Contenu pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior. Lire l’avertissement médical.

Reflexes Urgences

Cas clinique

Hypercalcémie Maligne

Hémato-oncologie

Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.

Présentation initiale

Femme de 68 ans, retraitée (ancienne enseignante), vit à domicile avec son mari. **Adénocarcinome bronchique épidermoïde du lobe supérieur droit** connu depuis 8 mois, T3N2M1b, **métastases osseuses multiples** (rachis dorso-lombaire, bassin, fémur droit) documentées par scintigraphie et TDM. Traitée par chimiothérapie (carboplatine + paclitaxel) et immunothérapie (pembrolizumab) — dernière cure il y a 3 semaines. Antécédents : HTA sous amlodipine 5 mg/j (bien équilibrée), dyslipidémie sous atorvastatine 20 mg/j, ostéoporose post-ménopausique. Ex-fumeuse (40 paquets-année, sevrée il y a 10 ans). Pas d'antécédent cardiaque ni rénal.

Amenée par sa famille aux urgences pour **confusion progressive depuis 5 jours**, associée à une anorexie sévère, des vomissements alimentaires 3 à 4 fois par jour, une constipation opiniâtre depuis 4 jours, et une polydipsie avec polyurie signalées par le mari. Il rapporte également un état de fatigue intense, un désintérêt pour son environnement, et une désorientation temporo-spatiale d'apparition brutale ces dernières 48 heures.

À l'arrivée aux urgences : TA 105/62 mmHg (TA habituelle 130-140/80), FC 105/min, FR 18/min, SpO₂ 97 % en air ambiant, T 37,2 °C.

**Examen clinique** : - **GCS 13** (E4 – ouverture spontanée ; V3 – mots inappropriés ; M6 – obéit aux ordres simples) — **confuse, désorientée temps et espace**, ralentie - **Signes cliniques de déshydratation** franche : muqueuses très sèches, plis cutanés persistants, langue rôtie, extrémités marbrées, veines périphériques collabées - Cardio-pulmonaire : tachycardie régulière sans souffle, auscultation pulmonaire libre - Abdomen ballonné, souple, non douloureux, transit ralenti (dernière selle il y a 4 jours) - Neurologique : pas de déficit focal, hypotonie diffuse, ROT diminués aux 4 membres - Pas de fièvre, pas de syndrome méningé

**Bilan biologique initial** : - **Calcium total 3,85 mmol/L (14,6 mg/dL)** — **hypercalcémie sévère** - **Albumine 30 g/L** (basse — dénutrition) - **Calcium corrigé** = 3,85 + 0,02 × (40 − 30) = **4,05 mmol/L (16,2 mg/dL)** — **crise hypercalcémique** - **Calcium ionisé mesuré : 2,15 mmol/L** (normal 1,15-1,30) — confirme la sévérité - Phosphore 0,72 mmol/L (bas — évocateur de mécanisme PTHrP) - Créatinine 168 µmol/L (référence 78, insuffisance rénale aiguë fonctionnelle, clairance calculée à 30 mL/min) - Urée 15 mmol/L - Ionogramme : Na 132 mmol/L, K 3,3 mmol/L, Cl 92 mmol/L, HCO₃⁻ 28 mmol/L (alcalose métabolique associée) - Glycémie 1,08 g/L - NFS : Hb 9,2 g/dL (anémie chronique), leucocytes 8 500/mm³, plaquettes 245 000/mm³ - CRP 32 mg/L, procalcitonine 0,15 ng/mL - Bilan hépatique : ASAT 42, ALAT 38, PAL 385 (élevées — activité ostéolytique), GGT 55, bilirubine normale - **PTH intacte : < 5 pg/mL** (supprimée) — évocateur d'hypercalcémie non-PTH-dépendante - **PTHrP (peptide apparenté à la PTH) : prélèvement en cours**, délai de rendu plusieurs jours - 25-OH-vitamine D 22 ng/mL (limite basse) - Bêta-2 microglobuline en cours

**ECG** : rythme sinusal à 105/min, **QT court** (QTc 340 ms), pas de trouble du rythme, pas de trouble de la conduction.

