Contenu pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior. Lire l’avertissement médical.

Reflexes Urgences

Cas clinique

Bradycardie / Troubles Conductifs

Cardio-vasculaire

Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.

Présentation initiale

Homme de 74 ans, hypertension artérielle traitée par bisoprolol 5 mg/j depuis 3 ans, sans autre antécédent cardiovasculaire connu. Amené aux urgences par sa femme il y a 30 minutes pour syncope avec chute au domicile alors qu'il se levait pour aller aux toilettes. Confusion résiduelle depuis, difficulté à se remettre debout.

À l'arrivée : TA 76/44 mmHg, FC 32/min, FR 22/min, SpO₂ 94 % en air ambiant, T 36,8 °C, GCS 14 (E4V4M6). Pâleur cutanée, marbrures aux genoux. Auscultation cardio-pulmonaire libre en dehors d'une bradycardie franche, pouls régulier.

L'ECG 12 dérivations réalisé à l'accueil montre : - Ondes P régulières à 90/min, sinusales. - Complexes QRS réguliers à 34/min, **larges** (durée 140 ms), morphologie de rythme d'échappement ventriculaire. - **Dissociation auriculo-ventriculaire complète** : aucune relation entre les ondes P et les QRS. - Pas de sus-décalage du segment ST dans le territoire inférieur ou antérieur.

Poids déclaré 82 kg.

Étape 1

Décision 1

Information clinique

Le patient est installé en salle d'accueil des urgences vitales. Le scope montre la bradycardie. L'ECG 12 dérivations est disponible et montre le tableau décrit dans la vignette. La femme du patient confirme le traitement par bisoprolol, sans automédication récente ni consommation de plantes.

Quelle est votre conduite immédiate ?

A

Choc électrique externe synchronisé pour restaurer un rythme

B

Isoprénaline en perfusion IV en première intention, sans autre évaluation

C

Réaliser un scanner cérébral en urgence pour éliminer un AVC (le patient a syncopé)

D

Reconnaître le BAV complet symptomatique, monitorer, préparer atropine et pacing transcutané, chercher les causes réversibles

E

Attendre l'avis du cardiologue avant tout geste diagnostique ou thérapeutique

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Bonne réponse

D. Reconnaître le BAV complet symptomatique, monitorer, préparer atropine et pacing transcutané, chercher les causes réversibles

Explication pédagogique

Le patient présente un BAV complet symptomatique avec hypotension, marbrures et confusion, définissant un état hémodynamiquement instable. La conduite immédiate comprend la mise en condition (deux VVP, monitorage), la préparation des thérapeutiques d'escalade (atropine puis pacing transcutané), la recherche parallèle des causes réversibles (revue médicamenteuse notamment bêta-bloquant, ionogramme, ECG 12 dérivations pour rechercher un infarctus inférieur ou postérieur méconnu) et l'appel du cardiologue en vue d'un pacing transveineux si l'instabilité persiste. Toutes ces actions sont menées en parallèle, pas séquentiellement.

Étape 2

Décision 2

Information clinique

Le patient reste bradycardique à 34/min, TA 74/44, conscient mais confus. Les VVP sont posées, le monitoring est en place, l'atropine est préparée dans une seringue de 10 mL. L'infirmière attend votre prescription.

Concernant l'administration de l'atropine, quelle est la conduite la plus appropriée ?

A

Atropine 1 mg IV en bolus, renouvelable toutes 3 à 5 minutes, dose maximale cumulée 3 mg

B

Atropine 3 mg IV en bolus d'emblée pour saturer les récepteurs muscariniques

C

Adrénaline 1 mg IV en bolus en première intention pour restaurer la fréquence cardiaque

D

Atropine 0,5 mg IV en bolus, à répéter éventuellement toutes 3 à 5 minutes

E

Isoprénaline en perfusion continue en première intention, sans essai préalable d'atropine

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Bonne réponse

A. Atropine 1 mg IV en bolus, renouvelable toutes 3 à 5 minutes, dose maximale cumulée 3 mg

Explication pédagogique

L'atropine est le traitement pharmacologique de première ligne de la bradycardie symptomatique. La dose actuellement recommandée par les algorithmes ACLS est de 1 mg IV en bolus, renouvelable toutes 3 à 5 minutes, jusqu'à une dose cumulée maximale de 3 mg. La dose ancienne de 0,5 mg a été relevée à 1 mg pour améliorer l'efficacité, notamment en cas de bloc supra-hisien vagal-dépendant. Posologie alignée sur le protocole Clin92 « Bradycardie et troubles conductifs ». L'atropine peut être moins efficace, voire inefficace, en cas de bloc infranodal (QRS larges, comme chez ce patient) : il faut anticiper l'escalade vers le pacing.

