Contenu pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior. Lire l’avertissement médical.

Reflexes Urgences

Cas clinique

Crise Vaso-Occlusive Drépanocytaire

Hémato-oncologie

Cas clinique pédagogique destiné à la formation. Ne remplace pas le jugement clinique, les protocoles locaux ni l’avis d’un médecin senior.

Présentation initiale

Homme de 24 ans, **drépanocytose homozygote SS** connue depuis la naissance, suivi régulièrement au service d'hématologie de HMIMV, sous **hydroxyurée 1 000 mg/jour** depuis 3 ans avec bonne observance et bonne réponse (hémoglobine fœtale à 18 %, moins d'une crise/an ces 2 dernières années). Antécédents drépanocytaires : plusieurs crises vaso-occlusives dans l'enfance, un épisode de syndrome thoracique aigu à l'âge de 15 ans (sans séquelle), **cholécystectomie** pour lithiase pigmentaire à 19 ans, pas d'AVC ni d'insuffisance rénale connus. Vaccinations à jour (pneumocoque, méningocoque, grippe annuelle). Traitement chronique : hydroxyurée, folate, pénicilline en prophylaxie interrompue depuis 5 ans.

Étudiant en droit, non-fumeur, consommation d'alcool occasionnelle. Amené par sa mère aux urgences pour **douleur intense de la face postérieure des cuisses et du bas du dos**, apparue progressivement il y a 12 heures et devenue insupportable dans les 2 dernières heures. Le facteur déclenchant : soirée d'anniversaire d'un ami la veille, **peu de prise hydrique** (il avoue avoir bu quelques verres et peu d'eau), **air conditionné très froid** (il portait un t-shirt manches courtes), stress d'examens en cours.

À l'arrivée : TA 138/82 mmHg, FC 122/min, FR 22/min, SpO₂ 96 % en air ambiant, T 37,8 °C, GCS 15 mais **patient en pleurs, très douloureux, EVA à 9/10**, position antalgique en flexion des membres inférieurs. Extrémités tièdes, temps de recoloration cutanée normal.

Examen : **douleur diffuse dorso-lombaire et des faces postérieures des cuisses bilatéralement**, sans point d'appel focal, pas de rougeur ni chaleur cutanée. Auscultation cardio-pulmonaire libre en dehors de la tachycardie. Abdomen souple, pas de défense, **pas de splénomégalie palpable** (le patient est asplénique fonctionnel). **Pas de priapisme**. Examen neurologique normal. Muqueuses sub-ictériques (habituel selon le patient).

**Bilan biologique initial** : - NFS : Hb 8,5 g/dL (référence habituelle du patient 8-9), plaquettes 425 000, **leucocytes 14 200/mm³** (élévation modérée, à distinguer de l'infection), réticulocytes 320 000/mm³ (hémolyse compensée habituelle) - Coagulation : INR 1,0, TP 92 % - **LDH 480 UI/L**, **bilirubine indirecte 42 µmol/L** (hémolyse habituelle), haptoglobine effondrée (habituelle) - CRP 22 mg/L (élévation modérée, à surveiller) - Ionogramme : Na 138, K 4,1, **créatinine 92 µmol/L** (normale, référence habituelle 85), urée 5 mmol/L - Gaz du sang veineux : pH 7,36, bicarbonates 22, lactate 1,8 mmol/L - Glycémie 1,02 g/L - Test HIV négatif de référence (dernier bilan trimestriel)

**Radiographie thoracique de face** : cœur en cardiothyroïdie modérée (cardiomégalie chronique drépanocytaire), champs pulmonaires clairs, **pas d'opacité alvéolaire ni d'épanchement pleural**.

Poids déclaré 68 kg.

Étape 1

Décision 1

Information clinique

Le patient est très douloureux à l'accueil, EVA à 9/10, en pleurs. Un infirmier vous propose : « On lui donne du paracétamol IV et on attend de voir. Il a l'air d'exagérer. »

Quelle est votre conduite immédiate ?