**Gaz du sang veineux** : pH 7,44, HCO₃⁻ 28, lactate 2,2 mmol/L.

Poids habituel déclaré 62 kg (poids actuel probablement 58 kg par déshydratation et anorexie).

Étape 1

Décision 1

Information clinique

La patiente est installée en salle d'accueil. Un infirmier propose : « Elle est confuse, elle est cancéreuse, c'est probablement une évolution métastatique cérébrale. On l'installe et on l'observe. »

Quelle est votre conduite immédiate ?

A

Reconnaître une crise hypercalcémique maligne, débuter immédiatement la réhydratation IV, corriger le calcium par l'albumine, mesurer le calcium ionisé et prescrire le traitement spécifique

B

Débuter d'emblée une corticothérapie forte dose IV en priorité pour hypertension intracrânienne suspectée, cause de confusion chez cette patiente néoplasique

C

Prescrire uniquement une hydratation orale forcée et un traitement symptomatique de la confusion, la voie IV étant réservée aux cas hémodynamiquement instables

D

Se limiter à une surveillance clinique et biologique pendant 24 heures avant décision thérapeutique, l'hypercalcémie chronique étant habituellement bien tolérée

E

Programmer une IRM cérébrale en urgence extrême avant tout traitement pour éliminer les métastases cérébrales, cause plus fréquente de confusion en cancer avancé

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Bonne réponse

A. Reconnaître une crise hypercalcémique maligne, débuter immédiatement la réhydratation IV, corriger le calcium par l'albumine, mesurer le calcium ionisé et prescrire le traitement spécifique

Explication pédagogique

Le tableau clinique associe une **confusion progressive**, une **déshydratation majeure**, une **anorexie-vomissements-constipation**, une **polyuro-polydipsie**, chez une patiente atteinte d'un **cancer bronchique épidermoïde avec métastases osseuses** — la triade clinique évocatrice (« stones, bones, groans, thrones, psychiatric overtones ») associée au terrain oncologique impose immédiatement le diagnostic d'**hypercalcémie maligne**. Le calcium total à 3,85 mmol/L (14,6 mg/dL), corrigé à 4,05 mmol/L par l'hypoalbuminémie, et le calcium ionisé à 2,15 confirment la **crise hypercalcémique** (Ca corrigé > 3,5 mmol/L avec symptômes). La conduite associe : (1) deux VVP de bon calibre ; (2) **réhydratation IV agressive immédiate** par sérum salé 0,9 % (pierre angulaire du traitement) ; (3) bilan complet incluant calcium ionisé, PTH intacte, PTHrP, phosphore, 25-OH-vitamine D, bilan rénal ; (4) ECG (raccourcissement du QT, arythmies) ; (5) **traitement spécifique** (bisphosphonate IV, éventuellement calcitonine en pont) ; (6) recherche et prise en charge de la cause. Le recours à l'oncologue traitant est indispensable. Posologies alignées sur le protocole Clin92 « Hypercalcémie maligne ».

Étape 2

Décision 2

Information clinique

Un interne junior vous présente le bilan : « Le calcium total est à 3,85, c'est élevé mais gérable. On peut commencer tranquillement. »

Quelle est votre interprétation du calcium et sa gravité réelle ?

