FV
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A. Surveillance ECG continue de toute dyskaliémie jusqu'à normalisation biologique complète et disparition durable des anomalies électriques, pas d'exception à cette règle en pratique B. Recherche systématique du facteur déclenchant : diurétiques thiazidiques ou de l'anse, vomissements prolongés, diarrhées profuses, hyperaldostéronisme primaire, hypomagnésémie associée (correction indispensable) C. Correction par chlorure de potassium IV lent, débit maximum 10-20 mmol/h en périphérie, dilution 20-40 mmol/L maximum, jamais en bolus (risque d'arrêt cardiaque immédiat) E. Signes ECG évocateurs : ondes U, allongement de l'intervalle QT, aplatissement de T, sous-décalage ST — risque de torsades de pointes et de FV
Explication pédagogique
L'hypokaliémie sévère (K⁺ < 3,0 mmol/L) est une **urgence rythmique** au même titre que l'hyperkaliémie (KDIGO 2024, ESC 2020) : (1) **Physiopathologie** — augmentation de l'excitabilité myocardique, prolongation de la repolarisation, risque de dépolarisation prématurée ; (2) **Signes ECG spécifiques** — (a) **onde U** (positive après T, dans les précordiales), (b) **allongement de l'intervalle QT** (favorise les torsades), (c) **aplatissement puis inversion de l'onde T**, (d) **sous-décalage ST**, (e) apparition d'extrasystoles ventriculaires, (f) fusion T-U (« pseudo-QT allongé ») ; (3) **Risque rythmique** — **torsades de pointes** (tachycardie ventriculaire polymorphe pouvant dégénérer en FV), FV, arrêt cardiaque — surtout si QT préalable allongé, prise de médicaments allongeant le QT, hypomagnésémie associée ; (4) **Correction** — **KCl IV lent, débit max 10-20 mmol/h en périphérie** (max 40 mmol/h sur voie centrale sous scope), **dilution 20-40 mmol/L max en périphérie** (60 mmol/L max sur voie centrale), **jamais en bolus** (risque d'arrêt cardiaque immédiat par pic membrane), monitoring ECG continu, contrôle kaliémie horaire ; **correction concomitante de l'hypomagnésémie** (indispensable, le magnésium étant cofacteur de la pompe Na/K ATPase) — MgSO₄ 2 g IV en 30 min ; (5) **Recherche du facteur** — diurétiques (thiazidiques, anse), pertes digestives (vomissements = alcalose métabolique associée, diarrhées), hyperaldostéronisme primaire (Conn) ou secondaire, sténose des artères rénales, réglisse, β-mimétiques, insuline, hypomagnésémie ; (6) **Surveillance ECG continue** de toute dyskaliémie jusqu'à normalisation.
Étape 7
Décision 7
Information clinique
Le lit en médecine interne à orientation néphrologique est prêt. Vous transmettez à l'équipe.
Quelle transmission adressez-vous ?
« Homme 72 ans, IRC stade 4 (DFG 22 à distance) sur néphroangiosclérose, HTA ancienne, coronaropathie stable stentée, arthrose invalidante. Traitement de fond : ramipril 10 mg/j, spironolactone 25 mg/j, métoprolol 100 mg/j, furosémide 40 mg/j, atorvastatine, aspirine. Éléments d'auto-médication récente identifiés : kétoprofène 100 mg × 2/j depuis 2 semaines pour arthrose, sels de régime enrichis KCl depuis 10 jours (achats en pharmacie sans avis). Admis à 8 h 00 pour asthénie, faiblesse musculaire des MI, syncope brève ce matin. À l'entrée : TA 100/60, FC 42/min bradycardie, GCS 15, faiblesse musculaire proximale 3/5, ROT abolis, oligurie 24h. Bilan initial : kaliémie 7,8 mmol/L confirmée sur second prélèvement, créatinine 385 (habituelle 245 — IRA sur IRC, DFG actuel 12), urée 42, pH 7,30, HCO₃⁻ 18, Ca ionisé 1,08, phosphore 2,4, Hb 11,2, glycémie 1,10. ECG initial : rythme sinusal bradycarde 42, T pointues amples V2-V4, QRS élargi 130 ms, ondes P aplaties, PR 220 ms (BAV 1). Classification KDIGO 2024 : hyperkaliémie sévère (K ≥ 6,5) avec signes ECG menaçants — urgence vitale absolue. Facteurs contributifs identifiés cumulés : IRC + IRA fonctionnelle sur AINS et IEC, double blocage RAA (IEC + spironolactone), apport exogène (sels de régime KCl), acidose modérée. Bundle démarré à 8 h 15 en salle de déchoquage : (1) protection membranaire gluconate de calcium 10 % 10 mL IVL en 2 min