Contenu pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior. Lire l’avertissement médical.

Reflexes Urgences

Cas clinique

Dermohypodermite / Fasciite Nécrosante

Infectieux

Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.

Présentation initiale

Homme de 58 ans, **diabétique de type 2** connu depuis 12 ans, **mal équilibré** (**HbA1c 9,2 %** au dernier contrôle il y a 2 mois), sous metformine 1 g × 3/j et gliclazide 60 mg/j. Antécédents : HTA sous ramipril 10 mg/j, dyslipidémie sous atorvastatine 20 mg/j, **obésité** (IMC 34 kg/m²), sédentaire. Ex-fumeur (30 paquets-année, sevré il y a 5 ans). Pas d'insuffisance rénale ni cardiaque connues, vaccination antitétanique à jour (< 5 ans). Groupe A Rh+, RAI négatives.

**Il y a 4 jours**, éraflure superficielle du **mollet gauche** sur un objet métallique rouillé en jardinant (le patient bricolait ses rosiers). Plaie initialement propre, superficielle (< 2 cm), traitée par le médecin traitant en consultation avec **antiseptique local (bétadine)** et prescription d'AINS (ibuprofène 400 mg × 3/j) pour la douleur. Le patient n'a pas suivi l'antibiothérapie orale proposée (déni du risque, refus de prendre des antibiotiques « pour rien »).

**À J+2** de la plaie, apparition de rougeur péri-plaie qualifiée d'érysipèle par le médecin traitant, qui a alors initié **amoxicilline 1 g × 3/j PO**. **À J+3**, dégradation rapide en 24 heures : **douleur intense disproportionnée** par rapport à l'aspect cutané, **extension rapide de la rougeur** dépassant les tracés du feutre du médecin traitant, **fièvre 39,5 °C**, malaise général, confusion croissante. La famille contacte le SAMU à J+4 devant un état de « pré-coma ».

À l'arrivée aux urgences : TA **88/56 mmHg** (TA habituelle 145/85), FC **128/min**, FR 24/min, SpO₂ 96 % en air ambiant, T **39,6 °C**, GCS 14 (E4V4M6, confus), **glycémie capillaire 3,4 g/L**.

**Examen clinique du membre inférieur gauche** : - **Extension cutanée** de la rougeur du mollet remontant jusqu'à mi-cuisse en 24h - **Œdème tendu** avec induration diffuse, peau tendue et brillante - **Bulles hémorragiques** disséminées à la face postérieure du mollet - **Zones cyanotiques et violacées** au centre de la lésion - **Hypoesthésie cutanée** localisée aux zones cyanotiques (destruction des nerfs cutanés) - **Crépitants sous-cutanés** à la palpation (emphysème) - **Douleur disproportionnée** à l'aspect cutané, intense, ne cédant pas aux opioïdes prescrits par le SAMU (morphine 5 mg SC) - Impotence fonctionnelle complète

Examen général : marbrures aux genoux et abdomen, TRC > 4 sec, extrémités froides, faciès toxique.

**Bilan biologique initial** : - NFS : Hb 12,2 g/dL, **leucocytes 22 500/mm³** avec 15 % de formes immatures (myélémie de stress), **plaquettes 118 000/mm³** (thrombopénie de sepsis) - **CRP 380 mg/L**, **procalcitonine 12 ng/mL** (sepsis bactérien confirmé) - Ionogramme : **Na 128 mmol/L** (hyponatrémie), K 4,3, Cl 92, HCO₃⁻ 16 mmol/L - **Créatinine 168 µmol/L** (référence 88, IRA), urée 15 mmol/L - **Glycémie sanguine 3,42 g/L** (hyperglycémie sur sepsis + décompensation diabétique) - Gaz du sang : pH 7,31, **lactate 4,2 mmol/L** (hyperlactatémie, hypoperfusion tissulaire) - Coagulation : INR 1,4, TCA ratio 1,3, fibrinogène 5,8 g/L, D-dimères 4 200

**Score LRINEC calculé à l'entrée** :

ParamètreValeurPoints
CRP > 1503804
Leucocytes > 25 00022 5001
Hb 11-13,5 g/dL12,21
Sodium < 1351282
Créatinine > 141 µmol/L1682
Glycémie > 1,8 g/L3,421
Total—11

**LRINEC 11 → très haute probabilité de fasciite nécrosante** (> 75 %).

**Radiographie du membre** : **emphysème sous-cutané visible** en plage postérieure du mollet remontant vers la loge postérieure.