A

Le calcium corrigé se calcule uniquement en cas d'hyperalbuminémie, ce qui n'est pas le cas ici — la formule ne s'applique pas dans cette situation

B

Le dosage du calcium ionisé n'est pas utile en pratique clinique, sa mesure étant coûteuse et n'apportant aucune information additionnelle

C

La formule à appliquer est Ca mesuré − 0,02 × (albumine − 40), ce qui donne un calcium abaissé chez cette patiente

D

Ca corrigé = 3,85 + 0,02 × (40 − 30) = 4,05 mmol/L chez cette hypoalbuminémie ; Ca ionisé 2,15 confirme la crise hypercalcémique

E

Le calcium total à 3,85 est le paramètre biologique de référence, aucune correction par l'albumine n'est nécessaire pour évaluer la sévérité

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Bonne réponse

D. Ca corrigé = 3,85 + 0,02 × (40 − 30) = 4,05 mmol/L chez cette hypoalbuminémie ; Ca ionisé 2,15 confirme la crise hypercalcémique

Explication pédagogique

Le calcium sanguin circule sous deux formes principales : (1) **calcium ionisé libre (biologiquement actif, 50 %)** ; (2) **calcium lié à l'albumine (40 %)** ; le reste étant lié à des anions. En cas d'**hypoalbuminémie** (fréquente chez les patients dénutris ou cancéreux), le calcium total mesuré **sous-estime** la fraction ionisée biologiquement active. La formule de correction (Payne, 1973) : **Ca corrigé (mmol/L) = Ca mesuré + 0,02 × (40 − albumine en g/L)**. Chez cette patiente : Ca corrigé = 3,85 + 0,02 × (40 − 30) = **4,05 mmol/L (16,2 mg/dL)**. Le **calcium ionisé** mesuré à **2,15 mmol/L** (normal 1,15-1,30) confirme la sévérité et représente le paramètre de référence quand il est disponible. Classification : **léger** (Ca corrigé 2,60-3,00), **modéré** (3,00-3,50), **sévère** (> 3,50). Cette patiente présente une **crise hypercalcémique** (Ca corrigé > 3,5 avec symptômes neurologiques et rénaux), imposant un traitement urgent.

Étape 3

Décision 3

Information clinique

Un confrère plus ancien vous met en garde : « Elle a 68 ans, un cancer avancé, peut-être un cœur fragile. Ne la surchargez pas. Commencez doucement à 1 L/24h de sérum salé. »

Quelle est votre stratégie d'hydratation ?

A

Restreindre les apports hydriques totaux à moins de 500 mL/24h pour éviter tout risque de surcharge chez cette patiente aux réserves cardiaques limitées

B

**Réhydratation IV agressive** par sérum salé 0,9 % à **200-300 mL/h les 2-4 premières heures** puis 100-150 mL/h, objectif 3-4 L/24h avec surveillance

C

Accepter la proposition et débuter 1 L/24h de sérum salé, hydratation prudente adaptée à la fragilité du patient âgé cancéreux

D

Ne prescrire aucune hydratation IV et se limiter à une hydratation orale forcée avec sels de réhydratation, moins agressive et mieux tolérée

E

Utiliser une solution glucosée à 5 % en 1ère intention, plus adaptée à la déshydratation intracellulaire chez la patiente confuse et vomissante

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Bonne réponse

B. **Réhydratation IV agressive** par sérum salé 0,9 % à **200-300 mL/h les 2-4 premières heures** puis 100-150 mL/h, objectif 3-4 L/24h avec surveillance

Explication pédagogique

La **réhydratation IV agressive** est la **pierre angulaire** du traitement de l'hypercalcémie maligne (Endocrine Society 2016, ASCO 2020) : (1) elle corrige la **déshydratation majeure** (secondaire à la polyurie osmotique induite par l'hypercalcémie et à l'anorexie-vomissements) ; (2) elle **augmente le débit de filtration glomérulaire** et donc l'**excrétion urinaire de calcium** ; (3) elle prépare le rein à recevoir les traitements spécifiques (bisphosphonates). Le schéma recommandé : **sérum salé 0,9 %** (pas de glucosé, ni de solution hypotonique) à **200-300 mL/h pendant les 2 à 4 premières heures**, puis **100-150 mL/h**, avec **objectif 3-4 L/24h** chez un patient sans insuffisance cardiaque significative. **Surveillance étroite de la volémie** : auscultation pulmonaire, diurèse horaire (cible ≥ 100 mL/h), SpO₂, TA, examen des œdèmes. Chez le patient à risque cardiaque, réduire à 150-200 mL/h initialement avec surveillance renforcée, éventuellement échocardiographie. **La sous-hydratation par crainte de la surcharge est un piège classique** : elle laisse l'hypercalcémie s'aggraver, la fonction rénale se dégrader, et empêche l'action des traitements spécifiques.