Étape 3

Décision 3

Information clinique

Après deux doses d'atropine (2 mg cumulés), la bradycardie persiste à 34/min, TA 72/44, patient plus confus, marbrures majorées. Le QRS reste large, ce qui suggère un bloc infranodal, mécanisme où l'atropine est peu ou pas efficace. Le cardiologue arrive dans 25 minutes.

Quelle est la conduite la plus appropriée à ce stade ?

A

Poursuivre l'atropine jusqu'à la dose maximale cumulée de 5 mg

B

Attendre l'arrivée du cardiologue avant tout autre geste thérapeutique

C

Attendre encore 5 minutes l'effet d'une troisième dose d'atropine à venir

D

Débuter immédiatement un pacing transcutané en attendant le pacing transveineux

E

Choc électrique externe non synchronisé pour tenter de restaurer un rythme sinusal

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Bonne réponse

D. Débuter immédiatement un pacing transcutané en attendant le pacing transveineux

Explication pédagogique

L'échec de deux doses d'atropine chez un patient hémodynamiquement instable avec bloc infranodal (QRS larges) impose l'escalade immédiate vers le pacing transcutané, sans attendre l'arrivée du cardiologue. Le pacing transcutané est une mesure de sauvetage temporaire en attendant le pacing transveineux définitif, qui reste le traitement de référence en cas de bloc auriculo-ventriculaire complet symptomatique. Une perfusion d'adrénaline (2-10 µg/min) ou de dopamine (5-20 µg/kg/min) peut être ajoutée en soutien, jamais en bolus.

Étape 4

Décision 4

Information clinique

Les électrodes du défibrillateur avec fonction pacing sont en place. Le patient est conscient mais confus, il tolère mal la position allongée et la douleur des impulsions. L'infirmière vous demande les paramètres à régler et les précautions à prendre.

Parmi les mesures suivantes, lesquelles sont indispensables à un pacing transcutané efficace et sûr ?

A

Ne pas sédater le patient, la douleur du pacing est acceptable et le maintien de la conscience est utile pour la surveillance

B

Sédation-antalgie associée (benzodiazépine + morphinique titrés) pour la tolérance des impulsions

C

Débuter à l'intensité maximale du courant (200 mA) d'emblée pour être sûr d'obtenir la capture

D

Vérifier à la fois la capture électrique et la capture mécanique (pouls fémoral, pléthysmographie)

E

Programmer une fréquence entre 60 et 80/min et augmenter progressivement l'intensité jusqu'à obtention de la capture

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Bonne réponse

B. Sédation-antalgie associée (benzodiazépine + morphinique titrés) pour la tolérance des impulsions D. Vérifier à la fois la capture électrique et la capture mécanique (pouls fémoral, pléthysmographie) E. Programmer une fréquence entre 60 et 80/min et augmenter progressivement l'intensité jusqu'à obtention de la capture

Explication pédagogique

Le pacing transcutané est efficace mais douloureux. Une sédation-antalgie est indispensable pour la tolérance, sans être si profonde qu'elle compromet la fonction respiratoire. L'intensité du courant doit être titrée progressivement à partir d'un seuil bas (autour de 30-40 mA) jusqu'à obtention de la capture, en général entre 40 et 100 mA. La vérification de la capture mécanique par le pouls fémoral ou la courbe pléthysmographique est essentielle : la présence d'une déflexion électrique sur le tracé ne garantit pas la contraction ventriculaire. La fréquence est programmée entre 60 et 80/min.

Étape 5

Décision 5

Information clinique

Le pacing transcutané est efficace. Le patient est stable sous sédation légère. Il est temps de rechercher activement une cause réversible avant que le cardiologue ne prenne le relais pour le pacing transveineux.

Parmi les investigations et interventions suivantes, lesquelles sont indiquées à ce stade ?