A

Adresser directement pour transfusion sanguine urgente sans autre bilan préalable, la drépanocytose imposant une hémodilution rapide et systématique

B

Réaliser un scanner cérébral en urgence extrême avant tout traitement pour éliminer un AVC, complication classique de la drépanocytose SS

C

Reconnaître une crise vaso-occlusive drépanocytaire, prioriser une antalgie efficace par opioïde IV dans les 30 minutes, débuter une hydratation raisonnée et dépister les complications aiguës

D

Attendre 60 minutes sous paracétamol IV avant d'envisager les opioïdes, pour évaluer l'évolution et éviter la surprescription d'opiacés

E

Débuter d'emblée une antibiothérapie IV empirique en priorité, la fièvre étant potentiellement d'origine infectieuse chez ce patient asplénique

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Bonne réponse

C. Reconnaître une crise vaso-occlusive drépanocytaire, prioriser une antalgie efficace par opioïde IV dans les 30 minutes, débuter une hydratation raisonnée et dépister les complications aiguës

Explication pédagogique

Le tableau associe une douleur intense typique (ostéo-musculaire, sans point d'appel focal) chez un patient drépanocytaire SS connu, avec facteurs déclenchants classiques (déshydratation, froid, stress). Il s'agit d'une **crise vaso-occlusive (VOC)** qui impose une prise en charge structurée avec **l'antalgie efficace comme priorité absolue** (ASH 2020, recommandation forte). La conduite associe : deux VVP, monitorage, prélèvements complets, évaluation systématique de la douleur (EVA répétée), **antalgie IV par opioïde dans les 30 minutes suivant le triage** (morphine IV titrée en 1ère intention, ou hydromorphone selon les protocoles locaux), associée à antalgie multimodale (paracétamol, AINS si fonction rénale normale), hydratation prudente et raisonnée, dépistage des complications aiguës (syndrome thoracique aigu, infection, AVC, priapisme), éventuelle antibiothérapie si fièvre. Posologies alignées sur le protocole Clin92 « Crise vaso-occlusive drépanocytaire ».

Étape 2

Décision 2

Information clinique

Vous devez prescrire l'antalgie. Un confrère plus ancien vous propose : « Fais-lui 1 g de paracétamol IV et 500 mg de kétoprofène IM, ça devrait passer. On ne va pas commencer par la morphine, il est jeune et peut développer une dépendance. »

Quelle est votre stratégie antalgique ?

A

Attendre l'arrivée de l'hématologue pour toute prescription d'opioïde, ne pas prendre l'initiative sur une classe à risque de dépendance

B

Suivre la proposition du confrère et réserver la morphine à un échec des mesures antalgiques classiques, patient jeune à risque de dépendance

C

Prescrire uniquement des AINS (kétoprofène IM), suffisants dans les crises modérées à sévères avec bon profil de tolérance

D

Débuter d'emblée une antalgie multimodale associant **opioïde IV titré** (morphine) + paracétamol + AINS (si pas de contre-indication rénale), avec réévaluation toutes les 15-30 minutes

E

Débuter uniquement par du paracétamol IV et surveiller pendant 4 heures avant escalade, pour évaluer la réponse au palier antalgique

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Bonne réponse

D. Débuter d'emblée une antalgie multimodale associant **opioïde IV titré** (morphine) + paracétamol + AINS (si pas de contre-indication rénale), avec réévaluation toutes les 15-30 minutes