Étape 4

Décision 4

Information clinique

Un confrère plus ancien vous propose : « Une fois qu'elle est réhydratée, ajoute du furosémide 40 mg IV toutes les 6h. Ça va augmenter la calciurie et faire baisser le calcium plus vite, c'est le protocole classique. »

Quelle est votre attitude concernant le furosémide ?

A

Prescrire un thiazidique en 1ère intention à la place du furosémide, effet calciurique documenté et meilleur profil de tolérance

B

**Ne pas prescrire de furosémide en systématique** : doctrine obsolète (Endocrine Society 2016), peu efficace, aggrave la déshydratation, réservé à la surcharge documentée

C

Accepter la proposition et prescrire furosémide 40 mg IV toutes les 6h en systématique, protocole classique enseigné dans la crise hypercalcémique

D

Doubler la dose de furosémide (80 mg IV toutes les 4h) pour un effet maximal sur la calciurie et une baisse plus rapide du calcium

E

Prescrire le furosémide en association avec un thiazidique pour majorer la calciurie par double blocage tubulaire proximal et distal

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Bonne réponse

B. **Ne pas prescrire de furosémide en systématique** : doctrine obsolète (Endocrine Society 2016), peu efficace, aggrave la déshydratation, réservé à la surcharge documentée

Explication pédagogique

La **prescription systématique du furosémide** dans l'hypercalcémie maligne est une **doctrine ancienne devenue obsolète** (Endocrine Society 2016, ASCO 2020, NCCN 2024). Elle reposait sur l'idée que le blocage de la réabsorption calcique dans la branche ascendante de l'anse de Henle augmenterait la calciurie. **En pratique** : (1) l'effet du furosémide sur la calciurie est **modeste** ; (2) le furosémide **aggrave la déshydratation** (déjà majeure chez ces patients) et donc l'insuffisance rénale, qui **empêche à son tour l'action des bisphosphonates** ; (3) il induit des **désordres électrolytiques** (hypokaliémie, hypomagnésémie) qui peuvent précipiter des arythmies dans un contexte de QT court hypercalcémique. Les recommandations actuelles réservent le furosémide aux **patients avec signes de surcharge volémique documentée** (dyspnée, râles crépitants, œdèmes, HTA), après l'obtention d'un état d'euvolémie. **Les thiazidiques sont formellement contre-indiqués** : ils réduisent la calciurie (effet inverse) et peuvent aggraver l'hypercalcémie. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 5

Décision 5

Information clinique

La patiente est réhydratée, diurèse installée, calcium ionisé à H+3 stable à 2,10 mmol/L (peu de variation attendue avant traitement spécifique). Vous devez décider du traitement de fond.

Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont indiquées ?

A

Zolédronate 4 mg IV en 15 min (bisphosphonate de 1ère intention), adapter à la fonction rénale, contre-indiqué si clairance < 30 mL/min

B

Calcitonine 4-8 UI/kg SC toutes les 12h en pont pendant les 48 premières heures, avec tachyphylaxie apparaissant à J+2 à J+3

C

Denosumab 60-120 mg SC comme alternative en cas d'insuffisance rénale (clairance < 30 mL/min contre-indiquant les bisphosphonates), avec surveillance de l'hypocalcémie ultérieure

D

Prescription de calcium et vitamine D à haute dose pour équilibrer la balance calcique, corriger la carence osseuse concomitante des cancers métastatiques

E

Diurétiques thiazidiques (hydrochlorothiazide 25 mg) pour majorer l'excrétion urinaire de calcium par action tubulaire distale spécifique et durable