avec amélioration ECG rapide, (2) transfert intracellulaire par insuline rapide 10 UI IV + G30 % 500 mL/h + salbutamol nébulisé 15 mg avec baisse K à 6,2 à H+90, (3) élimination par patiromer 8,4 g PO démarré, arrêt immédiat de tous les médicaments hyperkaliémiants (ramipril, spironolactone) et apports exogènes (AINS, sels de régime), (4) adaptation glucosée par G10 % continu devant chute glycémique à 0,68 à H+90 sans hypoglycémie symptomatique. Évolution à H+4 : K 5,4, ECG normalisé (T normalisée, QRS 100, PR 180, FC 65), fonction rénale stable créatinine 375, pas de dialyse nécessaire. Je vous le monte pour poursuite de la surveillance rapprochée (kaliémie/2h puis /4h puis /6h, glycémie horaire jusqu'à H+6 post-insuline, ECG continu jusqu'à normalisation complète et durable), poursuite du patiromer 8,4 g × 2/j jusqu'à K stable ≤ 5, gestion du traitement de fond en concertation collégiale néphrologue + cardiologue (reprise différée à 1 semaine avec possible passage ARA2 monothérapie à demi-dose et surveillance rapprochée, alternative inhibiteurs calciques si intolérance, arrêt définitif spironolactone et AINS, éducation sur les sels de régime), bilan étiologique complémentaire de l'IRA (échographie rénale, protéinurie 24h), surveillance CPK devant élévation à 850 (rhabdomyolyse modérée sur immobilité, hydratation prudente), éducation thérapeutique renforcée sur l'auto-médication et les sels de régime en pharmacie (danger absolu chez IRC). Points d'anticipation : récidive de l'hyperkaliémie si reprise trop précoce des médicaments hyperkaliémiants (surveillance kaliémie hebdomadaire pendant 1 mois), hypoglycémie tardive à H+2-4 post-insuline (déjà en cours de gestion), aggravation de l'IRA (préservation néphroprotectrice, éviter tous les néphrotoxiques ultérieurs), rebond rythmique en cas de reprise du BAV, discussion à distance de la préparation d'une FAV en vue d'une dialyse programmée si dégradation de la fonction rénale. »
Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit dans la journée
« Un potassium à 7,8 récupéré, à toi »
Attendre 48 heures avant tout contact avec l'équipe néphrologique, la stabilisation complète en réanimation étant nécessaire avant tout transfert programmé en unité d'aval
Contact uniquement téléphonique avec le néphrologue sans support écrit ni transmission structurée, la traçabilité étant assurée par le compte rendu final à distance
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Bonne réponse
A. « Homme 72 ans, IRC stade 4 (DFG 22 à distance) sur néphroangiosclérose, HTA ancienne, coronaropathie stable stentée, arthrose invalidante. Traitement de fond : ramipril 10 mg/j, spironolactone 25 mg/j, métoprolol 100 mg/j, furosémide 40 mg/j, atorvastatine, aspirine. Éléments d'auto-médication récente identifiés : kétoprofène 100 mg × 2/j depuis 2 semaines pour arthrose, sels de régime enrichis KCl depuis 10 jours (achats en pharmacie sans avis). Admis à 8 h 00 pour asthénie, faiblesse musculaire des MI, syncope brève ce matin. À l'entrée : TA 100/60, FC 42/min bradycardie, GCS 15, faiblesse musculaire proximale 3/5, ROT abolis, oligurie 24h. Bilan initial : kaliémie 7,8 mmol/L confirmée sur second prélèvement, créatinine 385 (habituelle 245 — IRA sur IRC, DFG actuel 12), urée 42, pH 7,30, HCO₃⁻ 18, Ca ionisé 1,08, phosphore 2,4, Hb 11,2, glycémie 1,10. ECG initial : rythme sinusal bradycarde 42, T pointues amples V2-V4, QRS élargi 130 ms, ondes P aplaties, PR 220 ms (BAV 1). Classification KDIGO 2024 : hyperkaliémie sévère (K ≥ 6,5) avec signes ECG menaçants — urgence vitale absolue. Facteurs contributifs identifiés cumulés : IRC + IRA fonctionnelle sur AINS et IEC, double blocage RAA (IEC + spironolactone), apport exogène (sels de régime KCl), acidose modérée. Bundle démarré à 8 h 15 en salle de déchoquage : (1) protection membranaire gluconate de calcium 10 % 10 mL IVL en 2 min avec amélioration ECG rapide, (2) transfert intracellulaire par insuline rapide 10 UI IV + G30 % 500 mL/h + salbutamol nébulisé 15 mg avec baisse