Explication pédagogique

L'antalgie de la crise vaso-occlusive drépanocytaire (VOC) impose une **approche multimodale et rapide** (ASH 2020) : (1) **opioïde IV titré en 1ère intention** (morphine IV 0,1 à 0,15 mg/kg initial, réévaluation à 15-20 minutes, doses répétées de 0,05 mg/kg jusqu'à EVA < 4/10 ; ou hydromorphone selon protocoles) — **la morphine ne doit pas être différée** ; (2) associé à **paracétamol IV 1 g** ; (3) **AINS** si fonction rénale conservée et absence de contre-indication (kétoprofène 100 mg IV, kétorolac) ; (4) **réévaluation systématique toutes les 15-30 minutes** avec réajustement des doses ; (5) une fois l'antalgie initiale obtenue, relais par **PCA (patient-controlled analgesia)** ou par bolus programmés selon protocole local. La **crainte de la dépendance opioïde est un biais nuisible documenté** dans la littérature — la douleur drépanocytaire aiguë doit être traitée avec la même rigueur qu'une douleur post-opératoire majeure. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 3

Décision 3

Information clinique

L'infirmier vous propose : « Je lui monte une hydratation généreuse à 3 litres de sérum physiologique sur 24 heures, comme d'habitude ? »

Quelle est votre stratégie d'hydratation ?

A

Accepter la proposition et débuter 3 litres/24h de sérum physiologique, hydratation « classique » de la drépanocytose enseignée traditionnellement

B

Passer à 5 litres/24h de sérum physiologique pour maximiser l'effet d'hémodilution sur la sicklisation et prévenir l'ischémie

C

**Refuser la sur-hydratation classique** et prescrire une hydratation prudente et raisonnée (au débit d'entretien 1 à 1,5 fois), uniquement si hypovolémie, sous surveillance

D

Ne prescrire aucune hydratation IV et se limiter aux boissons per os chez ce patient conscient et coopérant à l'entrée

E

Restreindre totalement les apports hydriques à moins de 500 mL/24h pour éviter tout risque d'œdème pulmonaire ou de syndrome thoracique aigu

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Bonne réponse

C. **Refuser la sur-hydratation classique** et prescrire une hydratation prudente et raisonnée (au débit d'entretien 1 à 1,5 fois), uniquement si hypovolémie, sous surveillance

Explication pédagogique

Le **paradigme de l'hydratation en crise vaso-occlusive drépanocytaire a été révisé** (ASH 2020, recommandation basée sur données observationnelles). La doctrine ancienne du « remplissage massif » (3 à 4 L/24h de cristalloïdes) reposait sur l'idée théorique qu'une hémodilution réduirait la sicklisation. **En pratique, cette sur-hydratation a été associée à un risque accru de syndrome thoracique aigu** (SDRA-like, complication majeure de la drépanocytose, mortalité 5-10 %), par surcharge volémique et œdème pulmonaire chez un patient à cœur souvent défaillant (cardiomégalie chronique). Les recommandations actuelles préconisent : (1) hydratation IV **uniquement en cas d'hypovolémie clinique documentée** (déshydratation, oligurie, hypotension) ; (2) débit d'entretien **1 à 1,5 fois la valeur habituelle** (soit environ 100-125 mL/h chez l'adulte), pas plus ; (3) **surveillance étroite de la volémie** (auscultation pulmonaire, diurèse, éventuellement échocardiographie) ; (4) préférence pour la **voie orale** dès que possible ; (5) **arrêt rapide** de la voie IV dès que le patient reprend une hydratation orale efficace. La cible n'est pas l'hyperhydratation mais l'euvolémie.

Étape 4

Décision 4

Information clinique

Le patient est temporairement soulagé (EVA 4/10 sous morphine). Vous devez systématiquement dépister les complications aiguës graves de la drépanocytose.

Concernant le dépistage des complications aiguës graves, quelle proposition est correcte ?