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Bonne réponse

A. Zolédronate 4 mg IV en 15 min (bisphosphonate de 1ère intention), adapter à la fonction rénale, contre-indiqué si clairance < 30 mL/min B. Calcitonine 4-8 UI/kg SC toutes les 12h en pont pendant les 48 premières heures, avec tachyphylaxie apparaissant à J+2 à J+3 C. Denosumab 60-120 mg SC comme alternative en cas d'insuffisance rénale (clairance < 30 mL/min contre-indiquant les bisphosphonates), avec surveillance de l'hypocalcémie ultérieure

Explication pédagogique

Le traitement spécifique de fond de l'hypercalcémie maligne associe : (1) **bisphosphonate IV en 1ère intention** — **zolédronate 4 mg IV en 15 min** (préféré au pamidronate pour son efficacité, sa rapidité d'action et sa durée) — adaptation à la fonction rénale (dose réduite si clairance 30-60, contre-indiqué si clairance < 30 pour le zolédronate, < 35 pour le pamidronate) ; effet **différé à J+2 à J+4**, **nadir à J+4 à J+7**, durée d'action **2 à 3 semaines** ; effets secondaires : syndrome pseudo-grippal, hypocalcémie retardée, ostéonécrose de mâchoire (rare, cumulative) ; (2) **calcitonine** en pont pendant les 48 premières heures : **4-8 UI/kg SC toutes les 12h**, effet **rapide** (4-6h) mais **modeste** (baisse de 0,5 mmol/L max) et **transitoire** (tachyphylaxie à J+2 à J+3) — utile pour attendre l'action des bisphosphonates ; (3) **denosumab** (Xgeva® 120 mg SC ou Prolia® 60 mg SC) comme alternative en cas de **contre-indication aux bisphosphonates** (insuffisance rénale sévère) ou d'échec — pas de contre-indication rénale, efficace, mais surveillance impérative de l'**hypocalcémie retardée** (parfois profonde, à J+9 à J+11). **Chez cette patiente avec clairance à 30 mL/min** : la limite basse pour le zolédronate est atteinte — soit dose réduite après amélioration de la clairance sous réhydratation, soit denosumab. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 6

Décision 6

Information clinique

Vous devez formaliser l'étiologie et anticiper la suite. La patiente est en cancer avancé métastatique.

Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont correctes ?

A

Une fois la crise passée, la prévention des récidives repose exclusivement sur l'arrêt définitif de tout traitement oncologique

B

Surveillance biologique rapprochée (calcium ionisé, créatinine, ionogramme, magnésium, phosphore toutes les 12-24h), avec attention particulière à la kaliémie et à la magnésémie pendant la réhydratation

C

Discussion multidisciplinaire (oncologue, soins palliatifs, médecin traitant, famille) essentielle pour évaluer le rapport bénéfice-risque et anticiper les questions de fin de vie

D

Il n'y a aucun intérêt à contacter l'oncologue traitant en urgence, la prise en charge relevant uniquement de la médecine interne

E

Mécanisme le plus probable dans ce cancer épidermoïde : sécrétion tumorale de **PTHrP**, avec PTH intacte supprimée et phosphore bas, confirmée par le dosage plasmatique

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Bonne réponse

B. Surveillance biologique rapprochée (calcium ionisé, créatinine, ionogramme, magnésium, phosphore toutes les 12-24h), avec attention particulière à la kaliémie et à la magnésémie pendant la réhydratation C. Discussion multidisciplinaire (oncologue, soins palliatifs, médecin traitant, famille) essentielle pour évaluer le rapport bénéfice-risque et anticiper les questions de fin de vie E. Mécanisme le plus probable dans ce cancer épidermoïde : sécrétion tumorale de **PTHrP**, avec PTH intacte supprimée et phosphore bas, confirmée par le dosage plasmatique