**ECG** : rythme sinusal 128/min, pas de signe d'ischémie.

Poids déclaré 96 kg.

Étape 1

Décision 1

Information clinique

Le patient est installé en SAUV. Un interne vous dit : « Il a une érysipèle qui s'est compliquée avec un choc septique, il faut renforcer l'antibiothérapie et le remplir avant tout autre geste. »

Quelle est votre conduite immédiate ?

A

Reconnaître une **fasciite nécrosante avec choc septique**, urgence médico-chirurgicale, alerter le chirurgien de garde et débuter en parallèle la réanimation et l'antibiothérapie empirique large spectre

B

Adresser directement en réanimation pour intubation préventive avant tout geste, la sévérité du choc contre-indiquant toute exploration chirurgicale immédiate

C

Poursuivre l'amoxicilline avec réanimation seule pour stabilisation hémodynamique, l'antibiothérapie orale bien conduite devant permettre le contrôle de l'érysipèle compliqué

D

Débuter uniquement le remplissage cristalloïde massif, différer l'antibiothérapie et la chirurgie jusqu'à la stabilisation hémodynamique complète du patient

E

Attendre l'IRM du membre en urgence extrême avant toute décision thérapeutique ou chirurgicale, seul examen fiable pour confirmer la fasciite nécrosante

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Bonne réponse

A. Reconnaître une **fasciite nécrosante avec choc septique**, urgence médico-chirurgicale, alerter le chirurgien de garde et débuter en parallèle la réanimation et l'antibiothérapie empirique large spectre

Explication pédagogique

Le tableau associe des **signes cardinaux de fasciite nécrosante** : (1) **douleur disproportionnée** à l'aspect cutané, ne cédant pas aux opioïdes ; (2) **extension rapide** de l'érythème dépassant les tracés du feutre en 24h ; (3) **bulles hémorragiques** ; (4) **zones cyanotiques et violacées** ; (5) **hypoesthésie cutanée** (destruction nerveuse) ; (6) **crépitants sous-cutanés** avec emphysème radiologique ; (7) **choc septique** ; (8) **terrain à risque** (diabète mal équilibré, obésité, plaie récente) ; (9) **score LRINEC 11** (très haute probabilité). C'est une **urgence médico-chirurgicale absolue** avec mortalité 20-40 %. La conduite associe : (1) alerte chirurgicale immédiate (chaque heure compte, mortalité +3-6 %/h après 24h) ; (2) réanimation du choc en parallèle (deux VVP, remplissage cristalloïde 30 mL/kg, monitorage, sonde urinaire) ; (3) **antibiothérapie empirique en urgence dans l'heure** couvrant strep/staph/anaérobies/BGN ; (4) marquage au feutre des limites de l'extension ; (5) préparation opératoire d'urgence. Posologies alignées sur le protocole Clin92 « Fasciite nécrosante ».

Étape 2

Décision 2

Information clinique

Un confrère plus ancien vous propose : « Le LRINEC à 11 est très élevé, mais il faut aussi comprendre les limites du score. S'il avait été à 4 ou 5, on aurait pu écarter la fasciite nécrosante ? »

Que faut-il retenir du score LRINEC dans la fasciite nécrosante ?