A

Un scanner cérébral systématique et une IRM médullaire sont indispensables devant toute crise vaso-occlusive, quel que soit l'examen clinique

B

Une radiographie thoracique et un examen neurologique complet ne sont indiqués qu'en présence de symptômes déjà déclarés par le patient

C

Le priapisme n'est pas à rechercher car le patient est venu pour une douleur lombaire et non génitale

D

La fièvre à 37,8 °C est habituelle dans les crises vaso-occlusives et n'impose aucune démarche complémentaire particulière

E

Dépistage systématique : examen neurologique, radio thorax si nouveau symptôme respiratoire, recherche de priapisme, hémocultures et antibiothérapie empirique devant la fièvre

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Bonne réponse

E. Dépistage systématique : examen neurologique, radio thorax si nouveau symptôme respiratoire, recherche de priapisme, hémocultures et antibiothérapie empirique devant la fièvre

Explication pédagogique

Le patient drépanocytaire en crise doit bénéficier d'un **dépistage systématique des complications aiguës graves** (ASH 2020, HAS 2010) : (1) **syndrome thoracique aigu (STA)** — complication la plus grave, définie par une opacité radiologique nouvelle + un symptôme respiratoire (dyspnée, toux, douleur thoracique, désaturation) et/ou fièvre : indication de radio thorax si symptôme respiratoire, désaturation ou aggravation ; si STA confirmé → transfusion urgente, antibiothérapie large spectre, ventilation adaptée ; (2) **AVC** — surveillance neurologique répétée, imagerie cérébrale (IRM ou scanner) si signe focal ou trouble de conscience ; (3) **séquestration splénique** — palpation, moins pertinente chez l'adulte souvent asplénique fonctionnel ; (4) **priapisme** — recherche systématique (asymptomatique dans certains cas, urgence urologique si > 4h) ; (5) **infection** — bilan (NFS, CRP, hémocultures, ECBU si fièvre, radio thorax), **antibiothérapie empirique si fièvre** (le patient drépanocytaire est asplénique fonctionnel, avec risque accru d'infections invasives à germes encapsulés : pneumocoque, méningocoque, *Haemophilus*, salmonelles). L'antibiothérapie probabiliste couvre habituellement pneumocoque et *Haemophilus* par ceftriaxone. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 5

Décision 5

Information clinique

Le patient est amélioré : EVA 3/10, moins agité, bonne reprise per os. Vous devez décider des traitements complémentaires et de la surveillance.

Parmi les propositions suivantes, lesquelles sont indiquées ?

A

Poursuivre l'hydroxyurée à sa dose habituelle (1 000 mg/j) sans modification pendant la crise

B

Prévention thromboembolique par HBPM à dose prophylactique adaptée au poids (la drépanocytose est un état pro-thrombotique documenté)

C

Antibiothérapie empirique par ceftriaxone en attendant les résultats des hémocultures, à réévaluer à 48-72 heures

D

Oxygénothérapie systématique à haut débit chez tout patient drépanocytaire en crise, quelle que soit la SpO₂

E

Transfusion systématique de 2 CGR pour améliorer rapidement l'oxygénation tissulaire

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Bonne réponse

A. Poursuivre l'hydroxyurée à sa dose habituelle (1 000 mg/j) sans modification pendant la crise B. Prévention thromboembolique par HBPM à dose prophylactique adaptée au poids (la drépanocytose est un état pro-thrombotique documenté) C. Antibiothérapie empirique par ceftriaxone en attendant les résultats des hémocultures, à réévaluer à 48-72 heures

Explication pédagogique

Les traitements complémentaires en crise vaso-occlusive associent : (1) **poursuite de l'hydroxyurée** à sa dose habituelle sans interruption ni modification pendant la crise (l'arrêt exposerait à une rechute crise et augmentation de la fréquence des crises à moyen terme) ; (2) **antibiothérapie empirique** par ceftriaxone 2 g IV en attendant les résultats des hémocultures et de l'ECBU, réévaluée à 48-72 heures selon les résultats microbiologiques et l'évolution clinique ; (3) **prévention thromboembolique** par HBPM à dose prophylactique adaptée au poids (la drépanocytose est un **état pro-thrombotique** documenté, avec risque accru de thrombose veineuse profonde et d'embolie pulmonaire, particulièrement en phase d'hospitalisation avec immobilisation) ; (4) réévaluation de la douleur toutes les 15-30 minutes tant que l'antalgie n'est pas satisfaisante, puis toutes les heures ; (5) surveillance de la SpO₂ et de la fréquence respiratoire toutes les 2 heures. Posologies alignées sur le protocole Clin92.