Explication pédagogique

La prise en charge globale de l'hypercalcémie maligne associe : (1) **identification du mécanisme** — chez cette patiente, **cancer épidermoïde** (bronchique, ORL, cutané, rein), le mécanisme le plus fréquent est la sécrétion tumorale de **PTHrP** (jusqu'à 80 % des hypercalcémies malignes), caractérisée par une PTH intacte **supprimée** (rétro-inhibition de la PTH endogène), un **phosphore bas** (effet phosphaturique du PTHrP mimant la PTH), et une hypercalcémie chronique-évolutive — confirmé à distance par le dosage plasmatique du PTHrP. Autres mécanismes possibles : ostéolyse locale directe par métastases (fréquent en cas de métastases osseuses étendues, chez cette patiente c'est probablement un mécanisme associé), sécrétion de calcitriol (lymphomes, granulomatoses), sécrétion ectopique de PTH (rare) ; (2) **coordination multidisciplinaire** — contact avec l'**oncologue traitant** en urgence (poursuite ou modification du traitement anti-tumoral), **équipe de soins palliatifs**, **médecin traitant**, **famille** — pour évaluer le rapport bénéfice-risque, discuter des objectifs de soins, anticiper les questions de directives anticipées, de fin de vie éventuelle ; (3) **surveillance biologique rapprochée** — calcium ionisé, créatinine, ionogramme (surveillance de la kaliémie et de la magnésémie en particulier pendant la réhydratation, qui peut les diluer/laver), phosphore ; répétition toutes les 12-24h en phase aiguë.

Étape 7

Décision 7

Information clinique

Le lit en oncologie médicale est prêt. Vous transmettez.

Quelle transmission adressez-vous ?

A

« Une hypercalcémie qui monte, à toi »

B

Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit

C

« Femme 68 ans, adénocarcinome bronchique épidermoïde T3N2M1b connu depuis 8 mois avec métastases osseuses multiples (rachis, bassin, fémur), sous carboplatine-paclitaxel-pembrolizumab, dernière cure il y a 3 semaines. Admise à 10 h 00 pour confusion progressive depuis 5 jours, anorexie, vomissements, constipation, polyuro-polydipsie sur crise hypercalcémique maligne sévère. À l'entrée : Ca total 3,85, albumine 30, Ca corrigé 4,05, Ca ionisé 2,15, phosphore 0,72 (bas), PTH intacte < 5 pg/mL (supprimée), PTHrP en cours. Créatinine 168 (référence 78, IRA fonctionnelle, clairance 30). QT court à l'ECG sans arythmie. Bundle démarré à 10 h 30 : réhydratation IV agressive par sérum salé 0,9 % à 250 mL/h avec sonde urinaire et surveillance étroite de la volémie (auscultation, diurèse horaire, SpO₂), pas de furosémide prescrit (doctrine obsolète, réservé à la surcharge). À 13 h 00 : diurèse installée à 90 mL/h, TA remontée à 118/72, patiente moins confuse (GCS 14). Calcitonine 200 UI SC × 2/j débutée en pont à 13 h 30. Zolédronate 4 mg IV à dose adaptée programmé dès clairance ≥ 35 (contrôle créatinine à 16 h). Denosumab discuté avec l'oncologue en alternative si clairance persistante < 30. Oncologue traitant contacté (Dr [nom]), staff soins palliatifs consulté, famille informée. Diagnostic étiologique : hypercalcémie par PTHrP sur cancer épidermoïde, mécanisme d'ostéolyse locale associé probable. Je vous la monte pour poursuite de la réhydratation, administration du bisphosphonate quand la fonction rénale le permet, surveillance biologique rapprochée (Ca ionisé, créat, iono, Mg, phosphore toutes les 12h), RCP à programmer pour la stratégie oncologique et la discussion de la poursuite de la chimiothérapie. Points d'anticipation : hypocalcémie retardée post-bisphosphonate, aggravation neurologique persistante, décision multidisciplinaire sur les objectifs de soins, directives anticipées à aborder avec la famille. »