A

Le LRINEC est le gold standard diagnostique de la fasciite nécrosante, plus fiable que la clinique et l'imagerie combinées pour poser le diagnostic

B

Le LRINEC nécessite une confirmation par tomodensitométrie avant utilisation clinique, la simple biologie étant insuffisante pour poser le diagnostic de fasciite

C

Un LRINEC < 6 exclut formellement le diagnostic de fasciite nécrosante et autorise une prise en charge médicale exclusive, sensibilité du score > 95 %

D

Le LRINEC doit obligatoirement être répété toutes les 6 heures pendant 24 heures avant toute décision thérapeutique, pour objectiver l'évolution du score

E

**LRINEC** : ≥ 6 haute suspicion (VPP 50-75 %), ≥ 8 très haute probabilité — **sensibilité 68 %** (Neeki 2017), un score bas n'élimine pas la FN

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Bonne réponse

E. **LRINEC** : ≥ 6 haute suspicion (VPP 50-75 %), ≥ 8 très haute probabilité — **sensibilité 68 %** (Neeki 2017), un score bas n'élimine pas la FN

Explication pédagogique

Le **score LRINEC** (Wong 2004, révisé Neeki 2017) est un outil d'aide au diagnostic de fasciite nécrosante basé sur **6 paramètres biologiques** (CRP, leucocytes, Hb, sodium, créatinine, glycémie) avec un score total de 0 à 13. **Interprétation** : ≥ 6 = **haute suspicion** (VPP 50-75 %), ≥ 8 = **très haute probabilité** (VPP > 75 %) — chez ce patient, LRINEC 11 est très évocateur. **Limites cruciales** : la validation prospective de Neeki 2017 (large cohorte américaine) a démontré une **sensibilité de 68,2 % seulement** pour LRINEC ≥ 6, soit **32 % de faux négatifs** ; les validations ultérieures (Hsiao 2020, méta-analyses) confirment cette limite. **Conséquence pratique** : un **LRINEC bas n'élimine pas** le diagnostic de FN ; les décisions doivent reposer sur la **combinaison clinique + biologique + parfois imagerie**, avec un seuil bas d'exploration chirurgicale devant une suspicion clinique forte, indépendamment du score. Le Consensus 2025 recommande l'usage combiné de plusieurs scores (LRINEC, SIARI, LARINF) et l'importance du **finger test peropératoire** (dissection à l'index révélant un plan fascial destructuré). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 3

Décision 3

Information clinique

Un interne junior vous demande : « On a démarré la ceftriaxone 2 g IV, ça devrait bien couvrir en attendant les cultures, non ? »

Quelle antibiothérapie empirique prescrivez-vous ?

A

Antibiothérapie orale par lévofloxacine 500 mg × 2/j + métronidazole 500 mg × 3/j, spectre large adapté à une prise en charge médicale ambulatoire

B

Céfazoline IV 2 g × 3/j (couverture streptocoque et staphylocoque méthiciline-sensible), sans intérêt d'associer un antibiotique anti-toxinique dans cette phase précoce

C

Poursuivre la ceftriaxone en monothérapie, molécule à large spectre couvrant efficacement l'ensemble des germes potentiels de la fasciite nécrosante dans les 24 premières heures

D

**Bundle empirique large spectre** : pipéracilline-tazobactam 4 g IV × 4/j (BGN + anaérobies) + vancomycine (SARM) + **clindamycine** 900 mg × 3/j (anti-toxinique)

E

Amoxicilline-clavulanate à haute dose (2 g × 3/j IV) en monothérapie, couverture suffisante des streptocoques et de la flore polymicrobienne des fasciites nécrosantes

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Bonne réponse

D. **Bundle empirique large spectre** : pipéracilline-tazobactam 4 g IV × 4/j (BGN + anaérobies) + vancomycine (SARM) + **clindamycine** 900 mg × 3/j (anti-toxinique)