K à 6,2 à H+90, (3) élimination par patiromer 8,4 g PO démarré, arrêt immédiat de tous les médicaments hyperkaliémiants (ramipril, spironolactone) et apports exogènes (AINS, sels de régime), (4) adaptation glucosée par G10 % continu devant chute glycémique à 0,68 à H+90 sans hypoglycémie symptomatique. Évolution à H+4 : K 5,4, ECG normalisé (T normalisée, QRS 100, PR 180, FC 65), fonction rénale stable créatinine 375, pas de dialyse nécessaire. Je vous le monte pour poursuite de la surveillance rapprochée (kaliémie/2h puis /4h puis /6h, glycémie horaire jusqu'à H+6 post-insuline, ECG continu jusqu'à normalisation complète et durable), poursuite du patiromer 8,4 g × 2/j jusqu'à K stable ≤ 5, gestion du traitement de fond en concertation collégiale néphrologue + cardiologue (reprise différée à 1 semaine avec possible passage ARA2 monothérapie à demi-dose et surveillance rapprochée, alternative inhibiteurs calciques si intolérance, arrêt définitif spironolactone et AINS, éducation sur les sels de régime), bilan étiologique complémentaire de l'IRA (échographie rénale, protéinurie 24h), surveillance CPK devant élévation à 850 (rhabdomyolyse modérée sur immobilité, hydratation prudente), éducation thérapeutique renforcée sur l'auto-médication et les sels de régime en pharmacie (danger absolu chez IRC). Points d'anticipation : récidive de l'hyperkaliémie si reprise trop précoce des médicaments hyperkaliémiants (surveillance kaliémie hebdomadaire pendant 1 mois), hypoglycémie tardive à H+2-4 post-insuline (déjà en cours de gestion), aggravation de l'IRA (préservation néphroprotectrice, éviter tous les néphrotoxiques ultérieurs), rebond rythmique en cas de reprise du BAV, discussion à distance de la préparation d'une FAV en vue d'une dialyse programmée si dégradation de la fonction rénale. »
Explication pédagogique
La transmission structurée d'une hyperkaliémie sévère avec signes ECG comprend : les antécédents précis (IRC, comorbidités, traitement de fond, éléments d'auto-médication identifiés à l'interrogatoire), l'horodatage et la sévérité (K⁺, signes ECG, retentissement clinique), la classification (KDIGO 2024), les facteurs contributifs cumulés identifiés, le bundle thérapeutique administré (séquence protection → transfert → élimination avec posologies), l'évolution avec les critères de résolution, l'arrêt des médicaments hyperkaliémiants, et les points d'anticipation (récidive, hypoglycémie tardive, aggravation rénale, gestion collégiale à distance, éducation).
Débriefing finalAfficher le débriefing
Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.
Objectifs pédagogiques
Reconnaître une **hyperkaliémie sévère avec signes ECG** (K⁺ ≥ 6,5 mmol/L + T pointues + QRS élargi + P aplaties + BAV) comme **urgence vitale** avec risque imminent de fibrillation ventriculaire, asystolie et choc cardiogénique — nécessité d'une prise en charge immédiate en milieu monitoré.
Respecter la **séquence thérapeutique cardinale de l'hyperkaliémie sévère** (KDIGO 2024, ERC 2021, ICS 2022) en trois temps parallèles ou séquentiels : (1) **PROTECTION MEMBRANAIRE** par **calcium IV en premier** (gluconate de calcium 10 % — 10 mL en 2-3 minutes) → (2) **TRANSFERT INTRACELLULAIRE** par insuline rapide + glucose + salbutamol → (3) **ÉLIMINATION** par résines échangeuses ± dialyse.
Ne jamais différer l'administration du **calcium IV en 1ère intention** en présence de signes ECG — le calcium stabilise la membrane des cardiomyocytes en 1-3 minutes et **protège du risque d'arythmie létale**, sans faire baisser la kaliémie mais en gagnant le temps nécessaire aux autres traitements.
Identifier et rechercher systématiquement les **facteurs contributifs** : insuffisance rénale (baisse d'élimination), **médicaments hyperkaliémiants** (IEC, ARA2, spironolactone, éplérénone, triméthoprime, héparine, AINS via IRA), **apports exogènes** (sels de régime, aliments riches en K⁺, transfusions massives), acidose métabolique, lyse cellulaire (rhabdomyolyse, hémolyse, syndrome de lyse tumorale).