A

Revue exhaustive du traitement en cours (bradycardisants, antihypertenseurs) et interrogatoire familial sur une éventuelle surdose

B

Attendre l'avis du cardiologue avant tout autre examen ou intervention

C

Bilan biologique STAT incluant ionogramme complet, glycémie, digoxinémie si prise, troponine, TSH

D

ECG 12 dérivations complet à la recherche d'un infarctus inférieur ou postérieur méconnu

E

Débuter empiriquement une antibiothérapie à large spectre pour couvrir une maladie de Lyme atteignant le tissu de conduction

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Bonne réponse

A. Revue exhaustive du traitement en cours (bradycardisants, antihypertenseurs) et interrogatoire familial sur une éventuelle surdose C. Bilan biologique STAT incluant ionogramme complet, glycémie, digoxinémie si prise, troponine, TSH D. ECG 12 dérivations complet à la recherche d'un infarctus inférieur ou postérieur méconnu

Explication pédagogique

Toute bradycardie symptomatique impose la recherche systématique de causes réversibles. Les recommandations 2018 rappellent la hiérarchie : ischémie myocardique (surtout inférieure et postérieure, souvent avec BAV supra-hisien atropine-sensible), désordres hydro-électrolytiques (hyperkaliémie surtout), intoxication médicamenteuse (bêta-bloquants, inhibiteurs calciques bradycardisants, digitaliques, antiarythmiques), hypothyroïdie profonde. Cette recherche conditionne le traitement étiologique parfois curatif (reperfusion myocardique, correction ionique, antidote spécifique) et évite un pacing définitif inutile si la cause est réversible.

Étape 6

Décision 6

Information clinique

Sous pacing transcutané avec capture confirmée à 70/min et sédation, la TA reste à 88/54 avec marbrures persistantes aux genoux. Le cardiologue est prévenu, il arrive dans 15 minutes pour le pacing transveineux. Vous décidez d'ajouter une catécholamine en soutien pour maintenir la pression artérielle moyenne.

Concernant la modalité d'administration de l'adrénaline dans cette situation, quelle est la conduite la plus appropriée ?

A

Adrénaline en perfusion continue 2 à 10 µg/min IVSE, titrée sur la pression artérielle moyenne cible ≥ 65 mmHg

B

Adrénaline 1 mg diluée dans 10 mL, administrée en push IV lent sur 1 minute

C

Adrénaline 0,5 mg IM dans la face antéro-latérale de la cuisse, à répéter toutes 5 minutes

D

Adrénaline 1 mg IV en bolus rapide toutes 5 minutes jusqu'à obtenir une pression artérielle moyenne ≥ 65 mmHg

E

Adrénaline 0,3 mg SC toutes 10 minutes

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Bonne réponse

A. Adrénaline en perfusion continue 2 à 10 µg/min IVSE, titrée sur la pression artérielle moyenne cible ≥ 65 mmHg

Explication pédagogique

Dans la bradycardie symptomatique avec pression artérielle basse, l'adrénaline est administrée en **perfusion continue** à un débit initial de 2 à 10 µg/min IVSE, titré sur la pression artérielle moyenne cible ≥ 65 mmHg. La dopamine 5-20 µg/kg/min IVSE constitue une alternative équivalente selon les algorithmes ACLS. Posologies alignées sur le protocole Clin92. La perfusion continue permet une titration fine et évite les à-coups tensionnels et arythmogènes du bolus.

Étape 7

Décision 7

Information clinique

Le cardiologue interventionnel arrive. Le patient est sous pacing transcutané efficace, sédation légère, adrénaline en perfusion 6 µg/min. TA 96/60, capture mécanique bonne. Vous transmettez pour l'organisation du pacing transveineux.

Quelle transmission adressez-vous au cardiologue interventionnel ?