Explication pédagogique

L'antibiothérapie empirique de la fasciite nécrosante doit être **large spectre** et débutée **dans l'heure** (Consensus 2025, IDSA 2014, JAMA Surg 2024) : (1) **couverture des BGN + anaérobies** par **pipéracilline-tazobactam** 4 g IV × 4/j (ou méropénème si β-lactamase à spectre élargi suspectée) ; (2) **couverture SARM** par **vancomycine** 25-30 mg/kg IV en dose de charge puis 15-20 mg/kg × 2-3/j (ou linézolide 600 mg × 2/j en alternative) — le SARM représente une part croissante des NSTI monomicrobiennes ; (3) **effet anti-toxinique** par **clindamycine** 900 mg IV × 3/j — inhibe la synthèse protéique bactérienne et donc la production des **exotoxines streptococciques (superantigènes)** et staphylococciques, réduit la mortalité dans les infections invasives à strep A (Carapetis 2014) ; **alternative émergente** : **linézolide** (résistance croissante du GAS à la clindamycine — McDermott JAMA Surg 2024). **Durée** : 7-14 jours minimum, adaptation aux cultures et à l'évolution. Le bundle est **à débuter dans l'heure suivant le diagnostic** (Surviving Sepsis Campaign 2021). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 4

Décision 4

Information clinique

Le chirurgien de garde vous rappelle : « Je peux le prendre au bloc dans 30 minutes, mais je crains qu'il ne tienne pas le choc anesthésique. Il faut d'abord le stabiliser en réanimation pendant 6-12 heures, non ? »

Quelle est votre position sur le timing chirurgical ?

A

Différer la chirurgie de 24 à 48 heures pour permettre à l'antibiothérapie de démarrer son effet, ce qui limitera l'étendue du débridement chirurgical ultérieur nécessaire

B

Attendre les résultats des cultures et de l'antibiogramme avant d'opérer, pour orienter précisément le geste chirurgical selon les germes documentés en 48-72 heures

C

Réaliser d'abord une amputation prophylactique du membre à la cuisse sans exploration préalable, seul moyen de contrôler le sepsis et la propagation

D

Reporter la chirurgie à 12 heures pour stabilisation hémodynamique complète en réanimation, la sévérité du choc étant une contre-indication temporaire au bloc opératoire

E

**Débridement chirurgical radical dans les 6 heures**, en parallèle de la réanimation — la source du sepsis EST la nécrose ; chaque heure de retard augmente la mortalité (Consensus 2025)

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Bonne réponse

E. **Débridement chirurgical radical dans les 6 heures**, en parallèle de la réanimation — la source du sepsis EST la nécrose ; chaque heure de retard augmente la mortalité (Consensus 2025)

Explication pédagogique

La fasciite nécrosante est une **urgence chirurgicale absolue** (Consensus 2025, IDSA 2014, JAMA Surg 2024) : (1) **débridement radical dans les 6 heures** est associé à une réduction significative de la mortalité — chaque heure de retard au-delà de 24h augmente la mortalité de **3-6 %** ; le geste consiste en une exploration extensive avec débridement large de tous les tissus nécrosés jusqu'aux plans sains (test de la nécrose au doigt — « finger test »), avec parfois amputation si nécrose distale complète ou syndrome des loges non contrôlé ; (2) **le débridement est concomitant à la réanimation, pas séquentiel** — la source du sepsis EST la nécrose ; sans contrôle chirurgical, aucune stabilisation hémodynamique durable ne sera obtenue ; le patient sera stabilisé au bloc et en réanimation post-opératoire ; (3) **reprises chirurgicales itératives** systématiques toutes les 24-48 heures jusqu'à contrôle de la progression (généralement 3-5 interventions) ; (4) **coordination multidisciplinaire** : chirurgien viscéral/orthopédique/plastique, réanimateur, infectiologue, banque de sang, endocrinologue (contrôle glycémique). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 5

Décision 5

Information clinique

Le patient est revenu du bloc en réanimation avec une plaie ouverte, antibiothérapie en cours, réanimation active. Vous devez discuter des spécificités thérapeutiques. Le prélèvement peropératoire est en cours (Gram probable dans 4 heures).

Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont indiquées ?