Étape 6

Décision 6

Information clinique

Le patient est stabilisé. Vous devez décider de son orientation (hospitalisation vs retour à domicile) et préparer la sortie éventuelle.

Parmi les propositions suivantes concernant l'orientation et le suivi, lesquelles sont correctes ?

A

Envisager une hospitalisation courte pour poursuite de l'antalgie IV, surveillance et éducation thérapeutique, retour à domicile après stabilisation antalgique

B

Renforcer l'éducation thérapeutique sur les facteurs déclenchants et sur les mesures préventives, avec un plan personnalisé antalgique à domicile écrit

C

Interrompre définitivement l'hydroxyurée après cette crise, considérant qu'elle n'a pas empêché la survenue de la crise

D

Autoriser un retour immédiat à domicile avec paracétamol PO uniquement, sans consultation de suivi programmée

E

Programmer une consultation d'hématologie de suivi dans les 7 jours pour réévaluation du traitement de fond et dépistage des complications chroniques

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Bonne réponse

A. Envisager une hospitalisation courte pour poursuite de l'antalgie IV, surveillance et éducation thérapeutique, retour à domicile après stabilisation antalgique B. Renforcer l'éducation thérapeutique sur les facteurs déclenchants et sur les mesures préventives, avec un plan personnalisé antalgique à domicile écrit E. Programmer une consultation d'hématologie de suivi dans les 7 jours pour réévaluation du traitement de fond et dépistage des complications chroniques

Explication pédagogique

L'orientation et le suivi d'un patient drépanocytaire après crise vaso-occlusive associent : (1) **hospitalisation courte** (2-4 jours) en médecine interne ou hématologie si l'antalgie IV est encore nécessaire, si la fièvre persiste, ou si des complications sont suspectées ou en évaluation ; retour à domicile envisageable après **stabilisation antalgique complète** (EVA < 3-4/10 sous antalgie orale), fin de la fièvre, hydratation orale reprise, tolérance et compréhension du patient ; (2) **consultation d'hématologie de suivi dans les 7 jours** pour réévaluer la fréquence des crises, l'observance et l'efficacité de l'hydroxyurée, dépister les complications chroniques (rein, cœur, œil, os) ; (3) **éducation thérapeutique** sur les facteurs déclenchants (hydratation, froid, alcool, effort intense, hypoxie, stress) et sur les mesures préventives (hydratation régulière, vaccinations, plan personnalisé antalgique à domicile écrit et remis) ; (4) contact avec le médecin traitant et coordination avec l'hématologue traitant.

Étape 7

Décision 7

Information clinique

Le lit en médecine interne est prêt. Vous transmettez à l'équipe qui prend la relève.

Quelle transmission adressez-vous ?

A

Contact avec l'hématologue uniquement, l'équipe de médecine interne étant informée par le compte rendu écrit

B

Envoi direct sans transmission verbale, le compte rendu écrit suit

C

« Une drépa en crise qui monte, à toi »