D

Attendre 24 heures avant tout transfert

E

Contact avec l'oncologue traitant uniquement, l'équipe d'oncologie médicale étant informée par le compte rendu écrit

Correction de l’étapeAfficher la réponse

Bonne réponse

C. « Femme 68 ans, adénocarcinome bronchique épidermoïde T3N2M1b connu depuis 8 mois avec métastases osseuses multiples (rachis, bassin, fémur), sous carboplatine-paclitaxel-pembrolizumab, dernière cure il y a 3 semaines. Admise à 10 h 00 pour confusion progressive depuis 5 jours, anorexie, vomissements, constipation, polyuro-polydipsie sur crise hypercalcémique maligne sévère. À l'entrée : Ca total 3,85, albumine 30, Ca corrigé 4,05, Ca ionisé 2,15, phosphore 0,72 (bas), PTH intacte < 5 pg/mL (supprimée), PTHrP en cours. Créatinine 168 (référence 78, IRA fonctionnelle, clairance 30). QT court à l'ECG sans arythmie. Bundle démarré à 10 h 30 : réhydratation IV agressive par sérum salé 0,9 % à 250 mL/h avec sonde urinaire et surveillance étroite de la volémie (auscultation, diurèse horaire, SpO₂), pas de furosémide prescrit (doctrine obsolète, réservé à la surcharge). À 13 h 00 : diurèse installée à 90 mL/h, TA remontée à 118/72, patiente moins confuse (GCS 14). Calcitonine 200 UI SC × 2/j débutée en pont à 13 h 30. Zolédronate 4 mg IV à dose adaptée programmé dès clairance ≥ 35 (contrôle créatinine à 16 h). Denosumab discuté avec l'oncologue en alternative si clairance persistante < 30. Oncologue traitant contacté (Dr [nom]), staff soins palliatifs consulté, famille informée. Diagnostic étiologique : hypercalcémie par PTHrP sur cancer épidermoïde, mécanisme d'ostéolyse locale associé probable. Je vous la monte pour poursuite de la réhydratation, administration du bisphosphonate quand la fonction rénale le permet, surveillance biologique rapprochée (Ca ionisé, créat, iono, Mg, phosphore toutes les 12h), RCP à programmer pour la stratégie oncologique et la discussion de la poursuite de la chimiothérapie. Points d'anticipation : hypocalcémie retardée post-bisphosphonate, aggravation neurologique persistante, décision multidisciplinaire sur les objectifs de soins, directives anticipées à aborder avec la famille. »

Explication pédagogique

La transmission structurée d'une crise hypercalcémique maligne comprend : le contexte oncologique précis (type, stade, traitement en cours), l'horodatage et la sévérité de la présentation, l'interprétation biologique **avec calcium corrigé et ionisé** (essentielle pour éviter le piège du calcium total), l'horodatage du bundle thérapeutique (réhydratation agressive, absence de furosémide justifiée, calcitonine en pont, bisphosphonate programmé selon fonction rénale), la coordination multidisciplinaire déjà engagée (oncologue, soins palliatifs, famille), le diagnostic étiologique (mécanisme PTHrP), les points d'anticipation (hypocalcémie retardée, décision multidisciplinaire, directives anticipées).

Débriefing finalAfficher le débriefing

Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.

Objectifs pédagogiques

  • Reconnaître une **hypercalcémie maligne sévère** (crise hypercalcémique) : calcium corrigé > 3,5 mmol/L (14 mg/dL) avec troubles neurologiques et déshydratation majeure, chez un patient avec pathologie néoplasique.

  • Appliquer systématiquement la **correction du calcium par l'albumine** (formule : Ca corrigé = Ca mesuré + 0,02 × (40 − albumine en g/L)) ou mesurer directement le **calcium ionisé**, seule valeur fiable — ne pas s'arrêter au calcium total en cas d'hypoalbuminémie.