A

Poursuite du bundle antibiotique complet (pipéracilline-tazobactam + vancomycine + clindamycine), avec surveillance des taux et adaptation aux résultats microbiologiques dans 48-72h

B

Contrôle glycémique strict par insulinothérapie IV continue avec cible glycémique 0,7-1,1 g/L, seule stratégie validée en réanimation pour le patient diabétique en sepsis grave

C

Discussion des **immunoglobulines intraveineuses (IgIV)** en cas de choc toxique streptococcique documenté (STSS), dose 1-2 g/kg — recommandation Grade C, données observationnelles favorables

D

Réanimation du choc septique selon Surviving Sepsis Campaign : remplissage cristalloïde 30 mL/kg, **noradrénaline** si TA persistante, hémisuccinate d'hydrocortisone 200 mg/j si réfractaire

E

Interruption immédiate de la clindamycine dès la sortie du bloc, son intérêt étant limité au seul geste chirurgical et sa poursuite exposant à une colite pseudomembraneuse

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Bonne réponse

A. Poursuite du bundle antibiotique complet (pipéracilline-tazobactam + vancomycine + clindamycine), avec surveillance des taux et adaptation aux résultats microbiologiques dans 48-72h C. Discussion des **immunoglobulines intraveineuses (IgIV)** en cas de choc toxique streptococcique documenté (STSS), dose 1-2 g/kg — recommandation Grade C, données observationnelles favorables D. Réanimation du choc septique selon Surviving Sepsis Campaign : remplissage cristalloïde 30 mL/kg, **noradrénaline** si TA persistante, hémisuccinate d'hydrocortisone 200 mg/j si réfractaire

Explication pédagogique

La prise en charge en réanimation associe : (1) **Poursuite du bundle antibiotique complet** avec surveillance des taux (vancocinémie cible 15-20 mg/L), adaptation aux résultats microbiologiques à 48-72h avec désescalade progressive selon les cultures et l'antibiogramme ; durée totale 7-14 jours minimum, à adapter à l'évolution clinique ; (2) **Immunoglobulines intraveineuses (IgIV)** en cas de **choc toxique streptococcique (STSS)** documenté ou fortement suspecté (biologique par antigène streptococcique, ou clinique) : dose 1-2 g/kg (ou 1 g/kg puis 0,5 g/kg à J+2 et J+3) — recommandation **Grade C** (données observationnelles favorables, essais randomisés limités par la rareté du STSS) ; réduction de la mortalité de 34 % à 15 % dans certaines séries ; (3) **Réanimation du choc septique** selon la SSC 2021 : remplissage cristalloïde 30 mL/kg initial, **noradrénaline** si TA persistante (PAM < 65) après remplissage, **hémisuccinate d'hydrocortisone 200 mg/j** en cas de choc réfractaire aux vasopresseurs à haute dose. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 6

Décision 6

Information clinique

Le réanimateur au chevet vous demande : « On a un caisson hyperbare dans le CHU voisin, faut-il envisager l'HBO ? Et quelle est la suite ? »

Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont correctes ?

A

**Coordination multidisciplinaire** : chirurgien plasticien (couverture cutanée secondaire), infectiologue (adaptation antibiotique), endocrinologue (équilibre glycémique), kinésithérapie (rééducation fonctionnelle)

B

L'oxygénothérapie hyperbare (HBO) est un traitement de référence obligatoire dans toutes les fasciites nécrosantes, avec bénéfice démontré par essais randomisés de haut niveau

C

**Reprises chirurgicales itératives** systématiques toutes les 24-48 heures jusqu'à contrôle de la progression (généralement 3-5 interventions), avec débridement de tout tissu nécrotique résiduel

D

Interruption définitive de l'antibiothérapie dès le premier débridement chirurgical, le contrôle mécanique de la source rendant les antibiotiques inutiles pour la suite du traitement

E

**HBO** discutable en adjuvant (rôle controversé, essais limités) mais **ne doit jamais retarder la chirurgie** ni justifier un transfert prolongé — à discuter au cas par cas

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Bonne réponse

A. **Coordination multidisciplinaire** : chirurgien plasticien (couverture cutanée secondaire), infectiologue (adaptation antibiotique), endocrinologue (équilibre glycémique), kinésithérapie (rééducation fonctionnelle) C. **Reprises chirurgicales itératives** systématiques toutes les 24-48 heures jusqu'à contrôle de la progression (généralement 3-5 interventions), avec débridement de tout tissu nécrotique résiduel E. **HBO** discutable en adjuvant (rôle controversé, essais limités) mais **ne doit jamais retarder la chirurgie** ni justifier un transfert prolongé — à discuter au cas par cas