D

Attendre 24 heures avant tout transfert

E

« Homme 24 ans, drépanocytose SS connue, sous hydroxyurée 1 000 mg/j depuis 3 ans, cholécystectomie à 19 ans, syndrome thoracique aigu en 2018 sans séquelle. Admis à 8 h 00 pour crise vaso-occlusive typique avec douleur dorso-lombaire et cuisses postérieures EVA 9/10, facteurs déclenchants documentés (soirée avec air conditionné froid, hydratation insuffisante, alcool léger, stress d'examens). Fièvre 37,8, tachycardie 122, SpO₂ 96 %, pas de désaturation à l'effort. Bilan : Hb 8,5 (chiffre habituel 8-9), leucocytes 14 200, CRP 22, LDH 480 (hémolyse habituelle), créatinine et ionogramme normaux, radio thorax normale. Bundle démarré à 8 h 18 : morphine IV 8 mg puis 4 mg à 8 h 35 (EVA 4/10 à 8 h 50) associée à paracétamol IV et kétoprofène IV, hydratation prudente 100 mL/h de sérum salé (1,5 × entretien), ceftriaxone 2 g IV pour couvrir la fièvre en attendant hémocultures. Poursuite de l'hydroxyurée. HBPM prophylactique prescrite. Dépistage complications négatif : pas de syndrome thoracique aigu, pas d'AVC, pas de priapisme, pas de séquestration. Actuellement EVA 3/10, patient calme, hydratation orale reprise. Je vous le monte pour poursuite antalgie IV, surveillance clinique et biologique, réévaluation à 24 h. Points d'anticipation : dégradation respiratoire (STA), résultats des hémocultures, adaptation de l'antalgie orale avant sortie, éducation thérapeutique renforcée, RDV hématologie dans les 7 jours. »

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Bonne réponse

E. « Homme 24 ans, drépanocytose SS connue, sous hydroxyurée 1 000 mg/j depuis 3 ans, cholécystectomie à 19 ans, syndrome thoracique aigu en 2018 sans séquelle. Admis à 8 h 00 pour crise vaso-occlusive typique avec douleur dorso-lombaire et cuisses postérieures EVA 9/10, facteurs déclenchants documentés (soirée avec air conditionné froid, hydratation insuffisante, alcool léger, stress d'examens). Fièvre 37,8, tachycardie 122, SpO₂ 96 %, pas de désaturation à l'effort. Bilan : Hb 8,5 (chiffre habituel 8-9), leucocytes 14 200, CRP 22, LDH 480 (hémolyse habituelle), créatinine et ionogramme normaux, radio thorax normale. Bundle démarré à 8 h 18 : morphine IV 8 mg puis 4 mg à 8 h 35 (EVA 4/10 à 8 h 50) associée à paracétamol IV et kétoprofène IV, hydratation prudente 100 mL/h de sérum salé (1,5 × entretien), ceftriaxone 2 g IV pour couvrir la fièvre en attendant hémocultures. Poursuite de l'hydroxyurée. HBPM prophylactique prescrite. Dépistage complications négatif : pas de syndrome thoracique aigu, pas d'AVC, pas de priapisme, pas de séquestration. Actuellement EVA 3/10, patient calme, hydratation orale reprise. Je vous le monte pour poursuite antalgie IV, surveillance clinique et biologique, réévaluation à 24 h. Points d'anticipation : dégradation respiratoire (STA), résultats des hémocultures, adaptation de l'antalgie orale avant sortie, éducation thérapeutique renforcée, RDV hématologie dans les 7 jours. »

Explication pédagogique

La transmission structurée d'une crise vaso-occlusive drépanocytaire prise en charge et transférée en hospitalisation comprend : les antécédents drépanocytaires spécifiques (type SS, traitement de fond, complications antérieures), le contexte de la crise avec facteurs déclenchants documentés, l'horodatage précis de l'antalgie (rapide et titrée), le raisonnement sur l'hydratation (raisonnée), le dépistage systématique des complications, l'antibiothérapie empirique justifiée, la poursuite du traitement de fond, l'état actuel, et les points d'anticipation (surveillance respiratoire, hémocultures, éducation thérapeutique, suivi hématologique).

Débriefing finalAfficher le débriefing

Ces scénarios constituent une aide pédagogique à confronter aux protocoles locaux validés et au jugement clinique.

Objectifs pédagogiques

  • Reconnaître une **crise vaso-occlusive drépanocytaire** chez un patient SS connu devant une douleur ostéo-articulaire ou musculaire sévère sans autre explication.