  • Instaurer une **réhydratation IV agressive** par sérum salé 0,9 % (200-300 mL/h initialement, objectif 3-4 L/24h) comme pierre angulaire du traitement, avec ajustement selon la volémie et la fonction cardiaque.

  • Ne **pas prescrire de furosémide en systématique** : la doctrine ancienne du furosémide de routine pour augmenter la calciurie est obsolète (peu d'efficacité, risque d'aggraver la déshydratation) ; réserver aux signes de surcharge volémique.

  • Prescrire un **bisphosphonate IV** en traitement de fond : **zolédronate 4 mg IV en 15 minutes** en 1ère intention (adaptation à la fonction rénale, contre-indiqué si clairance < 30 mL/min) ; alternative **pamidronate 60-90 mg IV en 2-4h**. Effet différé à J+2 à J+4, nadir à J+4 à J+7.

  • Reconnaître les indications du **denosumab** (60-120 mg SC) : insuffisance rénale sévère ou échec/intolérance aux bisphosphonates, avec surveillance de l'hypocalcémie ultérieure.

  • Utiliser la **calcitonine** (4-8 UI/kg SC/IM × 2/j) en pont pendant les 48 premières heures, avant l'action des bisphosphonates, avec conscience de la tachyphylaxie.

  • Rechercher et traiter l'étiologie (mécanisme PTHrP, ostéolyse locale, calcitriol, PTH ectopique) et **anticiper la prise en charge palliative** dans un contexte de maladie avancée.

Points clés à retenirAfficher les points clés
  • L'**hypercalcémie maligne sévère** (Ca corrigé > 3,5 mmol/L ou > 14 mg/dL avec symptômes) est une **urgence oncologique vitale** — la présentation associe la triade « stones, bones, groans, thrones, psychiatric overtones » (rein, os, digestif, urinaire, neuro-psychiatrique) chez un patient avec pathologie néoplasique.

  • La **correction du calcium par l'albumine est indispensable** (formule : Ca corrigé = Ca mesuré + 0,02 × (40 − albumine en g/L)) ou mesurer le **calcium ionisé** — le calcium total sans correction sous-estime la gravité chez les patients hypoalbuminémiques (dénutrition, cancer avancé).

  • La **réhydratation IV agressive par sérum salé 0,9 %** est la **pierre angulaire** du traitement : 200-300 mL/h initialement, objectif 3-4 L/24h, avec surveillance étroite de la volémie. La sous-hydratation par crainte de la surcharge est un piège classique documenté.

  • Le **furosémide systématique est obsolète** (Endocrine Society 2016, ASCO 2020, NCCN 2024) — peu d'efficacité sur la calciurie, aggrave la déshydratation et l'insuffisance rénale. Il n'est réservé qu'aux **signes de surcharge volémique documentée**. Les **thiazidiques sont contre-indiqués** (aggravent l'hypercalcémie).

  • Le **traitement spécifique** associe : **bisphosphonate IV** (zolédronate 4 mg en 1ère intention, adaptation rénale) — effet différé à J+2 à J+4 ; **calcitonine** (4-8 UI/kg SC × 2/j) **en pont** pendant les 48 premières heures ; **denosumab** (60-120 mg SC) en alternative si insuffisance rénale sévère ou échec des bisphosphonates.

  • La **recherche du mécanisme étiologique** oriente le traitement complémentaire : **PTHrP** (le plus fréquent, cancers épidermoïdes, sein, rein) ; **ostéolyse locale** (métastases osseuses, myélome) ; **calcitriol** (lymphomes, granulomatoses — indication de **corticoïdes**) ; **PTH ectopique** (rare) ; hyperparathyroïdie primaire associée.

  • La **coordination multidisciplinaire** est essentielle : oncologue traitant en urgence, soins palliatifs, médecin traitant, famille — pour évaluer le rapport bénéfice-risque, discuter des objectifs de soins, anticiper les directives anticipées dans un contexte de maladie avancée.