Explication pédagogique

La suite de la prise en charge associe : (1) **Reprises chirurgicales itératives** systématiques toutes les 24-48 heures jusqu'à contrôle de la progression et absence de nécrose résiduelle (généralement 3-5 interventions au total) — protocole standard des NSTI (Consensus 2025, JAMA Surg 2024) ; la progression insidieuse justifie la réévaluation systématique ; (2) **Oxygénothérapie hyperbare (HBO)** — rôle **controversé** dans les FN : quelques études observationnelles suggèrent un bénéfice dans les FN à Clostridium (gangrène gazeuse) et polymicrobiennes, mais **absence d'essai randomisé de haut niveau** ; recommandation Grade C au mieux ; **ne doit jamais retarder la chirurgie** ni justifier un transfert prolongé vers un centre équipé ; à discuter au cas par cas selon disponibilité et logistique ; (3) **Coordination multidisciplinaire** essentielle sur toute la prise en charge : chirurgien plasticien (couverture cutanée secondaire par greffes ou lambeaux après stabilisation), infectiologue (adaptation antibiotique aux cultures, décision de désescalade), endocrinologue (équilibre glycémique optimisé), kinésithérapie/rééducation fonctionnelle précoce, éventuellement psychologue (impact du délabrement et de la rééducation prolongée). Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 7

Décision 7

Information clinique

Le patient est stabilisé en post-opératoire immédiat en réanimation. Vous transmettez à l'équipe qui prend la relève.

Quelle transmission adressez-vous ?

A

Contact avec l'infectiologue uniquement, le réanimateur étant informé par le compte rendu écrit

B

« Homme 58 ans, DT2 mal équilibré (HbA1c 9,2 %), obèse IMC 34, ex-fumeur. Petite plaie du mollet gauche par jardinage il y a 4 jours, initialement traitée par bétadine + AINS puis amoxicilline PO tardive. Admis à 10 h 00 aux urgences pour tableau de fasciite nécrosante du membre inférieur gauche avec choc septique : douleur disproportionnée, extension rapide dépassant les tracés, bulles hémorragiques, zones cyanotiques, hypoesthésie cutanée, crépitants sous-cutanés, marbrures, hyperlactatémie 4,2, LRINEC à 11 (très haute probabilité), emphysème sous-cutané radiologique. Bundle démarré à 10 h 45 : réanimation choc septique (remplissage cristalloïde 30 mL/kg, VVP × 2), antibiothérapie empirique large spectre (pipéracilline-tazobactam 4 g + vancomycine 2 g dose de charge + clindamycine 900 mg IV pour effet anti-toxinique), contrôle glycémique cible 1,4-1,8 g/L par insulinothérapie IV. Débridement chirurgical radical réalisé à 11 h 30 : exploration extensive de la loge postérieure du mollet, finger test peropératoire positif confirmant la FN, excision large jusqu'aux plans sains sur 25 cm, prélèvements peropératoires envoyés. Post-opératoire : noradrénaline 0,6 µg/kg/min, hydrocortisone 200 mg/j, sédation propofol/rémifentanil pour VM. Reprises chirurgicales itératives programmées toutes les 48 heures. HBO discutée mais non retenue (logistique, patient instable). IgIV envisagées si STSS documenté. Coordination multidisciplinaire mise en place (chirurgien, infectiologue, endocrinologue, plasticien). Je vous le monte pour poursuite de la réanimation, surveillance de l'évolution locale et systémique, adaptation antibiotique aux cultures, préparation de la reprise chirurgicale à 48h. Points d'anticipation : progression de la nécrose malgré débridement, choc septique réfractaire, défaillance multiviscérale, complications de la ventilation prolongée, décompensation acido-cétosique diabétique, discussion précoce de la couverture cutanée secondaire, rééducation et pronostic fonctionnel (potentielle amputation secondaire). »