Prescrire correctement le **traitement de transfert intracellulaire** : **insuline rapide 10 UI IV** en bolus + **glucosé 30 % 500 mL/h** pendant 30 minutes (surveillance glycémique horaire — risque d'hypoglycémie tardive à H+2-4) **couplé au salbutamol nébulisé 10-20 mg** (effet additif via β2-agonistes, transfert intracellulaire complémentaire).
Prescrire le **traitement d'élimination** : **résines échangeuses** (patiromer, sodium polystyrène sulfonate — efficacité lente sur plusieurs heures) et **arrêt immédiat des médicaments hyperkaliémiants** ; envisager la **dialyse en urgence** si K⁺ > 6,5 réfractaire aux mesures conservatrices, IRA sévère, ou instabilité hémodynamique/rythmique.
Distinguer avec l'**hypokaliémie sévère** (K⁺ < 3,0 mmol/L) — signes ECG spécifiques (**onde U**, allongement du QT, sous-décalage ST), risque de **torsades de pointes** et FV, correction par **KCl IV lent** (10-20 mmol/h maximum, jamais en bolus, dilution en périphérie 20-40 mmol/L max), recherche du facteur déclenchant (diurétiques, vomissements, diarrhées, hyperaldostéronisme).
Structurer une transmission au néphrologue et au réanimateur, avec surveillance ECG continue jusqu'à normalisation de la kaliémie et disparition des anomalies électriques.
Points clés à retenirAfficher les points clés
L'**hyperkaliémie sévère** est définie (KDIGO 2024) par une kaliémie **≥ 6,5 mmol/L** et/ou la présence de **signes ECG menaçants** : T pointues amples symétriques, élargissement du QRS, aplatissement puis disparition des ondes P, allongement du PR (BAV), bradycardie, évolution vers la sinusoïde puis fibrillation ventriculaire ou asystolie. **Urgence vitale absolue**.
La **séquence thérapeutique cardinale** en trois temps hiérarchisés : (1) **PROTECTION MEMBRANAIRE** par gluconate de calcium 10 % 10 mL IVL en 2-3 min (effet en 1-3 min, durée 30-60 min, ne baisse pas le K⁺ mais protège du risque létal) ; (2) **TRANSFERT INTRACELLULAIRE** par insuline rapide 10 UI IV + G30 % 500 mL/h + salbutamol nébulisé 10-20 mg (baisse K⁺ de 1-2 mmol/L en 30-60 min) ; (3) **ÉLIMINATION** par résines échangeuses (patiromer, sodium polystyrène sulfonate) ± dialyse en urgence si indications.
Ne jamais différer le **calcium IV en 1ère intention** en présence de signes ECG — c'est le seul agent avec un effet cardioprotecteur rapide. Contre-indication relative si intoxication digitalique (préférer administration plus lente sous surveillance étroite).
**Recherche systématique des facteurs contributifs** : baisse d'élimination (IRC, IRA), médicaments hyperkaliémiants (IEC, ARA2, spironolactone, AINS, triméthoprime), apports exogènes (sels de régime, aliments), acidose métabolique, lyse cellulaire (rhabdomyolyse, hémolyse, TLS), insuffisance surrénale aiguë. **Arrêt immédiat** de tous les médicaments hyperkaliémiants et apports exogènes.
**Surveillance rapprochée** : ECG continu jusqu'à normalisation complète, kaliémie horaire en phase aiguë puis toutes les 2 h, **glycémie horaire jusqu'à H+6 post-insuline** (hypoglycémie tardive à H+2-4, complication classique). Adaptation dynamique des apports glucosés (G10 % si nécessaire).
**Indications de dialyse en urgence** (KDIGO 2024) : K⁺ > 6,5 réfractaire aux mesures conservatrices à H+2, IRA sévère (DFG < 15 avec anurie), instabilité hémodynamique ou rythmique persistante, insuffisance rénale terminale préexistante, surcharge volumique associée, acidose sévère associée.
L'**hypokaliémie sévère** (K⁺ < 3,0) est **au moins aussi menaçante** que l'hyperkaliémie sur le plan rythmique : signes ECG (onde U, allongement QT, aplatissement T, sous-décalage ST), risque de **torsades de pointes** et FV. Correction par **KCl IV lent** (10-20 mmol/h max périphérie, 40 mmol/h max centrale, jamais en bolus), correction concomitante de l'hypomagnésémie (indispensable). Recherche du facteur (diurétiques, pertes digestives, hyperaldostéronisme).