A

« Homme de 74 ans, HTA sous bisoprolol 5 mg/j, admis à 21 h 15 pour syncope et bradycardie à l'accueil. ECG : BAV complet avec dissociation A-V, rythme d'échappement ventriculaire à 34/min et QRS larges. Atropine 2 mg IV en deux doses sans effet soutenu à 21 h 25. Pacing transcutané mis en place à 21 h 30, capture électrique et mécanique à 70 mA/70 min, sous sédation midazolam-fentanyl. Adrénaline en perfusion 6 µg/min depuis 21 h 45, PAM à 70. Kaliémie normale, pas de sus-décalage sur ECG 12 D, troponine légèrement élevée à 45 ng/L (attribuable au choc). Je te demande un pacing transveineux définitif dans les meilleurs délais et l'orientation en USIC pour surveillance et bilan étiologique. »

B

Contact avec l'anesthésiste réanimateur uniquement, la cardiologie interventionnelle sera appelée dans un second temps

C

Envoi direct du patient au cathlab avec le dossier papier, sans appel préalable

D

Attendre le résultat de la troponine à H+6 avant tout appel au cardiologue interventionnel

E

« J'ai un BAV complet, prends-le en charge. »

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Bonne réponse

A. « Homme de 74 ans, HTA sous bisoprolol 5 mg/j, admis à 21 h 15 pour syncope et bradycardie à l'accueil. ECG : BAV complet avec dissociation A-V, rythme d'échappement ventriculaire à 34/min et QRS larges. Atropine 2 mg IV en deux doses sans effet soutenu à 21 h 25. Pacing transcutané mis en place à 21 h 30, capture électrique et mécanique à 70 mA/70 min, sous sédation midazolam-fentanyl. Adrénaline en perfusion 6 µg/min depuis 21 h 45, PAM à 70. Kaliémie normale, pas de sus-décalage sur ECG 12 D, troponine légèrement élevée à 45 ng/L (attribuable au choc). Je te demande un pacing transveineux définitif dans les meilleurs délais et l'orientation en USIC pour surveillance et bilan étiologique. »

Explication pédagogique

La transmission structurée comporte les antécédents pertinents, l'horodatage précis des thérapeutiques à haut risque, la trajectoire clinique et biologique, les doses en cours, l'état actuel et une demande explicite. Elle permet au cardiologue interventionnel de préparer l'accueil au cathlab et l'équipe de surveillance en USIC. La coordination anticipée conditionne la sécurité du transfert.

Débriefing finalAfficher le débriefing

Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.

Objectifs pédagogiques

  • Reconnaître un bloc auriculo-ventriculaire complet sur ECG et évaluer sa tolérance clinique.

  • Prescrire l'atropine selon les recommandations actuelles (1 mg IV, renouvelable, dose maximale cumulée 3 mg).

  • Identifier l'échec de l'atropine et escalader sans délai vers le pacing transcutané.

  • Mettre en place un pacing transcutané efficace avec sédation-antalgie et vérification de la capture.

  • Rechercher systématiquement les causes réversibles de bradycardie (revue médicamenteuse, ionogramme, ECG 12 dérivations).

  • Administrer les catécholamines en perfusion continue titrée, jamais en bolus en dehors de l'arrêt cardiaque.

  • Structurer une transmission d'escalade au cardiologue interventionnel pour pacing transveineux définitif.

Points clés à retenirAfficher les points clés
  • Le BAV complet symptomatique est une urgence thérapeutique reconnue cliniquement (bradycardie + instabilité) et confirmée sur ECG (dissociation A-V, ondes P dissociées des QRS).

  • L'atropine se prescrit à 1 mg IV en bolus, renouvelable toutes 3 à 5 minutes, dose maximale cumulée 3 mg. La dose ancienne de 0,5 mg est obsolète.

  • Un QRS large ou l'échec de l'atropine oriente vers un bloc infranodal : escalade sans délai vers le pacing transcutané, sans dépasser la dose maximale d'atropine.

  • Le pacing transcutané efficace exige une sédation-antalgie titrée, une intensité du courant montée progressivement, et une vérification systématique de la capture mécanique en plus de la capture électrique.

  • Toute bradycardie symptomatique impose la recherche de causes réversibles : ECG 12 dérivations complet pour ischémie, ionogramme pour hyperkaliémie, revue médicamenteuse pour intoxication bradycardisante.

  • Les catécholamines dans la bradycardie s'administrent en **perfusion continue titrée** : adrénaline 2-10 µg/min ou dopamine 5-20 µg/kg/min. Le bolus d'adrénaline 1 mg est la dose de l'arrêt cardiaque, jamais dans la bradycardie perfusée.

  • Le pacing transveineux définitif reste le traitement de référence en cas de BAV complet symptomatique non réversible.