C

Attendre 24 heures avant tout transfert

D

Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit

E

« Une fasciite qui saigne, à toi »

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Bonne réponse

B. « Homme 58 ans, DT2 mal équilibré (HbA1c 9,2 %), obèse IMC 34, ex-fumeur. Petite plaie du mollet gauche par jardinage il y a 4 jours, initialement traitée par bétadine + AINS puis amoxicilline PO tardive. Admis à 10 h 00 aux urgences pour tableau de fasciite nécrosante du membre inférieur gauche avec choc septique : douleur disproportionnée, extension rapide dépassant les tracés, bulles hémorragiques, zones cyanotiques, hypoesthésie cutanée, crépitants sous-cutanés, marbrures, hyperlactatémie 4,2, LRINEC à 11 (très haute probabilité), emphysème sous-cutané radiologique. Bundle démarré à 10 h 45 : réanimation choc septique (remplissage cristalloïde 30 mL/kg, VVP × 2), antibiothérapie empirique large spectre (pipéracilline-tazobactam 4 g + vancomycine 2 g dose de charge + clindamycine 900 mg IV pour effet anti-toxinique), contrôle glycémique cible 1,4-1,8 g/L par insulinothérapie IV. Débridement chirurgical radical réalisé à 11 h 30 : exploration extensive de la loge postérieure du mollet, finger test peropératoire positif confirmant la FN, excision large jusqu'aux plans sains sur 25 cm, prélèvements peropératoires envoyés. Post-opératoire : noradrénaline 0,6 µg/kg/min, hydrocortisone 200 mg/j, sédation propofol/rémifentanil pour VM. Reprises chirurgicales itératives programmées toutes les 48 heures. HBO discutée mais non retenue (logistique, patient instable). IgIV envisagées si STSS documenté. Coordination multidisciplinaire mise en place (chirurgien, infectiologue, endocrinologue, plasticien). Je vous le monte pour poursuite de la réanimation, surveillance de l'évolution locale et systémique, adaptation antibiotique aux cultures, préparation de la reprise chirurgicale à 48h. Points d'anticipation : progression de la nécrose malgré débridement, choc septique réfractaire, défaillance multiviscérale, complications de la ventilation prolongée, décompensation acido-cétosique diabétique, discussion précoce de la couverture cutanée secondaire, rééducation et pronostic fonctionnel (potentielle amputation secondaire). »

Explication pédagogique

La transmission structurée d'une fasciite nécrosante avec choc septique comprend : le contexte précis (terrain à risque, porte d'entrée, évolution, prises en charge antérieures), l'horodatage précis du diagnostic et des gestes, la sévérité (choc septique, LRINEC, signes cardinaux), le bundle thérapeutique administré avec justification des choix (antibiothérapie large spectre avec anti-toxinique, chirurgie en urgence sans attendre stabilisation, réanimation concomitante), le geste chirurgical et son résultat (finger test), les points d'anticipation (progression malgré débridement, choc réfractaire, défaillance multiviscérale, couverture cutanée, pronostic fonctionnel).

Débriefing finalAfficher le débriefing

Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.

Objectifs pédagogiques

  • Reconnaître les **signes cliniques d'alerte** d'une fasciite nécrosante (FN) : **douleur disproportionnée** à l'aspect cutané, extension rapide de la rougeur (marquer les limites au feutre), bulles hémorragiques, zones cyanotiques/violacées, hypoesthésie cutanée, crépitants sous-cutanés, choc septique — sur un terrain à risque (diabète, immunodépression, obésité, plaie récente).

  • Interpréter le **score LRINEC** avec discernement : ≥ 6 = haute suspicion (VPP 50-75 %), ≥ 8 = très haute probabilité (> 75 %) — **mais un LRINEC bas ne rule pas out la FN** (sensibilité 68 % seulement, Neeki 2017) — ne jamais renoncer à l'exploration chirurgicale sur un LRINEC bas si la clinique est évocatrice.