  • Traiter la douleur en **priorité absolue** : administration d'opioïdes IV dans les **30 minutes suivant le triage** (ASH 2020, recommandation forte), avec doses adaptées et titrées selon la réponse — sans discrimination ni interprétation péjorative (« opioid-seeking ») documentée comme un biais nuisible.

  • Appliquer une **stratégie de réhydratation prudente et raisonnée** : IV uniquement en cas d'hypovolémie documentée (au débit d'entretien 1 à 1,5 fois, pas plus), avec surveillance de la volémie — **la sur-hydratation classique est proscrite** car elle augmente le risque de syndrome thoracique aigu.

  • Dépister systématiquement les **complications aiguës** : syndrome thoracique aigu (radio thorax si symptôme respiratoire ou nouveau besoin en O₂), infection (bilan et hémocultures si fièvre), AVC (examen neurologique complet), priapisme.

  • Prescrire une **antibiothérapie empirique** en cas de fièvre (le patient drépanocytaire est asplénique fonctionnel, avec risque accru d'infections invasives à germes encapsulés).

  • Ne pas transfuser systématiquement dans la crise vaso-occlusive non compliquée : transfusion réservée au syndrome thoracique aigu, AVC, anémie sévère aiguë, crise aplastique, priapisme réfractaire.

  • Anticiper la sortie et l'orientation : consultation d'hématologie dans les 7 jours, poursuite de l'hydroxyurée, éducation thérapeutique sur les facteurs déclenchants, plan personnalisé d'antalgie à domicile.

  • Structurer une transmission structurée à l'hématologue et à l'équipe d'hospitalisation.

Points clés à retenirAfficher les points clés
  • La **crise vaso-occlusive drépanocytaire (VOC)** est une urgence antalgique : chez un patient SS connu avec douleur ostéo-musculaire sans autre explication, le diagnostic doit être posé rapidement et l'antalgie initiée dans les 30 minutes suivant le triage.

  • L'**antalgie repose sur les opioïdes IV titrés** (morphine ou hydromorphone) en 1ère intention (ASH 2020, recommandation forte), en approche multimodale avec paracétamol et AINS (si fonction rénale conservée). La **crainte de la dépendance opioïde et le biais « opioid-seeking » sont documentés comme nuisibles** et responsables d'un sous-traitement systématique.

  • Le **paradigme de l'hydratation a été révisé** : la sur-hydratation classique (3-4 L/24h) est **proscrite** car elle augmente le risque de syndrome thoracique aigu. L'hydratation IV se fait au débit d'entretien 1 à 1,5 fois, uniquement en cas d'hypovolémie, avec préférence pour la voie orale.

  • Le **dépistage systématique des complications aiguës graves** est indispensable : syndrome thoracique aigu (radio thorax si symptôme respiratoire ou désaturation, complication la plus grave), AVC (examen neurologique répété), priapisme (recherche systématique, urgence si > 4h), infection (bilan et hémocultures si fièvre).

  • Toute **fièvre chez un patient drépanocytaire** impose une antibiothérapie empirique (ceftriaxone), le patient étant **asplénique fonctionnel** avec risque accru d'infections invasives à germes encapsulés (pneumocoque, méningocoque, *Haemophilus*, salmonelles).

  • La **transfusion sanguine n'est pas indiquée** dans une VOC non compliquée. Ses indications sont ciblées : syndrome thoracique aigu, AVC, anémie sévère aiguë, crise aplastique, priapisme réfractaire, préparation opératoire.

  • La sortie et l'orientation associent : hospitalisation courte si antalgie IV encore nécessaire ou complications suspectées, poursuite de l'**hydroxyurée** (traitement de fond de référence, à ne pas interrompre), **prévention thromboembolique** par HBPM prophylactique, consultation d'hématologie de suivi dans les 7 jours, **éducation thérapeutique** sur les facteurs déclenchants et la prévention.