  • Reconnaître que **la fasciite nécrosante est une urgence chirurgicale absolue** : **débridement radical dans les 6 heures** — chaque heure de retard augmente la mortalité (de 3-6 % par heure au-delà de 24h). **Ne pas attendre la stabilisation hémodynamique** : la source du sepsis EST la nécrose, la stabilisation ne viendra qu'après débridement.

  • Prescrire une **antibiothérapie empirique large spectre en urgence** couvrant les strep A, staph (dont SARM), entérobactéries et anaérobies : **pipéracilline-tazobactam + vancomycine + clindamycine** (ou linézolide en alternative à la clindamycine devant les résistances émergentes du strep A).

  • Comprendre l'intérêt spécifique de la **clindamycine** (ou **linézolide**) : effet **anti-toxinique** en inhibant la synthèse protéique bactérienne — réduit la production des exotoxines streptococciques et staphylococciques (piège : ne pas oublier cet antibiotique dans le bundle).

  • Réanimer le **choc septique** en parallèle de l'appel chirurgical (remplissage cristalloïde, vasopresseurs si TA persistante, cortisone en cas de choc réfractaire), sans que cela retarde la chirurgie.

  • Reconnaître les indications discutées des **immunoglobulines IV** (IgIV) dans les FN à streptocoque A avec choc toxique streptococcique (STSS) et le **caractère non consensuel** de l'oxygénothérapie hyperbare (HBO) dans les FN à Clostridium.

  • Structurer une transmission au chirurgien et au réanimateur.

Points clés à retenirAfficher les points clés
  • Les **signes cliniques d'alerte** de la fasciite nécrosante incluent : **douleur disproportionnée** à l'aspect cutané, **extension rapide** de l'érythème (marquer au feutre), **bulles hémorragiques**, zones cyanotiques/violacées, **hypoesthésie cutanée** (destruction nerveuse), crépitants sous-cutanés, choc septique — sur terrain à risque (diabète, immunodépression, obésité, plaie récente).

  • Le **score LRINEC** est un outil d'aide, non un gold standard : ≥ 6 haute suspicion (VPP 50-75 %), ≥ 8 très haute probabilité (> 75 %) — **sensibilité 68 % seulement** (Neeki 2017), un **LRINEC bas n'élimine pas** le diagnostic si suspicion clinique forte.

  • La FN est une **urgence chirurgicale absolue** : **débridement radical dans les 6 heures** — chaque heure de retard augmente la mortalité de 3-6 % au-delà de 24h. **Ne pas attendre la stabilisation** : la source du sepsis EST la nécrose. Réanimation concomitante, non séquentielle.

  • L'**antibiothérapie empirique large spectre** couvre BGN + anaérobies + SARM + effet anti-toxinique : **pipéracilline-tazobactam + vancomycine + clindamycine** (ou linézolide en alternative à la clindamycine devant les résistances émergentes du strep A — McDermott JAMA Surg 2024). À débuter dans l'heure.

  • La **clindamycine (ou linézolide)** apporte un **effet anti-toxinique spécifique** : inhibition de la synthèse protéique bactérienne réduit la production des exotoxines streptococciques (superantigènes) et staphylococciques — à poursuivre plusieurs jours, pas seulement au bloc.

  • La **réanimation du choc septique** suit la Surviving Sepsis Campaign : remplissage cristalloïde 30 mL/kg initial, noradrénaline si PAM < 65 après remplissage, hydrocortisone 200 mg/j si choc réfractaire — **contrôle glycémique cible 1,4-1,8 g/L** (pas de contrôle strict, abandon post-NICE-SUGAR 2009).

  • Les **traitements adjuvants** discutés : **IgIV** (1-2 g/kg) en cas de choc toxique streptococcique documenté (Grade C, données observationnelles favorables) ; **HBO** rôle controversé, **ne doit jamais retarder la chirurgie**. **Reprises chirurgicales itératives** toutes les 24-48 heures jusqu'à contrôle. **Coordination multidisciplinaire** essentielle.